CRETEIL/GUMRI Rubrique

Des séminaires d’échanges sur le concept de psycho traumatisme


Patrick Alecian (à gauche), psychiatre et ancien coordinateur de la Maison de l’Adolescent du Val-de-Marne, et Jean-Marc Baleyte, chef du service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Chic, sont les deux pilotes du projet.

Une équipe de professionnels du secteur médico-psychologique de l’hôpital de Créteil mène, depuis plusieurs années, un projet d’échanges d’expériences avec leurs homologues de la ville jumelée de Gumri, dans le domaine du suivi des enfants et des adolescents confrontés à des événements traumatiques. Un partage de savoirs qui bénéficie à tous.

Ce projet, porté par Patrick Alecian, psychiatre et ancien coordinateur de la Maison de l’Adolescent du Val-de-Marne, découle de sa rencontre avec les équipes de villages d’enfants et de l’université de Gumri en 2016. “Du constat de l’isolement important de cette ville, de par des conditions naturelles mais aussi post-traumatiques, est née une hypothèse de travail concerté d’échanges et de formations entre différentes équipes œuvrant sur Créteil et sur Gumri”, relate Patrick Alecian.

Jean-Marc Baleyte, chef du service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Chic et copilote du projet, explique : “Notre société est frappée par des traumatismes et des violences qui interrogent notre capacité de résilience collective, familiale, communautaire. Nous avons beaucoup à apprendre des autres, des personnes expérimentées, éprouvées, qui savent, souvent mieux que nous, apporter des réponses.” C’est ainsi que les équipes de la Maison de l’Adolescent et du Chic à Créteil, de la Fondation Arevamanuk (qui a notamment accueilli des enfants et adolescents au lendemain du tremblement de terre) et des facultés de psychologie et de médecine à Gumri ont réfléchi à l’élaboration d’un partenariat, prenant la forme, dans un premier temps, d’un cycle de conférences et de formations. Le Comité de Jumelage a facilité la mise en relation des deux villes.

Les télé conférences avec Gumri sur les traumatismes ont commencé en 2016. En février 2019, le Dr. Alecian et le Dr Minassian, dans le cadre de la Maison des adolescents de Cochin dirigée par le Professeur Marie Rose Moro, ont ouvert une deuxième télé conférence, à vocation pédagogique, sur le développement de l’enfant et de l’adolescent.

Douze conférences sur deux années sont organisées. Débutées en février 2019, elles vont se poursuivre dès la rentrée (la prochaine aura lieu le 27 septembre sur le thème « Le bébé évitant », par le Dr. Elisabeth Chaillou). Ce séminaire est préparé à la suite des demandes émanant de la Société psychanalytique Arménienne (IPA) et de professionnels des hôpitaux de Erevan, capitale de l’Arménie. Il s’adressera aux praticiens des hôpitaux et praticiens libéraux de l’ensemble du territoire de l’Etat arménien. Il traitera du Développement de l’Enfant et de l’Adolescent et des troubles psychiatriques, psychopathologiques, aspects psychodynamiques. Il viendra en complément des actions de formations déjà menées et en cours :
1. par des équipes suisses génevoises ainsi que de l’hôpital cantonal de Genève, dirigées par le Dr. Irène Nigolian
2. par l’équipe franco-arménienne de l’AFADPA (Dr. Donabedian et Angela Vartanyan),
3. et par l’équipe du séminaire international sur les psycho traumatismes entre la faculté de médecine Paris Est Créteil (Pr. Baleyte, Dr. Alecian) et l’université Shirak avec la fondation Arevamanuk (Mme Ar. Gmyur Karapetian), à Gumri.

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Le Dr. Patrick Alecian, s’appuyant sur le retour d’expériences de cette collaboration entre les deux pays et les deux médecines, a tenté de dresser un pont pour savoir ce qui rapprochent et différent entre les deux sociétés : « Les deux premiers séminaires ont plutôt montré des parentés voire une certaine homogénéité sur le concept de psycho traumatisme, explique-t-il, ajoutant : En France et en Arménie, nous retrouvons des racines communes inscrites dans l’œuvre de Freud à travers nos compréhensions de ce processus extrême qu’est le psycho traumatisme.  »
En France, nous nous appuyons en psychiatrie et en santé publique sur les définitions écrites dans les années 1960/70 par les médecins militaires Crocq et Barrois, à partir de leurs observations de soldats en état post traumatique dans des contextes de guerre. Ils ont étudié les processus de clivages dans ces états puis fait des propositions thérapeutiques.
En Arménie, Armine Gmyur Karapetian a repris l’état anxieux post-traumatique qui a suivi le tremblement de terre, comme une transformation pathologique de la libido, le différenciant de l’angoisse. Elle rappelle l’évolution de Freud à ce sujet. Plus particulièrement ce qu’il dit dorénavant des traumatismes précoces considérant que la mère complète ce que l’enfant ne peut trouver seul et plus particulièrement l’accès au plaisir. « L’absence » de la mère est alors traumatique. Le caractère traumatique des effets du tremblement de terre qui a détruit en peu de minutes 10 000 vies à Gumri est à comprendre en ce sens : de et par l’absence. Non seulement les enfants avec un développement encore insuffisant du Moi mais aussi les adultes en état aigüe d’incapacité sont débordés par tous les stimuli liés aux destructions et le psycho traumatisme se constitue.

Mais bien sûr des divergences pointent entre les deux pays, comme l’explique le Dr Patrick Alecian : « Ce qui apparaît, comme prévu, moins homogène, c’est le type de dispositifs de réponses aux psycho traumatismes. Il y a là des différences dus aux moyens économiques respectifs de nos régions (Cellule d’urgences médico psychologiques à Créteil, soutiens caritatifs à Gumri). Mais pas exclusivement : les contextes culturels sont aussi en jeu devant la répétition des événements destructeurs qui ont donc inscrit la destructivité plus ou moins au cœur de nos cultures respectives. » Ainsi, à Gumri, les tremblements de terre répétés depuis plusieurs siècles ont laissé à quelques kilomètres Ani la capitale historique de l’Arménie, dans un état fantomatique. C’est dire qu’à la différence de Pompéi qui a marqué l’inconscient collectif occidental, cette ville d’Ani n’a pas connu l’ensevelissement. Cela détermine différemment les contenus symboliques collectifs au regard du deuil.

Le Dr Patrick Alecian conclue : « Je pense qu’il y a à mettre en parallèle ce que nous disait le Dr. Botero responsable de la cellule d’urgence du Val de Marne par les élaborations d’interventions immédiates et différées, plurielles et individuelles, par les services publics et ce travail pluriel et individuel de liaisons psychiques qui s’élabore à Arevamanuk autour des patients accueillis. Le travail de figuration peut se faire là où le psycho traumatisme a laissé des brouillards de poussières dans les représentations des survivants rendant menaçantes celles qui s’approchent d’eux. Botero intervient au plus tôt pour dissiper ces confusions, Arevamanuk nous parle du travail dans le temps où les poussières ont obscurci voire couvert de sédiments beaucoup de représentations parentales ou infantiles, en faisant apparaître au mieux des fantômes hors du temps ré apparaissant de façon imprévisibles dans des circonstances secondarisées ».

par Claire le mardi 6 août 2019
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