EREVAN Rubrique

Irruption de manifestants lors de la conférence de presse de Kotcharian


Un groupe de manifestants a fait irruption dans un hôtel à Erevan hier, empêchant ainsi l’ancien président Robert Kotcharian d’organiser une conférence de presse.

Kotcharian devait rencontrer la presse dans une salle de conférence au sein de l’hôtel Erebuni Plaza, au lendemain de la décision de la cour d’appel d’Arménie qui l’a libéré et a décidé qu’il ne pouvait être poursuivi pour les répressions postélectorales de 2008 contre des manifestants de l’opposition.

La conférence de presse a été interrompue par plusieurs dizaines de jeunes manifestants scandant « Robert, assassin ! ». Ils lui ont reproché d’être à l’origine de la mort de huit manifestants et de deux policiers lors de l’éclatement des manifestations de l’opposition à la suite d’une élection présidentielle controversée.

« Nous voulions à la fois perturber la conférence de presse et montrer ce que pensent la population du verdict de la Cour d’appel », a justifié l’une des manifestantes, Karen Tovmasian. « C’est un verdict manifestement illégal. »

« Si Kotcharian a quelque chose à dire, laisse-le s’exprimer au tribunal ! », a-t-elle ajouté.

Robert Kotcharian, qui a été à la tête de l’Arménie de 1998 à 2008, a été aperçu en train de quitter l’hôtel situé dans le centre-ville d’Erevan, peu après l’incident. Son bureau a rapidement accusé le Premier ministre Nikol Pachinian d’avoir organisé cette intrusion pour empêcher Kotcharian de prendre la parole. Selon un communiqué du bureau de Kotcharian, parmi les intrus, on reconnaissait beaucoup de personnes proches de Pachinian.

Le communiqué a précisé que Kotcharian prévoyait de faire « des déclarations politiques importantes » et de « répondre à de nombreuses questions » lors de cette conférence de presse.

« L’incident d’aujourd’hui semble confirmer les inquiétudes croissantes selon lesquelles les nouvelles autorités ne tolèrent pas la dissidence et peuvent persécuter les opposants politiques, en particulier ceux dont le poids politique et les perspectives les préoccupent sérieusement », a-t-il accusé.

M. Pachinian a lancé un appel à ses soutiens dans une vidéo diffusée sur Facebook à la suite de l’interruption de la conférence de presse de Kotcharian. « Tous les individus qui ont commis des crimes contre l’Etat et le peuple seront tenus responsables », a-t-il dit.

« Soyez assuré qu’en Arménie, il n’y a pas de force capable de prendre le pouvoir des mains du peuple et de mettre un terme à la victoire de la révolution populaire », a expliqué M. Pashinian. « Quiconque essaye de se mettre en travers de notre chemin se retrouvera dans la poubelle de l’histoire. »

Kotcharian a été arrêté le 27 juillet pour « renversement de l’ordre constitutionnel » après les élections de février 2008 entachées par des allégations de fraude. Les accusations découlent de ce que le Service spécial d’enquête (SIS) appelle l’utilisation illégale des forces armées contre les partisans du principal candidat de l’opposition, Levon Ter-Petrosian. Kotcharian les rejette, car pour lui elles sont motivées politiquement.

L’ancien président, âgé de 63 ans, a été libéré lundi, immédiatement après que la cour d’appel a statué sur le fait que la Constitution arménienne lui accordait une immunité de poursuites. Le SIS a condamné cette décision, la qualifiant d ’« illégale », et a exhorté les procureurs à demander à la Haute Cour de cassation de la renverser.

Pachinian a joué un rôle clé dans les manifestations d’opposition en 2008. Il a ensuite passé près de deux ans en prison pour avoir organisé des « troubles de masse ». M. Pachinian a nommé un nouveau responsable du SIS et a ordonné une nouvelle enquête concernant le bain de sang de 2008 peu après son arrivée au pouvoir en mai dernier.

par Claire le mercredi 15 août 2018
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