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L’hommage de la ministre Geneviève Darrieussecq au Groupe Manouchian


Le 21 février 1944, 25 résistants sont fusillés au Mont-Valérien. Parmi eux figuraient les membres du groupe Manouchian. Ils étaient pour la plupart Polonais, Hongrois, Arménien, Espagnol, Italien et combattaient pour la liberté de la France et contre le nazisme. 75 ans après, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, leur a rendu hommage sur le lieu même de leur exécution.

Son discours dans son intégralité ci-dessous :

Madame l’Ambassadeur de la République d’Arménie, Excellence,

Monsieur l’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République d’Arménie,

Monsieur le préfet,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Monsieur le vice-président du département des Hauts-de-Seine et Maire de Suresnes,

Monsieur le directeur Interarmées des Réseaux d’Infrastructure et des Systèmes d’Information de la Défense, (DIRISI) mon général,

Madame la directrice générale de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG),

Madame la sous-directrice de la Direction des Patrimoines de la Mémoire et des Archives (DPMA),

Monsieur le directeur de l’Etablissement de Communication et de Publication Audiovisuelle de la Défense (ECPAD), monsieur le contrôleur général,

Monsieur le Délégué Militaire Départemental, mon colonel,

Madame, messieurs les représentants des cultes,

Mesdames, messieurs les présidents et représentants d’associations de mémoire,

Mesdames, messieurs les porte-drapeaux,

Chers familles et enfants des fusillés,

Chers élèves,

Mesdames, messieurs,

Il y a 75 ans, un grand soleil d’hiver éclairait le mont Valérien.

Il y a 75 ans, jour pour jour, sur le chemin que nous venons d’arpenter, vingt-cinq résistants avaient fait leurs derniers pas pour rejoindre les poteaux d’exécution.

Ce jour-là, ils étaient le visage de la France.

Parmi eux figuraient vingt-deux membres des Francs-Tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée. Ils étaient les résistants de l’intérieur, d’origine étrangère, liés au Parti communiste français. Ils s’étaient illustrés par un nombre conséquent d’actions et de coups d’éclat, notamment en région parisienne.

Les membres de ce groupe étaient la cible des polices allemande et vichyste. Ils furent pourchassés et traqués. En novembre 1943, de nombreuses arrestations eurent lieu. Vingt-trois FTP-MOI, après avoir été battus et parfois torturés, ont été condamnés à mort. L’unique femme, Olga BANCIC, fut décapitée en Allemagne.

Ainsi, ces « vingt et trois amoureux de vivre à en mourir », ces « vingt et trois qui criaient la France en s’abattant », demeurent des figures majeures de la mémoire nationale. Ils sont des symboles universels de l’engagement au service de la France et des valeurs de la République.

« Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant ». La plupart étaient Polonais, Arméniens, Hongrois, Espagnols ou Italiens. Ils représentent tous les étrangers qui se sont engagés dans la Résistance. Ils symbolisent tous ceux qui n’étaient pas nés en France, qui combattirent pourtant pour la liberté de notre pays, pour les droits de l’Homme et contre le nazisme.

Toutes ces femmes et tous ces hommes ont fait notre histoire. Ils ont été de « grands Français » par leurs actes. La Nation leur est reconnaissante et les honore à nouveau.

Leur sacrifice nous oblige.

Dans une opération de propagande d’envergure, l’occupant a cherché à caricaturer ces étrangers aimant la France. Sur les murs de France couverts de « l’Affiche rouge », ils apparaissent en semeurs de chaos et en fauteurs de guerre. Par cet avis d’exécution qui ne dit pas son nom, l’occupant voulait décrédibiliser l’armée de l’ombre, défigurée en armée du crime pervertie par l’étranger.

Mais ce n’est ni la peur, ni le rejet de la Résistance, que « l’Affiche rouge » suscita. Elle eut l’effet contraire, elle sculpta le mythe et inspira l’admiration.

Dans ses souvenirs, Simone DE BEAUVOIR se remémore son face à face avec ces portraits sur fond de sang : « Malgré la grossièreté des clichés, tous ces visages qu’on proposait à notre haine étaient émouvants et même beaux. »

Nous ne les avons pas oubliés. Quelle victoire posthume ! Par cette affiche, ceux qui sont morts, depuis 75 ans, nous parlent toujours. Et nous les écoutons. Et nous nous souvenons.

*

Ils s’appelaient Célestino ALFONSO, Marcel RAJMAN, Thomas ELEK ou encore Spartaco FONTANO. Ils avaient entre 18 et 44 ans. Ils étaient jeunesse, ardeur et foi. Ils n’avaient, comme dit ARAGON, « réclamé [ni] la gloire ni les larmes ».

Pour la postérité, ce groupe reste celui de MANOUCHIAN, du nom de celui qui en assurait la direction militaire.

Missak MANOUCHIAN, c’est d’abord l’Arménien touché par le premier génocide du XXe siècle. Dans ces années 1943-1944, pour les MANOUCHIAN, les AZNAVOURIAN, les TCHAKARIAN et tant d’autres, les échos de la Shoah agitent les fantômes du passé et ravivent la soif de résister.

MANOUCHIAN, c’est aussi le nom de sa femme, Mélinée. L’amour qu’il lui portait transpire de chaque ligne de la lettre bouleversante, que nous venons d’entendre.

MANOUCHIAN, c’est un engagé par nature. Un engagé pour les idées communistes, un engagé sous le drapeau entre 1939 et 1940, et bien évidemment au sein des FTP-MOI.

*

Je ne peux évoquer ces « grands Français » et ce sens de l’engagement, sans rendre hommage à la mémoire d’Arsène TCHAKARIAN. Décédé l’été dernier, il était le dernier survivant du groupe MANOUCHIAN. Avec lui, c’est une mémoire qui s’est éteinte. Ce héros de la Résistance a rejoint ses camarades au cimetière d’Ivry.

Il n’y a plus de témoins du drame. L’enjeu de la transmission et de l’enseignement n’en est que plus fondamental. Faire savoir, et faire connaitre, pour surtout ne jamais oublier.

C’est un combat inlassable. Arsène TCHAKARIAN l’a conduit partout où il le pouvait, dans les collèges et les lycées, en racontant le génocide, la Résistance et l’amour de la France.

Il restera à la fois un symbole pour la communauté arménienne et un héros français.

Pour transmettre la mémoire, il ne faut oublier personne.

Le 21 février 1944, trois lycéens bretons étaient également exécutés ! Georges GEFFROY, Pierre LE CORNEC et Yves SALAÜN venaient à peine de quitter l’adolescence. Ils s’étaient dressés contre la barbarie.

Aux côtés des mille exécutés du mont Valérien, leurs noms sont gravés dans le bronze du monument aux fusillés.

Ces mille fusillés étaient otages, résistants, Français libres, juifs, communistes. Ils représentent une France plurielle, riche de ses différences.

Il y a ceux qui croyaient au ciel, et ceux qui n’y croyaient pas.

Il y a ceux qui, au crépuscule, pensaient à leur femme.

Ceux qui, à l’aube, écrivaient à leur fils.

Ceux qui, dans les dernières heures, ont adressé des mots à leurs mères.

Et, il y a ceux qui, dans les dernières minutes, ont inscrit des graffitis sur les murs de la chapelle.

Ils sont Joseph EPSTEIN, Bernard COURTAULT, Honoré d’ESTIENNE D’ORVES, Boris VILDÉ ou encore Gabriel PÉRI.

Tous sont unis par le même sort face aux balles de l’ennemi.

Pour tous, lorsque le trépas est venu, un seul cri a résonné : « vive la France ». Alors déjà, ils n’étaient plus des fusillés, mais des symboles.

La Patrie les reconnaît. Ils sont ses enfants, ils sont ses défenseurs, ils sont ses héros.

Alors oui, au mont Valérien, la Rose rouge et le Réséda blanc s’entremêlent.

Pour tous, la France était le bien le plus précieux. Car ils croyaient en ses valeurs, en ses principes et en sa devise. C’est toujours cela la République à laquelle nous tenons aujourd’hui.

Alors que l’occupant profanait nos valeurs et érigeait l’inégalité en système, alors que la collaboration ajoutait le déshonneur à la défaite, en niant tout ce qui fait l’âme de notre peuple, la flamme de l’espérance a illuminé la France.

Cette flamme se nomme Résistance. Elle porte les noms des femmes et des hommes, célèbres ou anonymes, qui ont, par leur courage et leur engagement, permis à la lumière d’éclairer ces heures sombres.

Cette année, nous célébrons la Libération du territoire pour la 75e fois. Nous nous souvenons des armées alliées et françaises, nous nous souvenons de l’esprit de la Résistance et du souffle libérateur.

Ici même, alors que se déchaînait la haine, une figure a fait naître l’espérance.

Franz STOCK, aumônier allemand des prisons parisiennes, a soutenu les fusillés et leurs familles en prenant parfois des risques pour lui-même.

Il a apporté de l’humanité dans un univers si macabre. Parce qu’il a apporté un peu de fraternité dans la barbarie ; parce qu’il a adressé des regards apaisants parmi tant de regards haineux ; parce que dans la froide mécanique des exécutions, il a été une flamme de réconfort ; il mérite notre hommage à tous.

Figure de l’amitié franco-allemande, Franz STOCK parle à nos consciences européennes. La France et l’Allemagne sont désormais côte à côte pour rapprocher les peuples et poursuivre la construction de l’Europe. Nos deux nations, main dans la main, défendent les valeurs chères aux résistants : la paix, la liberté et la dignité de l’Homme.

Cette dignité de l’Homme est inséparable de notre République et de notre héritage collectif. Elle n’est pas divisible, et elle n’est pas réductible par la haine.

Cette cérémonie nous le rappelle avec force et avec émotion : il faut sans cesse lutter contre l’oubli, il faut sans relâche agir contre la banalisation du mal.

Quelle douleur de voir, aujourd’hui, ressurgir la croix gammée ! Quel dégoût de voir nos cimetières profanés, nos vitrines souillées par des slogans racistes, xénophobes et antisémites ! Quelle frayeur de voir certains de nos compatriotes qui insultent et stigmatisent !

Au mont Valérien, en ce haut lieu de notre histoire, nous savons trop bien que l’antisémitisme, toujours présent parmi nous, doit être combattu avec la plus grande vigueur.

Parce qu’il agresse, rabaisse et assassine.

Inlassablement, il faut continuer la lutte contre l’ignorance, la bêtise et la haine. Jamais la République ne cèdera.

Ceux qui déshonorent la France savent-ils que parmi les vingt-trois résistants du groupe MANOUCHIAN, exécutés il y a 75 ans, se trouvaient de nombreux étrangers juifs ? Ils ont combattu pour notre pays, pour nos libertés, et pour notre idéal. Ces héros ont été l’honneur de la France.

Nous, nous ne les oublierons jamais !

Vive la République !

Vive la France !

par Claire le vendredi 15 mars 2019
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