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Redécouvrir Franz Werfel : un colloque à Potsdam analyse la vie d’un défenseur courageux des droits de l’homme

vendredi17 mai 2013, par Stéphane/armenews


Redécouvrir Franz Werfel : un colloque à Potsdam analyse la vie d’un défenseur courageux des droits de l’homme

par Muriel Mirak-Weissbach

The Armenian Mirror-Spectator, 18.03.2013

POTSDAM, Allemagne - Parmi les lectures obligées de la plupart des Arméniens figure le roman Les Quarante Jours de Musa Dagh, de Franz Werfel, connu ainsi surtout de ces mêmes Arméniens - sinon exclusivement - pour cet ouvrage monumental. Or, comme l’a montré un récent colloque, organisé à Potsdam du 10 au 12 mars dernier, la production littéraire de Werfel comprend un grand nombre d’autres œuvres significatives, abordant un large éventail de sujets. L’intitulé de ce colloque de trois jours, parrainé par la Maison Lepsius et le Centre Moïse Mendelssohn de Potsdam, donnait déjà une idée de l’étendue de son activité, qui a fait l’objet de vastes recherches : « Génocide et littérature : Franz Werfel d’un point de vue arméno-turco-germano-juif. » Au fil des conférences et de la table ronde conclusive, des intervenants venus d’Allemagne, de France, d’Autriche et des Etats-Unis ont éclairé d’un jour nouveau les multiples facettes de cette personnalité des plus complexe.

Peter Stephan Jungk, qui a écrit une biographie de Werfel, présenta l’auteur par un panorama sur sa vie et ses œuvres, précisant que ses recherches l’ont conduit à parcourir la première moitié du 20ème siècle. De fait, Werfel vécut personnellement la Première Guerre mondiale et souffrit des persécutions sous le régime nazi, avant la Seconde Guerre mondiale. Bien que né en 1890 à Prague de parents juifs, Franz ne reçut pas dans son enfance d’éducation religieuse formelle et s’éprit de culture chrétienne. Ce qui est dû au rapport étroit qu’il entretenait avec sa gouvernante, Barbara Simunkova, une catholique qui l’emmenait à la messe et lui apprenait des prières. Cette première exposition à deux cultures religieuses fut la source d’une thématique qui deviendra un leitmotiv dans sa pensée et ses œuvres. A 12 ans, fervent d’opéra et admirateur de Verdi (il écrira un Verdi : Roman der Oper [Verdi, le roman de l’opéra], publié en 1924) (1), Franz se mit à composer des vers à 16 ans et son premier recueil, publié en 1911, Der Weltfreund [L’Ami du monde], fut une réussite. D’autres œuvres de théâtre et de fiction suivirent, dont beaucoup furent couronnées de succès. Les Quarante Jours de Musa Dagh, qui parut en 1933, fut salué et considéré à juste titre comme prémonitoire au regard des Juifs d’Allemagne. Lorsqu’en mai 1933 son ouvrage fut brûlé, parmi d’autres, en public par les nazis, les persécutions contre Werfel commencèrent. Il dut fuir Vienne après l’invasion nazie de 1938, puis, lorsque les nazis entrèrent dans Paris, il s’enfuit de Zürich, via la France, vers les Etats-Unis, où il s’installa en Californie.

Qui était vraiment Franz Werfel ? Comme le précisa le professeur Hans Dieter Zimmermann, de Berlin, trois âmes coexistaient en lui - une âme allemande, tchèque et juive. Membre du célèbre cercle de Prague, avec Mad Brod, Franz Kafka et d’autres, Werfel était un Juif germanophone, comme la majorité de ses homologues intellectuels, mais ils n’étaient qu’une petite minorité en Tchécoslovaquie. Au plan politique, ils se tenaient à part des autres germanophones, les Allemands des Sudètes en Bohème, qui étaient pro-nazis. Contraint par les événements politiques à errer çà et là, Werfel se demandait souvent où se trouvait véritablement sa « patrie. »

Werfel avait aussi une âme chrétienne - plus précisément, comme le montra Olga Koller, chercheur à Vienne, une âme catholique. Dans ses œuvres, il « vécut entre deux religions » et « se sentait chez lui dans les deux. » Paulus unter den Juden : dramatische Legende [Paul parmi les Juifs : tragédie] (1926) et son roman Jeremias : Höret die Stimme [Jérémie : entendre la voix] (1937), qui abordent de hautes figures juives, coulent ainsi de la même plume qui écrivit Barbara oder die Frömmigkeit [Barbara ou la Piété] (1929) (2), Der Veruntreute Himmel [Le Voleur de ciel] (1939) (3), qui raconte l’histoire d’une femme en quête d’assurances à son entrée au Paradis, de même que Das Lied von Bernadette [Le Chant de Bernadette] (1941) (4), mettant en scène la jeune fille et ses visions à Lourdes. Si Martin Buber réagit à ses écrits d’inspiration chrétienne par des accusations de « trahison, » son épouse, Alma Mahler, fit pression sur lui pour qu’il renonçât au judaïsme.

Son engagement en faveur de la cause arménienne fut inébranlable. C’est lors de son second voyage au Moyen Orient, en 1930, qui le conduisit avec son épouse en Egypte, en Palestine, en Syrie et au Liban, qu’il fut confronté à cette question. A Damas, il découvrit des groupes d’enfants abandonnés, sales, affamés, dont les grands yeux sombres le hantèrent. S’enquérant de leur identité, il apprit qu’il s’agissait de survivants des Arméniens massacrés par les Turcs et que nul ne se souciait d’eux. Comme le professeur Andreas Meier, de Wuppertal, l’a rappelé, Werfel ne put chasser leur image de son esprit et l’idée du livre « se fit virulente. »

Traduction : © Georges Festa - 05.2013.

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http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/05/redecouvrir-franz-werfel-un-colloque.html



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