Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Sabby Sagall - Final Solutions : Human Nature, Capitalism and Genocide : A Psycho-Historical Re-examination of the Holocaust

lundi15 mai 2017, par Stéphane/armenews


Sabby Sagall Final Solutions : Human Nature, Capitalism and Genocide : A Psycho-Historical Re-examination of the Holocaust Pluto, 2013

par Neil Faulkner Counterfire (Londres), 19.01.2014

[Recension d’une analyse neuve des causes du génocide par Sabby Sagall, d’un point de vue marxiste et psychanalytique.]

Pourquoi les êtres humains, dans certaines circonstances historiques, commettent-ils des actes de génocide ? Les perpétrateurs sont-ils des individus sélectionnés ou bien des groupes sociaux entiers ? Sommes-nous tous potentiellement capables de génocide ? Quelle est la relation entre les causes sociales et celles psychologiques des plus grands crimes contre l’humanité dans l’histoire ?

Ancien maître de conférences de sociologie à l’université d’East London et militant révolutionnaire de longue date, Sabby Sagall a eu l’idée d’écrire Final Solutions à l’approche du soixantième anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en 2005. Il était convaincu d’élargir le champ du génocide en général, et le résultat, après sept ans de recherches, est une étude exhaustive des thèses marxistes et freudiennes en la matière, parallèlement à quatre études de cas exemplaires couvrant les génocides indiens d’Amérique, arménien, nazi et rwandais.

Quelle est la nature de la relation entre marxisme et psychanalyse ? Une réponse simple est problématique. La possibilité même d’une relation utile est contestée par certains marxistes au motif que toute référence à des explications psychanalytiques implique un retrait de la politique vers le “psychologisme“ ; ce sont les conditions sociales, l’action collective et les idéologies politiques qui déterminent l’histoire, soutiennent-ils, et non le mental de l’individu.

Sagall a une réponse toute prête. Freud est nécessaire, explique-t-il, car le marxisme classique manque d’une théorie de la subjectivité - “comment les conditions externes, matérielles se traduisent dans la psyché de l’individu, non seulement en tant qu’idéologie, mais aussi dans la globalité de sa vie émotionnelle“ (p. 5). La psychanalyse, d’autre part, fournit “une explication de la subjectivité qui lie les structures “extérieures“ du monde social au monde “intérieur“ de chaque individu... [Elle peut] nous aider à comprendre comment les structures extérieures d’exploitation et d’oppression sont intériorisées dans l’esprit de l’individu.“ (p. 6).

Tout cela est exact, indubitablement. L’aliénation est créée par une société de classe et s’inscrit dans la routine quotidienne, qui en a globalement conscience, ce dont témoigne l’ennui mortel que la plupart des gens éprouvent sur leur lieu de travail. Or l’aliénation est aussi intériorisée, s’intègre à la personnalité, évidant sa substance de l’intérieur, laissant même le temps de loisir du travailleur vidé de sens et d’objectif.

Sagall analyse le parallélisme presque étrange qui lie l’univers de Marx et Freud, tous deux étant profondément dialectiques dans leur façon de penser, l’un analysant la société en tant que masse de contradictions et de conflits, l’autre explorant les tréfonds de l’âme humaine pour en tirer un affrontement de forces premières.

L’esprit du tueur

La première moitié du livre se compose pour l’essentiel d’un exposé magistral de la théorie psychanalytique telle qu’elle est interprétée par les marxistes et autres radicaux. Sagall s’intéresse notamment à l’œuvre de Wilhelm Reich, un étudiant de Freud, psychanalyste de profession et membre actif du parti communiste allemand durant l’entre-deux-guerres, ainsi qu’à plusieurs membres de l’“Ecole de Francfort,“ dont Herbert Marcuse, devenu un gourou des révoltes étudiantes à la fin des années 1960, et surtout Erich Fromm, auteur de nombreux ouvrages majeurs sur la psychanalyse.

Le concept clé, pour Sagall comme pour Reich et Fromm, est le “fait social.“ Sagall soutient, par exemple, que des classes sociales émergentes, engagées dans la construction d’un nouvel ordre social, doivent créer un fait social neuf, à savoir un nouvel état d’esprit, adapté aux tâches à accomplir, tout comme elles doivent créer une idéologie nouvelle. Tandis que les classes sous pression, en particulier celles qui ont connu des échecs majeurs, développeront probablement des caractères sociaux aux traits nettement pathologiques ; ou, plus précisément, une “prédisposition“ présente à la pathologie peut alors faire surface et s’exprimer dans l’action humaine.

Exemple d’une importance historique particulière, celui de la classe moyenne allemande entre 1848 et 1945. L’échec de la révolution de 1848 signifie que la civilisation bourgeoise allemande n’aboutit jamais à un libéralisme intégral ; les Lumières allemandes furent, dans un sens, mort-nées. L’unification allemande - la “révolution bourgeoise par le haut,“ dominée par la Prusse - créa un marché national unique et un cadre pour la croissance rapide du capitalisme. Mais elle maintint la classe moyenne allemande dans un rôle subalterne, asservie au militarisme prussien. La famille, dans la classe moyenne allemande, soutient Sagall, fut donc un exemple particulièrement extrême de la famille patriarcale, avec de nombreux enfants élevés dans des foyers autoritaires, brutaux et privés d’amour.

La défaite de 1918, la paix des vainqueurs imposée à l’Allemagne à Versailles, la grande vague révolutionnaire de la classe ouvrière qui déferla sur le pays, les ravages de l’inflation au début des années 1920, puis l’effondrement économique du début des années 1930, tout conspira à pousser la classe moyenne allemande au désespoir et à la perte de repères. Le nazisme s’alimenta de la “rage narcissique“ et du “caractère autoritaire-destructeur,“ institué au sein de la famille répressive de la classe moyenne.

Traduction : © Georges Festa - 01.2017

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