Nouvelles d'Armenie    
 
« Sans la nommer »

 
avril 2018

Mettons de côté les multiples circonstances extraordinaires, aussi réelles, évidentes et pertinentes soient-elles, qui compliquent la situation de l’Arménie. Oublions ainsi la guerre interminable (la nôtre), la Guerre dite Froide tout aussi perpétuelle (celle des autres, certes, mais avec nous comme avant-poste ultime, voire entre l’arbre et... la hache, comme toujours), l’éventualité d’une autre guerre à nos portes (aux relents de guerre mondiale par procuration), le blocus, les diverses autres entraves et limitations économiques, l’ingérence ou les manipulations occultes de forces externes, etc., etc. Tout cela n’existe pas, allez. Ce sont des futilités hors de propos. Des échappatoires inventives du méchant gouvernement et de ses vilains complices.

Concentrons-nous ici exclusivement sur nous-mêmes, et en conséquence, mettons un peu les choses en perspectives, et effectuons quelques mises au point.

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L’Arménie actuelle n’est pas celle que les Arméniens - ceux parmi eux qui en voulaient une... - imaginaient.

Pour ceux du Caucase, la fin du soviétisme devait mener à l’émergence immédiate d’une Arménie idéale, parfaite, où il n’y aurait plus aucun problème, et tout le monde serait heureux, totalement et tout le temps. Pour ceux de la Diaspora, une Arménie indépendante était la réalisation - dans une certaine mesure, inespérée - d’un immense rêve, qui devait les mener par la suite, ipso facto, à l’accomplissement de tous leurs autres grands rêves et aspirations aussi. Nous allions avoir un pays sans nul autre pareil, littéralement merveilleux, sans aucun défaut, idéal et exemplaire, et par la suite, nous allions même le compléter aisément par la restitution de l’Arménie Occidentale.

Tous ces Arméniens ont un argument de défense valide et particulier, pour cette approche utopique, chacun envers son Arménie. C’est que nous ne savions pas, nous ne savons pas encore, ce que c’est qu’un État arménien. Alors, nous ne pouvions que l’imaginer, et tant qu’à faire, autant l’idéaliser au maximum. Par définition, un beau rêve ne peut pas être réaliste, et n’a pas de limites.

Incluant l’épisode fondateur mais furtif de 1918-20, un État arménien, dans l’acception moderne du concept, n’aura existé encore, à ce jour, que depuis à peine 29 ans. Et ce, sur une période de plusieurs millénaires...

L’Arménie ancienne n’avait pas un État central, “pan-arménien“. Fondée sur un système féodal et fluide, c’était une sorte de confédération approximative composée de plusieurs principautés, chaque prince étant dans les faits seul maître ultime de son fief, chaque seigneur féodal détenant tous les pouvoirs essentiels sur ses terres. Il y avait certes un roi, mais il ne contrôlait que ses propres terres, son pouvoir effectif étant insignifiant, à l’égard de tous ces multiples autres fiefs ou principautés. En fait, il y avait constamment des guerres, entre les divers princes, ou entre certains princes et le roi... Il y avait aussi des alliances, bien sûr.

Acceptons par hypothèse, pour les fins de la discussion, que l’Arménie ancienne pouvait passer pour un État. Soit. Même dans cette optique, avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui, tout État arménien était totalement inexistant, depuis 616 ans... Après la fin du royaume de Cilicie, en 1375, l’État arménien a donc totalement disparu pendant plus de six siècles, pour n’émerger de nouveau qu’en 1991. Vous préférez 1918 ? okay ; mais pour n’offenser personne, incluons alors la République soviétique aussi, allez. Avec ce calcul fort généreux même : disparition totale du moindre État arménien, pendant 543 ans...

On ne peut pas comprendre ni évaluer ce qui se déroule en Arménie, depuis 27 ans, sans prendre en compte ces quelques données élémentaires, objectives et irréfutables.

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En évoquant plus haut le rêve d’une Arménie, une patrie territoriale dotée d’un État proprement dit, nous avons bien pris soin de préciser que cela ne concernait que certains Arméniens. Car pour un grand nombre d’autres Arméniens, cela n’a pas vraiment de l’importance. Pas une importance fondamentale, en tout cas.

Le concept de l’Arménien errant, du “gharib“, remonte au moins aux débuts du Moyen Âge. Cette migration volontaire s’effectuait parfois sans raison particulière, souvent pour des motifs économiques, quelquefois aussi en raison d’ennuis juridiques ou d’un danger politique. Quoi qu’il en soit, depuis qu’ils existent, les Arméniens ont toujours eu tendance à quitter leur territoire d’origine, pour aller ailleurs (voir s’ils y sont, peut-être... ?)

Cet état d’esprit caractéristique s’est réactivé dans la population de l’Arménie actuelle, dès l’indépendance du pays. Certes, ces Arméniens désertaient aussi l’Arménie soviétique à chaque occasion, mais cela est une autre histoire. L’Arménie indépendante a commencé à se vider de sa population indigène, dès 1991. En conséquence, attribuer systématiquement l’émigration aux politiques de l’État actuel est objectivement irrecevable. Cela en constitue un facteur, bien sûr, mais pas la seule raison. Nous réduisons donc nos possibilités de trouver une solution à ce problème, en faisant abstraction de l’ensemble de ses causes, pour focaliser seulement sur un facteur, au demeurant secondaire.

Il faut avoir la franchise de dire que la complainte politique est souvent aussi un prétexte, pour abandonner le pays. Cela explique le zèle, l’outrance, la haine même animant la dissidence politique exhibée contre l’État arménien, par les Arméniens ayant délaissé leur pays natal et d’origine ; puisqu’il faut bien tenter de justifier moralement la désertion, tout en étoffant artificiellement les dossiers de “réfugiés politiques“ - . (Un 24 avril, aller manifester contre l’Ambassade de l’Arménie, plutôt que celle de la Turquie... on aurait pu difficilement imaginer une telle chose... Mais bon, on aura tout vu... Il y a lieu cependant lieu de se demander si ces mêmes Arméniens d’Arménie ont jamais participé de leur vie à une manifestation du 24 avril devant une Ambassade de la Turquie... Passons.)

À ce phénomène de la migration compulsive, congénitale, chez les Arméniens d’Arménie, s’ajoute le fait que, en raison de leur pleine intégration à des pays étrangers, sur plusieurs générations (sans parler encore de l’impossibilité de concilier la réalité avec le rêve), les Arméniens de la Diaspora ne prendront plus le chemin d’une immigration en Arménie. Ce rêve particulier est révolu.

Il faut donc se rendre à l’évidence : quel que soit le régime en place en Arménie, ce pays aura toujours un problème chronique de peuplement.

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Étudions de plus près le cas des Arméniens de la diaspora proprement dite (soit les Arméniens qui, pour les raisons que l’on sait, se sont établis dans des pays étrangers dans les années 1915 à 1921 environ, et leurs descendants), qui voulaient - ou du moins qui croyaient vouloir - une Arménie.

Il est clair que pour ceux-ci aussi, le rêve n’a pas résisté à la réalité. Mais alors, que vont-il faire... ?

Certains se détournent de l’Arménie réelle actuelle, pour se réfugier cette fois-ci dans le rêve de l’Arménie Occidentale. Celui-ci pourrait aussi se réaliser un jour, certes. Mais le même problème ne sera alors que transposé, car là encore, dans la meilleure des hypothèses, la réalité ne sera jamais conforme au rêve. Et il ne restera plus alors beaucoup d’autres idées, pour s’y réfugier... (encore que... la Cilicie... )

D’autres ne veulent pas encore reconnaître que leur vision de l’Arménie était profondément utopiste. Ceux-là seraient bien avisés de recourir à un minimum de Raison, à un peu de bon sens. Car autrement, non seulement ils ne vont jamais obtenir ce dont ils rêvent encore, mais ils risquent bien de contribuer au saccage de ce qui a pu être obtenu, miraculeusement. Même s’ils estiment que cela est très peu, il faudrait peut-être qu’ils considèrent que peu, c’est mieux que rien. Sauf dans les rêves.

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Certes, on ne peut pas vivre seulement avec la Raison. Dans le cas des Arméniens en particulier, cela aurait mené à leur anéantissement total. Notre survie, notre existence, notre persévérance vont à l’encontre de la logique.

Dans l’état actuel des choses, il s’agit cependant de penser un peu au dosage de l’idéologie pure, de l’idéalisme à tout crin, du jusqu’auboutisme autodestructif, de l’hyper-émotivité, relativement à l’Arménie... Nous ne sommes plus au stade des abstractions patriotiques, des discussions purement théoriques, ni dans la terrible conception du “nous n’avons rien à perdre, de toute façon...“, qui a constitué le fondement de notre Mouvement de Libération Nationale, depuis la seconde moitié du 19ième siècle jusqu’aux années 1975 à 1986, et qui nous donnait le luxe de penser, d’agir et même de parler, sans trop nous soucier des conséquences.

Beaucoup de choses vont s’améliorer, doivent s’améliorer, en Arménie. Cela est impératif. Le processus nécessitera au moins vingt ans ; mais ce, après la fin de l’état de guerre seulement... Ce qui pourrait donc représenter 30, 40, 50 ans... (Nous n’avons rien à envier au sempiternel conflit israélo-palestinien.)

Il faut donc d’abord s’inscrire dans cette durée ; laquelle implique que, pour 2 à 3 générations d’entre nous, nous ne verrons pas, de notre vivant, le plein développement de cet État, l’entier redressement ce pays. À condition de transmettre convenablement le flambeau, nos enfants et petits-enfants le verrons, le vivrons, pour nous. Tout comme nos grands-parents n’auront pas vécu l’indépendance de l’Arménie et la libération de l’Artsakh, les plus confiants d’entre eux étant persuadés que nous le ferions à leur place aussi.
 Rejetant le populisme et la démagogie, refusant de jouer au marchand de sable, il faut avoir le courage d’aller plus loin, dans cette réflexion.

Il est temps d’accepter l’idée que, pour une multitude de raisons, au bout du chemin, l’Arménie ne correspondra pas totalement à ce qu’on aurait voulu qu’elle soit, à ce qu’on aurait espéré qu’elle devienne. À ce qu’on estimait avoir le droit d’avoir, de mériter, après tout ce que nous avons enduré. 
Il faut avoir la force d’assumer ce constat, aussi pénible et douloureux soit-il. Et surtout, de passer outre. Continuer.

Ce n’est pas seulement une question de sagesse, de lucidité, de résignation. Cela relève aussi, voire essentiellement, de l’amour. Le vrai, le durable, le permanent. Celui qui résiste et survit à tout, et surtout à la réalité.

On ne rejette jamais son enfant parce qu’il a des défauts, pas plus qu’on ne renie ses parents, parce qu’ils ne sont pas parfaits et infaillibles.

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Ayant vécu en tant qu’Arméniens, sans État ou carrément dans des pays étrangers, pendant des millénaires, pour certains Arméniens de la Diaspora (celle proprement dite, excluant les fugitifs de l’Arménie actuelle), ni un État ni même un territoire arménien ne sont nécessaires. Cette idée était un moyen ingénieux de subsister en tant que nation, en l’absence de tout État arménien ou même de toute territorialité arménienne. Elle est devenue un danger, maintenant que nous avons une Arménie réelle, territoriale, et un État.

Car en vertu de cette idée, pour les Arméniens qui y adhèrent encore, il est difficile de se rendre compte que leur radicalisme politique met sérieusement en péril l’Arménie actuelle - incluant évidemment sa région de l’Artsakh, sauf à parfaire -. Pourquoi s’en inquiéter outre mesure, puisque dans leur esprit, l’État et le territoire arméniens sont superflus, et que l’identité arménienne, voire la nation même, peuvent fort bien exister et perdurer sans cela, tout comme dans le passé et aussi comme aujourd’hui encore en diaspora.

À l’ère de l’Internet, Facebook, Snapchat et autres machins similaires, avec les divers bidules qui vont avec, le même état d’esprit se retrouve aussi auprès de ceux et celles qui en sont rendus à confondre sérieusement l’existence virtuelle, l’espace cybernétique, avec la réalité, le terrain. (Pour ceux-là, le problème ne se limite pas d’ailleurs seulement à l’Arménie...)

Mais au bout du compte, ce sont les Arméniens qui n’abandonnent pas l’Arménie, qui payeront le prix de ces erreurs, de cette confusion.

Au-delà de la question d’ ingérence étrangère, nuisible aux fins même souhaitées (surtout dans le cas des occidentaux d’origine arménien), c’est aussi par préoccupation envers la population de l’Arménie que, à part quelques individus qui ne parlent qu’en leur nom personnel - aussi “célèbres“ soient-il... -, et quelques groupuscules de circonstance, principalement composés de “hayasdantsis“ ayant fui leur pays, toutes les instances et institutions arméniennes de la Diaspora, ne serait-ce que dans un silence unanime, exercent leur devoir de réserve, leur obligation même de retenue, lorsqu’il est question de commenter l’activisme radical, les actions destructives, voire les tentatives insurrectionnelles, en Arménie.

Cette maturité collective, ce sens de la responsabilité, sont pour tout dire des nouveautés étonnantes, pour la diaspora arménienne. Mais comme l’union ne nous fait jamais défaut lorsque nous faisons face à des dangers existentiels, comme nous ne sommes aussi unis, en fait, que lorsque l’enjeu national est excessivement crucial, ce positionnement même de la Diaspora démontre le degré de gravité des conséquences plus que possibles, probables, des mouvements ayant pour effet de mettre en cause la légitimité de l’État arménien, de semer le chaos, de déstabiliser ce petit pays en émergence, encore embryonnaire, fragile, démuni et vulnérable.

Dans le même ordre d’idée, veuillez considérer aussi ceci : il y a une nette conviction, auprès de nos “révolutionnaires“, que le régime actuel en Arménie est la cause, unique et exclusive, de tous les maux et de tous les problèmes de l’Arménie et des Arméniens.

Cela ne peut pas être sérieusement vrai, cela n’est pas vrai. À titre d’exemple seulement, des problèmes beaucoup plus fondamentaux ont été exposés plus haut dans le présent article, lesquels n’ont rien avoir avec quelque régime gouvernemental que ce soit, ni même avec la politique. Il y en a évidemment d’autres, beaucoup d’autres, hélas : mœurs archaïques, mentalités obtuses, machisme, paresse pathologique, obscurantisme, attentes et exigences irréalistes d’un État-Providence, individualisme excessif étrangement doublé d’une absence totale du sens de la moindre responsabilité individuelle, perte de spiritualité, autres séquelles profondes du soviétisme, etc. etc., rien de tout cela ne se réglera nullement par un changement de gouvernement. Même si ce changement devait avoir lieu de manière naturelle, sans révolution.

En conséquence, cette autre illusion voulant que le départ de tel ou tel dirigeant politique va tout régler, tout, par enchantement, comme sous le toucher étincelant d’une baguette magique, est dangereuse. Car cela nous détourne des autres problèmes, non liés à la politique. Mais aussi, lorsque le changement de régime se produira, en réalisant que cela n’aura pas eu l’effet totalement salutaire imaginé, la déception de ceux qui y croyaient sera extrêmement pénible, et mènera à une aggravation de la dépression nationale collective qui entrave déjà trop notre avancée, notre développement, notre processus de redressement.

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Quitte à devoir modifier le niveau du propos, dans un but purement (et patiemment) explicatif, il sera utile d’aborder ici, sommairement, un autre aspect important du sujet, en référence à des faits et des données objectivement irréfutables.

Le régime actuel en Arménie est le descendant direct, l’héritier immédiat, le légataire universel - dans tous les sens du terme, y compris celui de la dévolution successorale des biens... -, du régime initial. Celui de 1991 à 1998. (Les régimes incarnés par les deuxième et troisième présidents, c’est pratiquement du pareil au même.)

Tous les défauts, toutes les tares et déficiences du régime actuel ne sont que les conséquences ou la continuation même des attributs et caractéristiques du régime initial. La source du mal est là. Et cela était aisément perceptible, prévisible, et à l’époque en question, remédiable.

Corruption, népotisme, oligarchie au-dessus des Lois, pillage sauvage des biens et ressources publiques (notamment par voie de privatisation précipitée), monopolisation des secteurs les plus importants de l’industrie et de l’économie, Règle de Droit fictive, transformée en mascarade, pour être remplacée plutôt par la Loi de la Jungle, mentalité de “sélection naturelle“, de “chaîne alimentaire“ humaine, se traduisant par une cruauté indicible envers les faibles, etc., etc. Tout cela a commencé sous le premier régime.

À ceux et celles qui ont plus de 40 ans aujourd’hui, et qui veulent maintenant ou seulement depuis 10 ans une révolution en Arménie, une simple question : qu’avez-vous donc fait, moindrement dans le même sens, contre le régime initial... ?

Le fait est que pour la plupart d’entre vous, voire tous, vous avez choisi de tolérer, de justifier les pires dérives dudit régime. Ébahis et admiratifs, aveuglés par l’émotion, - mais aussi parfois parce que cela vous convenait personnellement... -, vous avez fait l’apologie de tout ce que le Premier Président a fait. Vous avez plutôt blâmé ses détracteurs pour ce qui constituait selon vous leur impatience déraisonnable, leur extrémisme dogmatique, leur manque de respect scandaleux, inadmissible, envers les autorités et surtout le fameux Premier Président.

Une illustration particulièrement frappante, c’est cette histoire de soi-disant “prisonniers politiques“... Sous le régime initial, un parti politique a été entièrement déclaré hors la Loi, par un simple discours télévisé du Président. Les journaux de ce parti ont été fermés, ses biens ont été confisqués. Ses membres ont été jetés en prison, où l’un d’entre eux est décédé.

Sortez donc tous vos journaux, vos discours et vos articles de l’époque. Rappelez-vous, de mémoire, vos conversations de salon. Qui, et s’il en est, combien de fois, aura utilisé les termes “prisonniers politiques“, en relation aves les événements susmentionnés. Alors qu’aujourd’hui, ce titre est accordé à des individus qui ont mené une action armée insensée, durant laquelle trois policiers arméniens ont perdu la vie. Ah mais pardon, j’oubliais, on parle de demi-dieux...

Ayez donc au moins l’obligeance de ne pas faire la leçon à ceux et celles qui, vingt-cinq ans avant vous, à l’époque où cela avait un sens, ou cela pouvait aboutir à des résultats effectifs, se sont fermement insurgés contre les aspects clairement annonciateurs de tous nos problèmes à venir, qui en ont lourdement payé le prix, et qui aujourd’hui, se taisent. Au minimum, par lassitude. Mais aussi, par lucidité, car ils savent que pour beaucoup de choses essentielles, des rectifications importantes, c’est trop tard. C’est à l’époque qu’il fallait y penser, vingt-cinq ans plus tôt, qu’il fallait agir. C’était trop tard par la suite. C’est fini, à présent.

Et il ne s’agit pas seulement de votre inaction, de votre silence, à l’époque. Vous avez pris position en faveur du régime initial en question, lequel était certainement beaucoup plus dictatorial, au sens littéral du terme, que celui d’aujourd’hui.

Quant à ceux et celles qui ont moins de 40 ans, vous gagneriez certainement à prendre connaissance des faits et données brièvement exposés ci-dessus. Et de retourner étudier un peu ces pages encore toute fraîches de l’histoire contemporaine de l’Arménie. Pour décider en conséquence, de manière convenablement éclairée, ce que vous voulez faire ou ne pas faire ; mais aussi, pour comprendre certaines prises de positions dont on ne prend pas la peine d’expliquer les fondements, ce qui engendre des malentendus - pour le moins dire... - .

Mais attendez, c’est pas fini... hélas... Il y a pire.

Le responsable originel, l’artisan initial des défauts fondamentaux du régime actuel en Arménie, et bien, nos révolutionnaires subséquents - et d’aujourd’hui - se sont alliés à lui ! Ils sont montés sur les mêmes estrades, pour se serrer chaleureusement la main, et haranguer ensemble la foule, en leur promettant de les délivrer et sauver du régime actuel.

Pour ne citer que lui, les autres ayant disparu de toute façon la circulation... vous avez dit Nigol Pachinian ? Hmm, Pachinian, Pachinian... Mais c’était pas lui, aux côtés du Premier Président susdit, lors des manifestations (celles-là violentes, virant à la tentative d’insurrection) de 2008... ? Ah tiens, mais oui... C’était bien lui. Son but était de ramener alors ledit Premier président au pouvoir... En tant que Sauveur du pays et de la nation. (Au fait, vous aurez compris que non seulement les problèmes actuels sont l’héritage direct du règne du Premier Président, mais celui-ci a lui-même fait venir à Erevan, en les tenant quasiment par la main, ceux-là même qui y ont pris le pouvoir par la suite et le conservent à ce jour....)

Alors, aujourd’hui même, à l’instant où j’écris ces lignes - on ne sait pas si ce sera encore le cas, lorsque vous les lirez... -, vous avez cet étrange type à Erevan, qui y mène une nième tentative de révolution visant à évacuer le chef de l’État actuel, alors qu’il a été l’allié intime et immédiat, lors d’une tentative similaire, de la personne même qui est le premier responsable de tous les problèmes qui sont invoqués comme étant la justification de tout cet activisme radical, et qui a aussi amené lui-même à la capitale et introduit au sein du pouvoir la clique spécifique dont est issu ledit chef actuel de l’État.

Ça ne s’invente pas, hélas...

Et au fait, vous savez pourquoi Pachinian est devenu pacifiste maintenant ? Car en relation avec les événements de fin février 2008, il assume une part de responsabilité dans la mort de plusieurs citoyens, les blessures de centaines d’autres, et la désillusion définitive de tout le reste. C’est pas pour rien que ce sont principalement des écoliers et des jeunes dans la vingtaine qui le suivent à présent. Car les adultes le connaissent.

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Avec son nouvel aventurisme insensé, manifestement voué à l’échec (eu égards aux objectifs extrémistes annoncés, avec l’intransigeance absolue, en prime), en exigeant la lune, Mars, Jupiter et Saturne (je ne continue pas, car le nom de la prochaine planète dans l’ordre va friser le jeu de mots indécent, surtout en anglais...), rejetant catégoriquement le moindre dialogue même avec le pouvoir, Nigol Pachinian a été faible. Il a fui le vrai combat.
 Au lieu d’assumer ses fonctions, certes très difficiles et ardues, de véritable chef de l’Opposition officielle - pourtant un pas en avant incontestable, sur la voie de la normalité, pour l’État en gestation -, il s’est plutôt réfugié dans la rue, les slogans puérils, les vociférations et les gesticulations stériles, la manipulation des enfants. Au mieux, il a choisi encore une fois le rêve absolu, le rêve d’absolu, à l’encontre de la réalité élémentaire, du vrai travail. Mais il y a aussi des aspects sombres dans ce qu’il est en train de faire...

Parmi ceux qui le suivent fébrilement, sur ce chemin qu’il leur présente comme étant infini, mais qui ne mène qu’à une impasse, ceux qui méritent d’être mentionnés, ce sont seulement ces adolescents et ces jeunes, qui ont bien le droit de vivre leur âge (ah, si jeunesse savait...). Mais Pachinian a-t-il le droit de leur mentir, de les tromper et leurrer aussi grossièrement, avec ses promesses et ses “garanties“ farfelues ?

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Enfin bref, à la lumière de tout ce qui précède, c’est peut-être sympa, amusant et romantique, passionnant même, ce qui se déroule depuis quelques jours à Erevan.

Pour beaucoup d’entre nous cependant, merci, mais passe.

On a déjà donné.

Me Haytoug Chamlian Avocat, écrivain, activiste humanitaire en Artsakh HYPERLINK “http://www.shoushisummercamp.org“ www.shoushisummercamp.org

Montréal, 19 avril 2018

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