Nouvelles d'Armenie    
EDITORIAL
Et maintenant  ?


Il n’y a que la foi qui sauve. Et il fallait être sûr de son bon droit pour se lancer comme Nikol Pachinian l’a fait dans cette longue marche à travers le pays qui allait aboutir à l’un des plus grands rassemblements que l’Arménie ait connu depuis l’indépendance. Ils partirent à une dizaine et se virent au moins 1000 fois plus nombreux en arrivant place de la République le 17 avril à 18h. Une initiative que son jeune parti, Contrat Civil, a pris seul, et même contre l’avis de ses partenaires de la coalition Yelk ( Lumineuse Arménie et le parti République) qui ne croyaient pas en l’avenir d’une telle entreprise.

Force est pourtant de constater que le pari a été jusque-là gagnant en terme de mobilisation. Et que, dans sa capacité à cristalliser les colères et les frustrations, Nikol Pachinian a réalisé un sans-faute. Mais le plus difficile reste à faire : transformer le rejet en espoir et lui donner un contenu politique.

La revendication sur la démission de Serge Sarkissian, désigné comme la cause de tous les maux de l’Arménie - il faut toujours un responsable-, a été le grand catalyseur du mouvement. D’autant que le tour de bonneteau constitutionnel auquel « la majorité » en place s’est livrée pour assurer la reconduction de son leader à la tête de l’exécutif passe mal. C’est le moins que l’on puisse dire.

Toutefois, Pachinian ne va-t-il pas trop loin en préconisant, comme il l’a annoncé, le début d’une révolution de velours, à savoir une stratégie de prise de pouvoir non-violente par la rue  ? L’Arménie n’est pas l’Ukraine, ni la Géorgie. La guerre qui couve à ses frontières porte en germe une menace existentielle pour le pays. Aussi, dans cette situation, les dirigeants en place auront beau jeu d’en appeler à l’éthique de responsabilité et aux arguments relatifs à la sécurité nationale.

Pour autant le peuple doit-il éternellement se taire et avaler toutes les couleuvres  ? La résignation politique, l’apathie sociale, la désertion civique et ses conséquences démographiques, ne sont-elles pas autant de facteurs de faillite morale et de capitulation nationale  ?

Dans ce contexte, le défi de Pachinian sera d’alimenter la part de rêve nécessaire à la pérennisation de son mouvement, tout en essayant de lui trouver, si possible, des débouchés politiques constitutionnellement corrects. Compliqué.

Sarkissian devra quant à lui veiller à ne pas assoir son pouvoir sur les baïonnettes, ce qui en général commence si bien et finit si mal...comme le supplice du pal...écrivait Victor Hugo.

Car tout recours à la violence ne ferait à ce stade de mobilisation qu’affaiblir la cohésion du pays et aller à l’encontre du besoin de renforcement national revendiqué. Au-delà de l’usage de la force, aléatoire à tout point de vue et politiquement délétère, il lui faudra à nouveau convaincre, retrouver encore du crédit politique.

Il y avait en partie réussi, après les grandes manifestations de juillet-août 2016 en promettant des réformes de fond et en nommant pour les mettre en oeuvre un Premier ministre jugé généralement crédible. Il a ainsi gagné un an et demi de répit. Puis il a remporté dans la foulée, quoi qu’on en dise, les législatives de mars 2017.

Face à la naturelle usure du pouvoir, il n’a pu pour autant incarner l’espoir, dire des choses aux gens, ce qui est beaucoup plus simple lorsque l’on se trouve sur les bancs de l’opposition que quand on doit défendre son bilan, après dix ans de mandat, dans un pays aussi volcanique et infortuné que l’Arménie.

Comment dans ces conditions Serge Sarkissian pourra-t-il résister à un ras-le-bol aussi massivement exprimé  ? De quels arguments dispose-t-il pour répondre à l’indignation d’une grande partie de l’opinion qui voit dans sa reconduction quelque peu forcée à la tête de l’exécutif, le coup de poker de trop  ? L’homme a montré qu’il avait du sang-froid, de la suite dans les idées et du répondant politique. Il lui faudra dans ces circonstances extraordinaires avant tout convaincre de son sens de l’intérêt général.

Ara Toranian

mercredi 18 avril 2018,
Ara
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