Nouvelles d'Armenie    
EDITORIAL
Gauin : inciter à la haine et semer la zizanie


Mon procès et celui de Sam Tilbian - nous sommes tous deux poursuivis par le pamphlétaire anti-arménien Maxime Gauin pour diffamation et injure - se tiendra le 17 octobrea à 13h30 devant la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de Grande instance de Paris. Il a pour origine une plainte de Maxime Gauin, qui en substance me reproche de l’avoir comparé à Faurisson dans un éditorial, et qui reproche à Sam Tilbian de l’avoir qualifié de « véritable tâcheron au service du fascisme turc », dans un message posté sur le forum d’armenews.com. Mais, au-delà des faits qui pourraient paraître anecdotiques au non-initié, ce procès est lourd d’enjeux bien plus importants.

Après la décision du Conseil constitutionnel d’invalider, au nom de la liberté d’expression, les lois qui se proposaient de pénaliser le négationnisme du génocide arménien, il s’agira désormais de savoir si non seulement les négationnistes ne sont passibles d’aucune sanction pour leurs agissements, mais s’il deviendra même condamnable de les désigner pour ce qu’ils sont. Par un curieux renversement des rôles, c’est en effet un négationniste arménophobe et thuriféraire de l’Etat turc qui se trouvera le 17 octobre sur le banc de l’accusation, et des descendants des victimes du génocide sur celui des accusés. Dans ce contexte une décision du tribunal qui ne reconnaîtrait pas à ces derniers le droit de se défendre et de répliquer pourrait ouvrir un boulevard aux négationnistes. Ce serait d’autant plus grave que leur arrogance est en train de franchir un nouveau palier, à en juger par les derniers messages de Maxime Gauin sur twitter.

Ce vice-président de l’association Confluence France-Turquie, membre revendiqué du think tank turc AVIM, dirigé par un ex-ambassadeur de Turquie, s’est en effet lancé à quelques jours du procès dans des attaques d’une violence inouïe contre l’un des « accusés » : en l’occurrence, votre serviteur. Il ne se contente pas d’attenter à ma réputation, comme il le fit dans le passé avec ses « têtes de Turc » que sont Patrick Devedjian, l’historien français Yves Ternon, l’historien turc Taner Akçam, l’historien américain Vahakn Dadrian, l’autre coprésident du CCAF, Mourad Papazian, le président de l’institut de l’holocauste et du génocide à Jérusalem, Israël Charny, et même mon avocat, maître Henri Leclerc. Il se permet cette fois-ci de proférer des accusations contre ma personne d’une rare gravité, et ce bien sûr à quelques jours du procès.

Sa dernière agression, particulièrement venimeuse, vise non seulement à me diaboliser dans la perspective de cette échéance, mais répond également à un objectif tactique clairement identifiable dans sa stratégie négationniste globale : Inciter à la haine antiarménienne et plus précisément, créer une fracture entre les Juifs et les Arméniens.

Dans une série de tweets envoyés le 30 septembre, ce propagandiste n’hésite en effet pas à me qualifier de « grande figure de l’Asala, groupe terroriste antisémite, lié au FPLP et à l’attentat de la rue Copernic ». Pas moins ! Et pour illustrer son propos, il reproduit dans le même fil de discussion, comme élément à charge, une interview d’Abou Iyad, ex numéro 2 de l’OLP, assortie d’une photo où je figure à côté du dirigeant palestinien dans un entretien paru en 1980, dans Hay Baykar (combat arménien), journal dont j’étais à l’époque le directeur de publication. Enfin, il reproduit un article de ce même périodique, particulièrement critique à l’égard de l’invasion israélienne au Liban. 

Il va sans dire que l’accusation est totalement mensongère et que le procédé est particulièrement pernicieux.

D’une part je n’ai jamais appartenu à l’ASALA, même si je l’ai soutenue publiquement durant un temps (avant de condamner sa dégénérescence terroriste) et je n’ai été encore moins l’une de « ses grandes figures ». Quant à attribuer à cette organisation un rôle dans le crime odieux de la rue Copernic, si Maxime Gauin détient des preuves de ce qu’il affirme, qu’il les communique aux services compétents. La DGSI et le Mossad ne demanderont sans doute qu’à profiter de ses lumières... Mais il est hélas à craindre pour notre contempteur qu’il ne soit guère pris au sérieux.

Ses procédés, ses mensonges, ses amalgames grossiers, et ses tentatives d’enfumage ne sauraient en effet résister à l’examen (cf : les articles et la photo présentés n’ont en réalité aucun rapport avec les accusations portées, quand bien même tentent-ils de les crédibiliser en créant un climat, en plantant un vague décor, tel un illusionniste).

Ces tweets nauséabonds sont à rapprocher de toute une série d’autres écrits, visant à semer la zizanie, notamment entre Juifs et Arméniens. Sa tribune extrêmement caricaturale publié dans Haaretz il y a trois ans, et dont la critique par l’auteur de ces lignes est à l’origine de la plainte en diffamation en cours, était à cet égard sans ambiguïté. « Courrier international », qui l’avait signalée du fait de la violence extraordinaire de son contenu ne s’y était pas trompé en la qualifiant d’article au vitriol et en titrant « l’Arménie, un pays accusé d’antisémitisme ». Faut-il le rappeler  ? Cette imputation d’autant plus malveillante qu’elle s’adressait à un public israélien, avait été battue à l’époque en brèche par Rimma Varjabedian-Feller, présidente de la communauté juive d’Arménie qui avait vivement dénoncé dans différents médias les anathèmes et les procédés du pamphlétaire. 

Ce que Maxime Gauin « oublie » bien sûr aussi de dire dans ses tweets, ce sont les prises de position de l’auteur de ces lignes contre la dérive de l’ASALA, dont le pamphlétaire fait le procès pour détourner l’attention afin que ne soit pas fait celui de l’Etat turc dans le génocide arménien, autrement plus lourd de conséquences.

Ce que Gauin ne dit pas non plus, c’est mon militantisme en faveur de la solidarité entre Arméniens et Juifs, deux peuples victimes d’un génocide et mobilisés pour le droit à la sécurité des Etats arménien et israélien, toujours menacés dans leur existence.

Si la donne géopolitique n’a pas toujours permis aux Arméniens et à Israël d’être dans le même système d’alliances, malgré leurs affinités électives évidentes et les similitudes tragiques entre leurs histoires, il s’est toujours trouvé dans les deux peuples une volonté de dépasser les conflits d’intérêts secondaires pour promouvoir l’essentiel : une même communauté de valeurs, de sensibilité. Cette fameuse « solidarité des ébranlés », évoquée par le philosophe tchèque Jan Patocka et qu’aime à citer Bernard-Henri Lévy. Une communauté de destin et d’idéal, qui ne se laissera pas briser par ceux qui se repaissent de leurs cadavres et jouent de leurs souffrances.

Ara Toranian

dimanche 15 octobre 2017,
Ara
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