Nouvelles d'Arménie
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Israël


REVUE DE PRESSE
« Nous demandons à l’Etat d’Israël de reconnaître le génocide des Arméniens »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités françaises, dont Beate et Serge Klarsfeld, Pascal Bruckner, Frédéric Encel et Marek Halter, appelle le gouvernement israélien à surmonter l’obstacle des relations avec la Turquie et à accomplir un geste qui relève d’une éthique des relations internationales.

LE MONDE | 04.06.2018

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/04/nous-demandons-a-l-etat-d-israel-de-reconnaitre-le-genocide-des-armeniens_5309391_3232.html

En 1915-1916, un génocide majeur fut perpétré en Anatolie par le gouvernement Jeune-Turc sur la population arménienne de l’Empire ottoman. Un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants furent exterminés par épuisement lors de marches de la mort dans le désert, par assassinats multiples, viols systématiques ou inanition, des milliers d’enfants étant capturés et convertis de force.

Rescapés, diplomates étrangers, soldats allemands et même - on l’oublie trop souvent - juges turcs au début des années 1920, d’innombrables personnes ont livré témoignage de ce crime de masse que les historiens authentifièrent rapidement et dont s’inspirèrent les juristes internationaux dans leurs travaux sur les crimes contre l’humanité.

Nous, militants de la mémoire et du combat antinégationniste, observons avec intérêt la forte progression du nombre de députés au Parlement israélien favorables à la reconnaissance du génocide des Arméniens ; trois (sur cent vingt) en 2000, trente en 2010, une majorité sans doute à présent, y compris le président de la Knesset, l’ancien refuznik [dissident soviétique] Yuli Edelstein.

Cette évolution positive, qui traduit un soutien populaire déjà ancien de l’opinion publique israélienne, doit pousser l’exécutif israélien à cesser de tergiverser et à en prendre acte par-delà les considérations économiques ou diplomatiques ; dans les relations internationales, un impératif moral au moins doit prévaloir : le rejet catégorique des génocides et de leur négation.

Parce qu’il est le pays qui recueillit la majorité des rescapés de la Shoah, parce qu’il a bâti et abrite le plus considérable musée-mémorial dédié à un génocide, parce qu’il a reconnu le génocide des Tutsis rwandais de 1994, nous demandons à l’Etat d’Israël de reconnaître officiellement - aux côtés de nombreux autres Etats, eux aussi démocratiques - le génocide des Arméniens.

Les signataires : Benjamin Abtan, président de l’association antiraciste EGAM ; Séverine Benayoun, avocate ; Pascal Bruckner, philosophe ; Alain David, philosophe ; Frédéric Encel, fondateur et animateur des Assises antinégationnistes ; Marek Halter, écrivain ; Pierre Fraidenraich, journaliste ; Valérie Hoffenberg, consultante ; Emmanuelle Hoffman, avocate ; Valérie Igounet, historienne ; Marcel Kabanda, président d’Ibuka-France ; Arno Klarsfeld, avocat ; Beate et Serge Klarsfeld, dirigeants de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France ; Benjamin Orenstein, rescapé de la Shoah, président de l’Amicale des déportés d’Auschwitz-Birkenau ; Richard Prasquier, ancien président du CRIF ; Gérard Rabinovitch, directeur de l’Institut européen Emmanuel-Levinas ; Rudy Reichstadt, fondateur et directeur de Conspiracy Watch ; Anne-Marie Revcolevschi, fondatrice du Projet Aladin et ancienne directrice générale de la Fondation pour la mémoire de la Shoah ; Dominique Sopo, président de SOS-Racisme ; Mario-Pierre Stasi, président de la Licra ; Antoine Spire, journaliste ; Yves Ternon, historien ; Meïr Waintrater, ancien directeur de L’Arche ; Régine Waintrater, psychanalyste ; François Zimeray, ambassadeur de France.

posté le 5 juin 2018 par Stéphane/armenews


ISRAËL/TURQUIE
Israël ajourne le vote d’une loi reconnaissant le génocide arménien

Jérusalem, 3 juin 2018 (AFP) - Le gouvernement israélien a ajourné le vote d’une loi sur la reconnaissance du “génocide arménien“, par crainte que ce vote ne profite au président turc Recep Tayyip Erdogan, a indiqué dimanche le ministère des Affaires étrangères.

Le chef de l’Etat turc est en pleine campagne électorale et espère briguer un nouveau mandat lors de la présidentielle qui se tiendra le 24 juin.

La proposition de loi, présentée par des membres de la coalition et de l’opposition, devait faire l’objet d’un vote préliminaire dimanche. Elle a été présentée après les récentes tensions diplomatiques avec la Turquie qui ont suivi le bain de sang à Gaza le 14 mai. Au moins 61 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens ce jour-là.

“Le ministère des Affaires étrangères a conseillé au Premier ministre (Benjamin Netanyahu) de repousser le débat sur la reconnaissance du génocide arménien après les élections en Turquie, puisqu’une telle discussion est susceptible d’aider Erdogan lors des élections“, a précisé le porte-parole du ministère, Emmanuel Nahson, dans un communiqué.

Il a ajouté que le chef du gouvernement israélien avait suivi ces recommandations.

La Turquie et Israël s’écharpent à coups d’invectives et de sanctions diplomatiques depuis le 14 mai. Ankara a renvoyé provisoirement l’ambassadeur d’Israël en Turquie et le consul général d’Israël à Istanbul. Israël a pris une mesure similaire à l’encontre du consul général turc à Jérusalem.

Selon l’Arménie, quelque 1,5 million d’Arméniens sont morts au cours de massacres commis par les Turcs ottomans pendant la Première guerre mondiale. La Turquie rejette avec véhémence le terme de génocide, utilisé par près de 30 pays pour qualifier ces massacres.

Selon Ankara, 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs sont morts lorsque les Arméniens se sont révoltés contre le pouvoir ottoman en s’alliant avec les troupes russes.

Le député travailliste, Itzik Shmouli, a jugé “fausses et ridicules“ les explications du ministère des Affaires étrangères pour justifier l’ajournement du vote.

“Si les ministères des Affaires étrangères dans le monde avaient agi d’une façon aussi lâche et intéressée sur la question de la reconnaissance de l’Holocauste, où en serions-nous aujourd’hui ?“ a-t-il écrit sur Twitter.

Dans le cadre d’une initiative parlementaire séparée, les députés ont approuvé fin mai la tenue d’un débat parlementaire sur la reconnaissance du génocide arménien, sans fixer de date.

posté le 3 juin 2018 par Ara/armenews

PHOTO : צילום : איציק אדרי