Nouvelles d'Arménie
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Grande Bretagne


Harut Sassounian
Du mensonge du Foreign Office sur le Génocide Arménien

Des Documents Internes Révèlent que des Responsables du Royaume-Uni ont trompé le Parlement sur le Génocide Arménien.

Par Harut Sassounian

Editeur, The California Courier

Un expert judiciaire éminent, M. Geoffrey Robertson, a rendu public cette semaine les déclarations fausses et inexactes sur le Génocide Arménien faites par le British Foreign and Commonwealth Office (FCO, le Ministère des Affaires Etrangères et du Commonwealth). Le juriste international a révélé que pendant de nombreuses années, le FCO a trompé le Parlement Britannique sur les faits du Génocide Arménien pour s’attirer les faveurs du gouvernement turc.

Le rapport en 40 pages du rapport de recherche méticuleuse, commandé par l’Armenian Centre de Londres, est basé sur des documents tenus secrets jusqu’alors, obtenus du Foreign Office grâce au Freedom Information Act (la Loi sur la Liberté d’Information). M. Robertson, l’auteur d’un rapport portant le titre, ’Y a-t-il eu un Génocide Arménien ?’ a été Premier Président de la Cour des Nations-Unies sur les Crimes de Guerre en Sierra Leone.

M. Robertson a été forcé de faire des demandes répétées au gouvernement britannique pendant des mois pour obtenir la communication des documents internes que le Foreign Office était légalement dans l’obligation de fournir. Selon le FCO, quelques uns des documents n’ont pas été fournis du tout, et quelques uns des documents qui ont été finalement rendus publics étaient partiellement passés au noir, afin de préserver les relations du Royaume-Uni avec la Turquie.

Dans son rapport, M. Robertson explique que l’Armenian Centre lui a demandé "d’examiner l’attitude du gouvernement britannique dans son refus d’accepter que les massacres d’Arméniens en 1915-1916 équivalaient à un génocide, et de déterminer si les raisons données pour expliquer cette position sont valables et conformes au droit international."

Il est regrettable que les dirigeants britanniques d’aujourd’hui aient oublié la déclaration des gouvernements faite conjointement avec la France et la Russie, le 28 mai 1915, prévenant qu’"’au vu des crimes de la Turquie contre l’humanité et la civilisation," les trois grandes puissances tiendraient pour responsables" tous les membres du gouvernement ottoman" qui sont impliqués dans les massacres d’Arméniens.

Les documents internes obtenus récemment révèlent l’intention trompeuse, fausse et sinistre du Foreign Office. Dans un mémorandum de 1999, adressé au ministre d’Etat pour l’Europe Joyce Quin et à d’autres, le FCO déclarait qu’il n’est pas dans les obligations du gouvernement britannique de décider de ce qui constitue un génocide : "rechercher, analyser et interpréter l’histoire est un sujet pour les historiens"

Au contraire, l’avocat Robertson relève l’"erreur fondamentale" du gouvernement se fiant aux historiens pour se prononcer sur une question de droit. Il explique que "décider de ce qui constitue un génocide est du domaine du juridique fondé sur le droit international, et pas du tout du domaine des historiens. Les historiens établissent des faits : les juristes doivent juger si ces faits violent le droit international".

Dans le même mémorandum, le Foreign Office déclare qu’il n’y a pas de document prouvant que les massacres de masse des Arméniens étaient le résultat d’une politique d’état délibérée. M. Robertson qualifie cette déclaration d’"un autre canard-qui apparaît habituellement et de façon répétée" dans les notes internes du FCO-"la notion qu’il devrait y avoir quelque document écrit qui atteste d’une décision de gouvernement ou d’un dirigeant pour exterminer le peuple arménien." M. Robertson relève qu’"évidemment, il n’existe aucun document de cette sorte, qui se rapporte à l’holocauste nazi."

En clair, le Foreign Office est plus concerné par les retombées internes et étrangères de la reconnaissance du Génocide Arménien que par le génocide lui-même. M. Robertson relève ; "de façon plutôt cynique, le mémorandum continue de prendre en compte l’influence de la campagne de reconnaissance du génocide et note que ’la campagne n’apparaît pas avoir à ce stade assez de soutien ou de sens pour embarrasser sérieusement HMG [Her Majesty Government, le Gouvernement de sa Majesté]’"

En outre, le Foreign Office met plus d’importance sur les apaisements de la Turquie que sur les questions morales liées aux tentatives d’anéantissement d’une nation entière. "HMG est exposé à la critique en termes de la dimension éthique, " admet sans hésiter le FCO." Mais étant donnée l’importance de nos relations (politiques, stratégiques et commerciales) avec la Turquie, et que reconnaître le génocide n’apporterait rien au bénéfice du Royaume-Uni ou au peu de survivants des massacres encore vivants, pas plus que cela n’aiderait au rapprochement entre l’Arménie et la Turquie, la position actuelle est la seule option réalisable." M. Robertson remarque sur un ton sarcastique mais néanmoins attristé : "ce génocide particulier ne pourrait être reconnu non pas parce qu’il n’a pas eu lieu, mais parce qu’il serait politiquement et commercialement embarrassant de le faire."

Un autre argument faux avancé par le Foreign Office dans plusieurs memoranda est l’argument que la Convention de l’ONU sur les Génocides de 1948 n’a pas d’effet rétroactif et par conséquent, ne s’applique pas au Génocide Arménien. M. Robertson, un expert de premier plan du droit international, rejette rapidement ce "mauvais point," parce que la "règle de la non-rétroactivité s’applique aux accusations de crime, portées contre des individus, ou aux atteintes qui n’étaient pas interdites par la loi au moment où elles sont alléguées avoir été commises. Personne ne suggère que les accusations criminelles ne soient portées contre des individus qui sont morts depuis longtemps- la question est : "selon la définition adoptée par la Convention les Nations Unies en 1948, les massacres d’Arméniens sont-ils correctement décrits par le terme ’génocide’ ? "

Le ministre d’Etat britannique pour l’Europe, Joyce Quin, était à ce point outré par l’extrémiste "négationnisme de génocide" du gouvernement de sa Majesté et son allégation qu’il n’y avait pas de preuve de l’intention turque de commettre un génocide, que dans un mémorandum au Foreign Office du 13 avril 1993,elle releva que la question de l’intention n’avait jamais été examinée par des fonctionnaires du gouvernement.

Le rapport de M. Robertson relate ensuite le scandale diplomatique Thorda Abott-Watt, Ambassadrice britannique en Arménie, qui mit honteusement en doute la réalité du Génocide Arménien lors d’une interview à Erevan en 2004. Elle déclara que la preuve relative au Génocide Arménien "n’était pas suffisamment exempt d’équivoque" pour être qualifié de Génocide selon la Convention de l’ONU sur le Génocide. En réponse à plusieurs articles que j’écrivais à l’époque, des milliers de lecteurs à travers le monde inondèrent le Foreign Office et le ministère arménien des affaires étrangères de lettres de protestation. Le gouvernement arménien adressa finalement une "Note verbale" (un courrier de protestation) au gouvernement britannique,. M. Robertson a rendu public un mémorandum interne du FCO écrit lors de cette controverse, suggérant que le gouvernement britannique maintienne sa politique de négation, la Turquie "consacrant des ressources diplomatiques majeures pour contenir toute reconnaissance possible. Le Turquie régirait très violemment à toute suggestion de reconnaissance par le Royaume-Uni."

Au cours de l’étude de centaines de pages de documents récemment portés à la connaissance du public, M. Robertson a découvert "une seule référence dédaigneuse et obscure " par le Foreign Office à "une enquête internationale crédible" qui a qualifié les massacres de masse des Arméniens de génocide. Cette unique étude avait été faite en 1985 par le Rapporteur Spécial Britannique, Benjamin Whitaker, à la demande de la Sous- Commission des Nations-Unies sur la Prévention de la Discrimination et la Protection des Minorités. Avec tristesse, M. Robertson s’est aperçu que le Foreign Office avait écrit un mémorandum conseillant aux ministres du gouvernement de laisser tomber le rapport UN 1985 en arguant du fait que ’depuis, à notre connaissance, aucune mention n’en est faite dans un quelconque document des Nations Unies ou forum."

Même après que plusieurs pays européens aient reconnu le Génocide Arménien, le Foreign Office continua obstinément à se cramponner à sa politique de négation en en informant le ministre d’Etat pour l’Europe, Geoff Hoon, que "la Turquie est névralgique et défensive envers l’accusation de génocide en dépit du fait que les événements s’étaient déroulés au temps de l’empire ottoman et non par la Turquie moderne. Il y a eu de nombreux turcs qui ont perdu la vie dans la guerre et il peut y avoir également une crainte des réparations qui pourraient être demandées s’is acceptaient l’accusation de génocide. Cette posture défensive s’est traduite historiquement par l’étouffement du débat à l’intérieur et par la mise en œuvre de moyens diplomatiques considérables pour dissuader toute nouvelle reconnaissance.

Finalement, en octobre 2007, quand le Comité des Affaires Etrangères de la Chambre des représentants adopta une résolution reconnaissant le Génocide Arménien, le Foreign Office écrivit un mémorandum alarmant, exprimant ses craintes que la machine de lobbying de la diaspora arménienne à travers le monde" allait maintenant "s’emballer !"

M. Robertson, se basant sur son étude des documents internes rendus publics écrits sur une période de 10 ans, conclut que le conseil donné par le British Foreign Office aux ministres du gouvernement "ne reflète ni le droit du génocide, ni le fait démontrable des massacres de 1915-1916, et a été calculé pour tromper le parlement en lui faisant croire qu’une évaluation de preuve et une critique de discernement avait été effectuées."

M. Robertson établit en outre que le "parlement a été systématiquement désinformé, par des ministres qui ont récité des notes d’information du FCO sans se poser de questions sur leur précision. La seule et vraie politique d’HMG [Her Majesty Government, le Gouvernement de Sa Majesté] a consisté à éviter les réponses pleines de vérité aux questions sur le Génocide Arménien, parce que la vérité aurait dérangé le gouvernement turc dans son confort !"

Au vu des révélations sur de telles inconduites et déclarations inexactes, le Parlement britannique devrait tenir des auditions formelles et enquêter sur le comportement de tous ceux qui ont donné des informations fausses et trompeuses aux membres du Parlement pendant beaucoup plus qu’une décennie. Ceux qui seront jugés soit négligents dans l’accomplissement de leur tâche, soit complices d’avoir donné des mensonges purs et simples, devraient être poursuivis ou démis de leurs gouvernementales.

En outre, M. Robertson, un juriste international pré- éminent, devrait être chargé d’assigner le gouvernement turc devant une cour britannique, et à fortiori devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Ce rapport extrêmement important devrait être traduit en plusieurs langues et diffusé dans le monde entier.


Le Guardian, sous la plume de David Leigh, a consacré, le 3 novembre, une page à cette affaire.> The Guardian

posté le 5 novembre 2009 par Jean Eckian/armenews

Traduction Gilbert Béguian pour Armenews.com

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