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#1 10-02-2017 19:44:39

Papillon
@rmenaute
Réputation :   15 

Exils arméniens

du Caucase à Paris Le livre de Anouche Kunth( ed Belin ).

L'exil de familles arméniennes sujets de l'Empire de Russie fuyant la révolution bolchévique, familles pour la plupart , appartenant à la grande bourgeoisie des affaires (banques, industries, pétrole)...qui croisent l'exil des Arméniens de Turquie, celui des rescapés du génocide; même espace de départ( Constantinople, par ex, et même espace d'arrivée, Paris, la France).

Différences de classe , bien sûr...cependant  , comment ces Arméniens russes , sans perte aucune de membres de leurs familles, vont-ils à un moment donné, intégré le génocide, comme leur, et quand? C' est un des sujets du livre...
Parcours de vie, intéressants à lire.

ps: de quelle manière sont ils accueillis, par l'administration française? et existaient ils des différences de traitements entre ces deux communautés?

L'Arménien de Turquie étant perçu comme l'oriental pouilleux , par rapport aux Arméniens de Russie, qui bénéficiaient de l'image impériale cultivée etc...

Dernière modification par Papillon (10-02-2017 19:53:09)

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#2 13-02-2017 08:59:49

Papillon
@rmenaute
Réputation :   15 

Re: Exils arméniens

à l"heure ou nous connaissons l'arrivée de migrants, et cela ne va pas s'arrêter , et face au comportement de nos Etats , qui repoussent, externalisent des masses de personnes obligées de fuir leur pays, voilà ce que nous pouvions lire chez ce Rebatet sur les Arméniens.

Nos politiques n'envisagent plus que le droit des Etats et abandonnent les droits humains.



L’Arménie de Paris
Nous hébergeons à Paris une vingtaine de milled’Arméniens, que les statistiques font voisiner innocemmentavec les Turcs, leurs pires ennemis. L’élément intellectuel estinfime chez eux. Il est formé par quelques anciens sujets russes,qui furent étudiants à Tiflis. J’ai assez bien connu un violonisteet un conteur arméniens. C’était des personnages très doux, desartistes ingénus, très loin de nous et s’efforçant avec la meilleurevolonté du monde à pénétrer notre esprit. Joignons-y quelquesgros pétroliers et armateurs. Ceux-là font partie d’un apportcosmopolite permanent, qui n’a rien que de normal.Les Arméniens de Paris sont de deux sortes : des marchands pleins de souplesse, des miséreux supportant passivement leur condition. Le marchand arménien, dans tout l’Orient, est suivi par une réputation analogue à celle du Juif. C’est encore le Juif qu’il double et concurrence chez nous. On le rencontre dans lesmêmes quartiers, 9e et 11e arrondissements, dans les mêmescommerces : tapis (où ils occupent une place traditionnelle,comme les Espagnols dans les fruits), fourrure, diamants,antiquailles, tout ce qui se vend à la tête du client, tout ce qui permet les marchandages et les palabres. Eux aussi répugnent àla production. Ils sont revendeurs, intermédiaires, prêteurs. Sanstransition, nous passons de ces malins Orientaux à l’Arméniencroupissant de la banlieue.
Une île d’excréments
Le pont de Billancourt enjambe un paysage de baraquements, d’entrepôts, de parcs à ferraille, auquel la présence de l’eau, de quelques grands arbres élégants conservecependant un peu de la grâce qu’il dut avoir jadis. Un Monetdans une poubelle. A gauche, le pont communique avec l’îleSaint-Germain, où il nous faudra revenir, si peu folâtre soit-elle,car elle abrite pêle-mêle des Portugais, des Espagnols, desItaliens, tous manœuvres aux usines proches de Renault, etquelques Chinois, épaves de la colonie jaune de Billancourt, quiest en grande partie dispersée. Les Latins habitent desmaisonnettes blanches et vertes, qu’ils repeignent et réparent le plus souvent de leurs mains. Cette rue paraîtrait fort malpropre àdes Flamands. Elle devient presque alléchante quand on a vu lesArméniens.Ils campent derrière des fondrières, des nappes de boueliquide, de l’autre côté d’un ruisseau fétide qui forme une petiteîle dans la grande. Autant vaudrait marcher dans des feuilléesmilitaires que sur cet immonde talus. Sur des pilotis enfoncésdans cette ordure s’échafaudent de vieux chariots, des débris demâchefer, des volets de fer rouillés, des bouts de barrière, desfagots, des malles éventrées, des madriers pourris. Couronné dequelques tuiles, cela fait une bicoque où s’entassent dix ouquinze Arméniens. Une triste race ! Son destin sans doute, a étécruel : trente années de massacres, de 1890 à 1920. AprèsAbdul-Hamid, qui en a tué trois cents mille, les Jeunes Turcs,les massacres du vilayet d’Adana, puis les Druses du Liban, où beaucoup avaient cherché asile, et où nous les avons recueillisaprès la campagne de Syrie, quand ils n’avaient pas fui la

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révolution russe par la mer Noire. L’Arménie de Paris
Nous hébergeons à Paris une vingtaine de milled’Arméniens, que les statistiques font voisiner innocemmentavec les Turcs, leurs pires ennemis. L’élément intellectuel estinfime chez eux. Il est formé par quelques anciens sujets russes,qui furent étudiants à Tiflis. J’ai assez bien connu un violonisteet un conteur arméniens. C’était des personnages très doux, desartistes ingénus, très loin de nous et s’efforçant avec la meilleurevolonté du monde à pénétrer notre esprit. Joignons-y quelquesgros pétroliers et armateurs. Ceux-là font partie d’un apportcosmopolite permanent, qui n’a rien que de normal.Les Arméniens de Paris sont de deux sortes : des marchands pleins de souplesse, des miséreux supportant passivement leur condition. Le marchand arménien, dans tout l’Orient, est suivi par une réputation analogue à celle du Juif. C’est encore le Juif qu’il double et concurrence chez nous. On le rencontre dans lesmêmes quartiers, 9e et 11e arrondissements, dans les mêmescommerces : tapis (où ils occupent une place traditionnelle,comme les Espagnols dans les fruits), fourrure, diamants,antiquailles, tout ce qui se vend à la tête du client, tout ce qui permet les marchandages et les palabres. Eux aussi répugnent àla production. Ils sont revendeurs, intermédiaires, prêteurs. Sanstransition, nous passons de ces malins Orientaux à l’Arméniencroupissant de la banlieue.
Une île d’excréments
Le pont de Billancourt enjambe un paysage de baraquements, d’entrepôts, de parcs à ferraille, auquel la présence de l’eau, de quelques grands arbres élégants conservecependant un peu de la grâce qu’il dut avoir jadis. Un Monetdans une poubelle. A gauche, le pont communique avec l’îleSaint-Germain, où il nous faudra revenir, si peu folâtre soit-elle,car elle abrite pêle-mêle des Portugais, des Espagnols, desItaliens, tous manœuvres aux usines proches de Renault, etquelques Chinois, épaves de la colonie jaune de Billancourt, quiest en grande partie dispersée. Les Latins habitent desmaisonnettes blanches et vertes, qu’ils repeignent et réparent le plus souvent de leurs mains. Cette rue paraîtrait fort malpropre àdes Flamands. Elle devient presque alléchante quand on a vu lesArméniens.Ils campent derrière des fondrières, des nappes de boueliquide, de l’autre côté d’un ruisseau fétide qui forme une petiteîle dans la grande. Autant vaudrait marcher dans des feuilléesmilitaires que sur cet immonde talus. Sur des pilotis enfoncésdans cette ordure s’échafaudent de vieux chariots, des débris demâchefer, des volets de fer rouillés, des bouts de barrière, desfagots, des malles éventrées, des madriers pourris. Couronné dequelques tuiles, cela fait une bicoque où s’entassent dix ouquinze Arméniens. Une triste race ! Son destin sans doute, a étécruel : trente années de massacres, de 1890 à 1920. AprèsAbdul-Hamid, qui en a tué trois cents mille, les Jeunes Turcs,les massacres du vilayet d’Adana, puis les Druses du Liban, où beaucoup avaient cherché asile, et où nous les avons recueillisaprès la campagne de Syrie, quand ils n’avaient pas fui la .....................................



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physiquement et moralement, que l’Arabe. Rien d’étonnant à cequ’il ait vite chômé, sans attendre d’ailleurs le plus souventqu’on le congédiât. Il prend, avec ses dernières payes, un billet pour Paris, terrain propice aux seules entreprises dont il soitcapable. Ceux que l’on a cherché à employer dans l’agriculture(toujours l’illusion des peuples pasteurs !) n’ont pas tenu pluslongtemps devant la charrue que les autres devant la machine-outil.De quoi subsistent-ils ? D’indemnités, bien entendu. Ouencore de taille des diamants, de ravaudage de tapis, surtout dela brocante en tous genres. Un bel appoint, comme on voit, àl’économie nationale ! Ils n’alimentent même pas autour d’eux,si piètres clients soient-ils, le petit commerce français.L’Arménien besogneux achète, emprunte son nécessaire àl’Arménien qui est juste au-dessus de lui, plus débrouillard,ayant moins souffert d’ordinaire dans le passé, et qui a puréaliser l’unique ambition de sa race, devenir mercanti. Ceux-là,dans presque toutes les colonies banlieusardes, ont ouvert desépiceries-comptoirs, réductions du bazar oriental où l’on peutacquérir n’importe quoi. A ce stade, sans vivre plus hygié-niquement que leurs congénères, ils sentent s’éveiller en euxl’instinct d’entremise, d’échanges. De ces boutiques assezrepoussantes, vous pouvez voir surgir, le dimanche, des espècesde messieurs verdâtres, qui n’ont certainement pas pris de bains,mais drapés, comme des marlous arabes, dans des pardessus decoton trop clairs, dont il faudrait bien surprendre l’essayage, letroc ou le marchandage chez les Juifs innombrables des étalagesforains. L’un d’eux sera, dans quelques années, un desLevantins huileux, arrogants, du Sentier ou du FaubourgMontmartre.Sur les trottoirs de Paris, à moins de surprendre leur langage, nous les confondons souvent avec les Juifs. Et pour cause. Le parallèle se poursuit jusqu’au bout entre Israël et cessinguliers chrétiens : les mêmes aptitudes, la même absenced’attaches avec un sol quelconque (tous sont partis sans idée deretour), la même promiscuité dans les ghettos, où ils semblentécrasés à jamais par le sort, où les mêmes pogroms les déciment,d’où ils émergent tout à coup, aussi clinquants et encombrantsqu’ils étaient effacés auparavant. L’Arménien est, avec le Juif,le métèque-type. Seules différences : il est plus sournois, il n’a pas la fébrile vitalité du sémite. Plus neuf aussi aux chosesd’Occident, il ne s’est pas encore soucié de politique.Mais que deviendra-t-il à la seconde génération ?L’Arménien, comme le Juif encore, est prolifique. Dans dix ans,nous en aurons peut-être quarante mille à Paris, dont dix mille parlant le français comme vous et moi, en âge de se marier.Sortiront-ils de leurs clans ? Devrons-nous tolérer des alliagesavec ce sang corrompu d’Orient, appauvri par d’indéchiffrablesmixtures, par de longues périodes de massacres, d’oppression,de misère physiologique ? Il n’est pas besoin d’être « raciste » pour s’en alarmer.


etc etc , dans les étrangers.

Dernière modification par Papillon (13-02-2017 10:01:08)

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#3 13-02-2017 09:35:27

Armen_P
@rmenaute
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Re: Exils arméniens

@ Papillon, il y a un doublon (12)
En  dehors de ça
Mobilisé en janvier 1940, Lucien Rebatet est libéré le 15 juillet 1940 et rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout. Il signe « Les Tribus du cinéma et du théâtre » et « Le Bolchévisme contre la civilisation ».
En 1942, il publie Les Décombres, où il désigne les Juifs, les politiques et les militaires comme responsables de la débâcle de 1940 — sans pour autant épargner les autorités de Vichy. Il y explique que la seule issue pour la France est de s'engager à fond dans la collaboration avec l'Allemagne nazie. Ce pamphlet est tiré à quelque 65 000 exemplaires sous l'Occupation, et le livre est désigné comme « livre de l'année » par Radio Paris. Comme tous les collaborationnistes désireux que la France entre en guerre aux côtés de l'Allemagne, il se déchaîne notamment contre Maurras qui répliqua en évoquant « un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain1,2. » Rebatet avait dédicacé à Marcel Déat un exemplaire de son ouvrage Gott strafe Maurras c'est-à-dire Dieu punisse Maurras3.
Son dernier article, publié le 28 juillet 1944, s'intitule « Fidélité au national-socialisme ». Rebatet fuit en Allemagne. On le retrouve à l'automne en compagnie de Louis-Ferdinand Céline, exilé comme tant d'autres collaborateurs à Sigmaringen (où d'anciens membres du gouvernement de Vichy créent un gouvernement en exil qui tiendra jusqu'en avril 1945).

Et puis c'est tout...   il a été condamné à mort et gracié..................................


La culture, c'est comme la confiture:
Moins on en a, plus on l'étale.
Les titres y compris auto proclamés, idem...

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#4 13-02-2017 10:01:28

Papillon
@rmenaute
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Re: Exils arméniens

merci.

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#5 20-03-2017 22:47:45

Papillon
@rmenaute
Réputation :   15 

Re: Exils arméniens

Questions de codes...

https://www.cairn.info/revue-etudes-2007-3-page-321.htm


                                                                                                                                                                    Qu’ils viennent de l’Empire ottoman ou tsariste, les réfugiés portent le souvenir de leur patrie perdue ; leur fuite constitue un épisode saillant des récits transmis. La grande majorité des rescapés du génocide accoste à Marseille, d’où s’effectue une remontée progressive vers les bassins d’emplois du sillon rhodanien et de la banlieue parisienne. Ils ont le plus souvent embarqué dans les ports de Cilicie ou du Liban, ou encore de la Grèce. Leur sortie de Turquie résulte des itinéraires planifiés de déportation, puis de la configuration géopolitique consécutive à la défaite ottomane. Mais, sur cette cartographie migratoire ne se rencontrent guère d’Arméniens du Caucase. Leurs routes franchissent d’autres frontières, selon l’évolution du front de la soviétisation. Deux axes majeurs se dessinent : commun à l’ensemble des réfugiés de l’empire russe, le premier progresse à partir du littoral pontique en direction des Balkans et d’Istanbul. Le second, propre aux Caucasiens, trace une ouverture par l’Iran puis s’écoule dans les pays du Proche-Orient et s’infléchit vers l’Europe. A l’opposé, un passage par le nord et les pays scandinaves attire les Arméniens de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. Une chorégraphie de la fuite s’emballe donc en mouvements contraires, au gré d’opportunités et d’aléas achevant de conduire les réfugiés à l’Ouest dans les quatre points cardinaux.
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Les Arméniens du Caucase et de Turquie arrivent en France dans une distribution sociale inversée : gens de plume et de pouvoir, membres de professions libérales, artistes et gros négociants, les premiers composent une élite urbaine et souvent russifiée ; ils ont survécu aux persécutions quand la déportation des notables stambouliotes constitua le premier acte d’anéantissement des Arméniens ottomans [6]
[6] La nuit du 24 avril 1915, 650 Arméniens – intellectuels,...
. Elevés par les soins d’une gouvernante suisse ou allemande, nombre d’Arméniens russes maîtrisent les codes de la bourgeoisie occidentale et connaissent déjà les capitales européennes pour y avoir séjourné, tout comme leurs homologues issus des bonnes familles d’Istanbul, de Smyrne ou du Caire [7]
[7] Dans les milieux favorisés de la bourgeoisie ottomane,...
. Mais les rescapés du génocide, dépouillés, endeuillés et le plus souvent originaires du monde rural anatolien, peinent à se familiariser avec la langue française et doivent déployer des stratégies d’adaptation à la ville. Un fort clivage social accentue donc les lignes de partage entre les deux groupes. Il s’en dégage l’impression d’un ensemble diasporique si hétéroclite qu’il convient d’interroger la conjonction chaotique qui a présidé à sa formation.
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D’abord impulsée d’Istanbul en 1915, une extrême violence

Dernière modification par Papillon (20-03-2017 22:51:34)

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