Nouvelles d'Armenie    
GORUN APRIKIAN
L’UE doit faire une exception pour l’Arménie


Lorsque Stefan Füle déclare qu’il sera difficile d’imaginer lors du sommet de Vilnius la signature de l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’Arménie, il réagit avec une colère et une amertume compréhensibles.

En effet, l’Arménie, en la personne de son Président Serge Sarkissian, a surpris tout le monde en annonçant sa volonté d’adhérer à l’union douanière conduite par la Russie, tournant le dos à de nombreuses années de négociation avec l’UE.

Le commissaire européen à l’élargissement n’a fait que constater l’apparente contradiction qu’il y aurait à être, à la fois membre de l’Union Eurasienne et un état associé à l’U.E. Les deux choses semblent inconciliables, soulevant de nombreux problèmes législatifs et économiques.

Cette question embarrasse profondément l’Union Européenne qui ne ferme pas définitivement la porte. Mais cela ne suffit pas. L’U.E doit regarder le problème en face et considérer que ce petit pays de moins de trois millions d’habitants n’est pas un état comme un autre mais un pays qui interpelle l’Europe dans sa responsabilité face à l’Histoire.

En effet le Génocide commis en 1915 contre les arméniens concerne particulièrement l’Europe. Que les évènements de 1915 constituent un génocide n’est plus à démontrer. D’ailleurs le Parlement Européen l’a reconnu dès 1987. De plus, ce Génocide a été commis par la Turquie sur un territoire relevant de l’espace européen puisque la Turquie est une candidate éligible à l’adhésion à l’Union Européenne.

Les trois principales nations de l’Europe ont été impliquées dans ce Génocide. Les alliés de la Première Guerre Mondiale, en débarquant à Galipoli en 1915 ont servi de prétexte et de déclencheur au Génocide. La France, après avoir protégé les Arméniens de Cilicie, les a abandonnées à la vindicte turque. Bien que l’armée britannique fut la première à avoir découvert les camps de la mort turcs, real politique oblige, Londres est aujourd’hui frappé d’amnésie sur ce sujet malgré les nombreux travaux de l’historien national Arnold Toynbee. Enfin le rôle de l’Allemagne dans la stratégie militaire et l’encadrement de l’Armée turque durant le génocide 1915, est aujourd’hui connu. Les marchands d’armes germaniques se sont fait payer par le trésor de guerre du Génocide Arménien.

Le Génocide Arménien est affaire européenne que cela plaise ou non.

Or la situation économique actuelle de l’Arménie est une conséquence directe de 1915. La république d’Arménie s’est créée sur la partie russe de l’espace arménien avec les débris du peuple arménien. Elle a été rattachée en 1922 à L’URSS. Les survivants du Génocide commis par la Turquie ont subi ensuite le lot des sujets de Staline. A l’échelle d’une si petite nation, ce fût un terrible rasoir à deux lames. En 1991, l’Arménie accéda à nouveau à l’indépendance, mais très vite il fallut faire face à des massacres d’arméniens en Azerbaïdjan. Ce fût le début du conflit du Haut-Karabagh . La Turquie, alliée de l’Azerbaïdjan s’empara de ce prétexte pour fermer sa frontière avec l’Arménie. Depuis, elle continue de l’étouffer économiquement en la contournant systématiquement pour les pipes-lines et autres lignes de chemins de fer. La raison officieuse de cette attitude est bien connue ; les Arméniens doivent renoncer à leurs revendications de reconnaissance du Génocide s’ils veulent normaliser leur relation avec la Turquie. Comment ne pas y voir une poursuite de la politique de 1915 ?

Pour les Arméniens, l’Union Eurasienne n’est pas le choix du cœur et l’U.E le sait. La récente décision arménienne est le résultat d’une énorme pression russe. Le budget en armement de l’Azerbaïdjan est supérieur au budget de l’Etat Arménien. Le déséquilibre est total et la menace de reprise de la guerre est réelle et instrumentalisée par tous les boute feux de la planète. La Russie a toutes les cartes en main et il est impossible à l’Arménie de l’ignorer.

L’U.E doit faire une exception pour l’Arménie et lui accorder le bénéfice d’une double adhésion. Ce ne serait qu’une juste réparation des préjudices subis par les Arméniens tout au long du XX siècle. Ce statut privilégié donnerait enfin à la minuscule république un atout économique pouvant soulager sa population et arrêter l’hémorragie de l’émigration. Il ne fait aucun doute que les apparentes impossibilités techniques ne puissent être surmontées par la créativité des juristes et économistes européens. Tout dépend en premier lieu de la volonté politique.

L’Arménie n’est pas un pays comme les autres. C’est celui d’une nation assassinée, en Europe et parmi les Européens. A quoi sert d’avoir reconnu le Génocide en 1987, si c’est pour regarder aujourd’hui l’Arménie mourir ? L U.E doit accorder à l ‘Arménie le bénéfice exceptionnel d’une double adhésion. En faisant cela l’U.E ne se trahit pas mais répond à sa vocation de créer un espace de justice, de prospérité et de paix.

Gorune Aprikian Producteur

jeudi 12 septembre 2013,
Ara ©armenews.com


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