Nouvelles d'Armenie    
Benjamin Abtan
Hongrie : il faut sauver la démocratie des attaques de Viktor Orban


C’est désormais un fait : la Hongrie n’est plus une démocratie.

Le Président János Áder vient en effet de signer les décrets d’application de nouvelles réformes constitutionnelles qui détruisent ce qu’il restait de contre-pouvoirs face au gouvernement. En particulier, la Cour Constitutionnelle est désormais interdite de se prononcer sur le contenu des lois et de se référer à la jurisprudence qu’elle a elle-même produite, ce qui lui fait perdre la quasi-totalité de ses pouvoirs de contrôle du législatif et de l’exécutif.

Entamée depuis le raz-de-marée électoral du Fidesz en 2010, cette destruction minutieuse de la démocratie et de ses valeurs s’est déroulée sous nos yeux à tous pendant de longs mois.

L’attaque a été claire et continue : restriction paralysante de la liberté de la presse, mise sous tutelle politique de la Banque centrale, inscription dans la Constitution de références religieuses chrétiennes et de « l’utilité sociale » des individus comme condition nécessaire au respect de leurs droits sociaux, effacement de cette même Constitution du mot « République » pour définir le système politique du pays, condamnation de l’homosexualité, criminalisation des SDFs, attaque contre les droits des femmes, impunité offertes aux auteurs de meurtres racistes, renforcement d’un antisémitisme virulent,...
Il y encore quelques jours à peine, Orban décorait officiellement trois personnalités d’extrême-droite : le journaliste Ferenc Szaniszlo, connu pour ses diatribes antisémites et contre les Roms, qu’il compare à « des singes » ; l’archéologue antisémite Kornel Bakav qui accuse les juifs d’avoir été les organisateurs de la traite des esclaves au Moyen-Age ; et « l’artiste » Janos Petras, qui revendique fièrement sa proximité avec le Jobbik et sa milice paramilitaire, responsable de plusieurs meurtres racistes de Roms et héritière du parti pro-nazi des « Croix fléchées » qui organisa l’extermination des Juifs et des Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale.

Cette décadence politique vient nous apporter une funeste leçon historique et politique. Si, tout au long du XXe siècle, la démocratie représentative a subi les assauts des deux grands totalitarismes de ce siècle, le nazisme et le communisme, au XXIe, c’est sous les coups d’un populisme anti-européen, nationaliste, raciste et antisémite, que la démocratie est tombée, au cœur de l’Europe, dans l’indifférence de l’Union Européenne et de trop nombreux de ses citoyens et dirigeants.

Obnubilée par les questions économiques et financières, trop indifférente à ses valeurs fondamentales de liberté, d’égalité, de paix, de justice, l’UE a déserté le combat pour faire progresser ou même conserver la démocratie comme système politique de ses Etats membres.

Alors que la Hongrie ne bénéficie pas, comme par exemple la Russie de Poutine, d’instruments de puissance, la realpolitik ne peut être invoquée comme raison de cette désertion. Alors que la Hongrie est fortement dépendante des subventions et aides européennes, et que l’UE a funestement montré en Grèce comment elle savait politiser jusqu’à l’extrême son soutien financier, un supposé manque de marges de manœuvres de l’UE ne peut non plus être invoqué.

La raison fondamentale de cette désertion européenne est malheureusement aussi simple qu’inquiétante : c’est un manque d’attachement des citoyens et des dirigeants européens à la démocratie représentative comme système politique. C’est ainsi qu’Orban bénéficie depuis sa réélection en 2010 d’un soutien sans faille de nombreux dirigeants européens, issus notamment de sa famille politique, et que la Commission Européenne n’utilise aucun des instruments, pourtant nombreux, qui sont à sa disposition pour faire respecter les valeurs fondamentales de l’UE.

Par exemple, la Commission, le Parlement et le Conseil européen, où siègent les Etats, peuvent, en agissant de concert, activer l’article 7 du Traité de l’Union, introduit par le traité d’Amsterdam en 1997 pour éviter tout retour en arrière sur le plan démocratique d’un Etat membre de l’Union. Cet article prévoit de suspendre les droits de vote d’un pays au sein du Conseil en cas de « risque de violation des valeurs communes ».

Or, en Hongrie, nous n’en sommes plus depuis longtemps au stade du risque. L’article 7 doit en conséquence être activé d’urgence, comme un premier pas vers une implication forte de l’UE pour défendre la démocratie et ses valeurs. De même, la société civile européenne doit continuer de s’engager avec force pour soutenir les démocrates hongrois qui se battent avec courage sur place.

Si l’UE et la société civile ne s’engageaient pas avec la détermination qu’exige la gravité de la situation, nous serions condamnés à la voir continuer sa rapide déliquescence, en Hongrie et, si l’engagement européen était insuffisant, bientôt ailleurs.

Ne nous y trompons pas, ce qui est en jeu, c’est la nature du projet européen et la capacité de l’Europe à préserver notre bien commun le plus cher, la démocratie. Jamais depuis plusieurs décennies le choix n’a été aussi clair entre barbarie et démocratie.

Résolument, il faut choisir l’Europe et la démocratie.

par Benjamin Abtan, Président du Mouvement Antiraciste Européen EGAM

vendredi 5 avril 2013,
Ara ©armenews.com


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