Nouvelles d'Armenie    
Haytoug Chamlian
C’est l’OTAN qui a libéré Ramil Safarov


La libération de Safarov a été commanditée par l’OTAN même, en réaction - anticipée - , aux manoeuvres militaires qui ont eu lieu à compter du 16 septembre 2012, par les forces alliées de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, en Arménie même. Cet événement militaire hautement significatif, d’une ampleur sans précédent, était planifié depuis plusieurs mois.

Le but annoncé des manoeuvres militaires en question est de se préparer contre une tentative d’invasion. Or, il convient de souligner que ces exercices ne se déroulent pas près de la ligne de front avec l’Azerbaïdjan, mais plutôt près de Erevan, à proximité des frontières actuelles à l’Ouest de l’Arménie...

Il y a toute une nouvelle guerre froide qui est en cours, et qui s’intensifie constamment, USA/OTAN vs Russie/OTSC. Ses principaux champs de confrontation se situent actuellement dans les pays arabes et au Caucase du sud.

Pour ce qui est du Caucase du sud, le cas de la Georgie ayant été réglé (du moins, pour le moment...), et l’Azerbaïdjan étant distinctement sous tutelle américaine (du moins, jusqu’à l’épuisement de ses ressources pétrolières, vers 2025), il ne reste plus que la République d’Arménie, comme objectif et comme cible, dans l’offensive que mène les USA à cet égard dans cette région, depuis le démantèlement de l’URSS.

La mainmise de Washington sur la Georgie a été, pour les USA, une réussite. Le prix de l’« affranchissement » de la Georgie à l’égard de la Russie a été cependant la perte d’une partie considérable de ses territoires.

Il est dès lors facile de savoir quelles seront les conséquences immédiates dans notre cas, si jamais nous cédions aux chants des sirènes américaines. L’Artsakh sera remis de nouveau à l’Azerbaïdjan, avec les compliments de la Russie.

Ne serait-ce que pour cette raison, Erevan n’entrera jamais dans le giron des USA et de l’Otan. Il y aura alors des gestes punitifs périodiques contre l’ensemble des Arméniens, doublés d’un message de plus en plus pressant à l’intention des dirigeants de l’Arménie. Le renvoi triomphal de Safarov en Azerbaïdjan constitue l’un de ces gestes. Tout le reste, dans l’affaire Safarov, c’est du cinéma. Hollywoodien, pour être spécifique.

Les observations exposées ci-dessus révèlent aussi les causes profondes de certaines divergences entre des Arméniens de la Diaspora occidentale et l’Arménie. Ce n’est pas un hasard si les détracteurs les plus radicaux du régime qui gouverne actuellement la République d’Arménie se trouvent aux Etats-Unis. Ces opposants au gouvernement arménien sont aisément manipulés par divers services gouvernementaux américains, qui excellent en la matière.

Mais le procédé est subtil. Si Levon Der-Bedrossian et ses acolytes ont toujours joué avec le concept de concessions importantes à l’égard de l’Artsakh, et si les opposants au régime actuel sont souvent animés d’une rage totale contre les Arsakhtsis au pouvoir en Arménie, ce n’est pas en raison du syndrome d’intolérance chronique - voire, folklorique - entre Arméniens. Plutôt, c’est une approche tactique et méthodique visant à préparer le terrain à la rétrocession de l’Artsakh qu’il faudrait bien assumer et faire accepter à l’ensemble des Arméniens, lorsque la rupture avec la Russie serait consommée, au bénéfice d’une allégeance de l’Arménie envers Washington.

Cette présentation de la situation permet aussi de déceler les véritables intentions derrière les efforts visant à changer le régime actuel, sous couvert de nobles arguments comme la démocratie, l’équité sociale, l’élimination de la corruption et du système oligarchique, etc. Le but essentiel, là encore, est de renverser un régime allié à la Russie, pour le remplacer par un Saakachvili arménien (pleinement), en service commandé et sous les ordres des officines américaines les plus occultes, et dont la mission serait de jeter l’Arménie dans les bras des USA et de l’OTAN. Ceux qui seraient alors ses conseillers immédiats sont déjà infiltrés en Arménie, depuis longtemps. (À propos, à la veille même des manœuvres militaires susmentionnées de l’OTSC, et alors que l’ire des Arméniens ne semble pas vouloir s’atténuer au sujet de l’affaire Safarov, l’ambassadeur américain à Erevan, sous un prétexte absurde se rapportant à des débordements anti-américains par des musulmans, a émis un avertissement de prudence aux Américains résidant en Arménie...)

Pour compléter ce tableau sommaire de la situation, il faudra aussi mentionner les persécutions systématiques, en Amérique du Nord, à l’encontre de tous les Arméniens susceptibles de résister aux visées hégémoniques de l’Empire Américain, que ce soit au Proche-Orient ou en Arménie. Harcèlement policier continu, écoute abusive, excessive et arbitraire de toutes communications privées - parfois sur une durée de plus d’un an - , usage de tactiques d’intimidation éhontée lors d’interrogatoires répétitifs, refoulement aux frontières, etc. etc. (À ce sujet, les Arméniens concernés devraient peut-être penser à amoindrir quelque peu leur zèle à l’égard de ce qui se passe dans les pays arabes, pour raffermir plutôt leur position au sujet de l’Arménie.)

Il faudra bien comprendre que le plan dénoncé ici vise à réduire définitivement l’Arménie à son état embryonnaire, et de la cantonner dans ses frontières minimales imposées depuis certaines « Traités » de la fin de la Première Guerre Mondiale. À terme, nous parlons bien de la continuation du plan d’anéantissement des Arméniens. Ou alors, de leur survie symbolique seulement.

En tant qu’Arméniens vivant en Occident et profitant quand même de ses bienfaits et avantages matériels, nous sommes certes tentés d’accorder parfois le bénéfice du doute à Washington, d’autant plus que la seule alternative possible à l’occupation politique de l’Arménie par les Américains est un assujettissement quasi-total, un asservissement même, à la sombre Russie du tsar Poutine. Ou encore, il pourrait être légitime de se demander si, entre les deux maux en cause, il ne serait pas préférable de prendre le risque de se rendre aux USA, plutôt que de se vendre à la Russie.

Mais voilà, dès lors qu’on prend conscience des conséquences immédiates, ci-haut évoquées, d’un renversement d’allégeance entre les deux grandes puissances mondiales en cause, la conclusion s’impose d’elle-même : il n’y a pas d’alternative véritable, il n’y a aucun choix réel, pour l’Arménie.

Il restera alors à espérer que les Russes ne nous bazarderont pas, encore une fois, comme ils l’ont déjà fait tant de fois dans l’histoire contemporaine.

Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, exclusivement, pour passer outre cette étape très périlleuse de notre redressement national.

Haytoug Chamlian

Montréal, 17 septembre 2012

mardi 18 septembre 2012,
Ara ©armenews.com


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