Nouvelles d'Armenie    
Luc Carvounas
Sur le génocide, le doute devient l’ennemi intime de la vérité
Le point de vue de Luc Carvounas, Sénateur socialiste du Val-de-Marne, paru dans le numéro 183 des Nouvelles d’Arménie Magazine


Depuis 1984 et le discours fondateur du président de la République François Mitterand, la Gauche n’a eu de cesse de porter haut et fort le fer contre le négationnisme en répétant ses initiatives, au Parlement européen en 1987 puis au Parlement français en 2001, 2006 et 2011, afin de protéger la mémoire des victimes du génocide arménien ainsi que la souffrance vive de leurs descendants.

J’ai donc voté le 23 janvier dernier au Sénat, en cohérence avec les convictions anciennes des socialistes, et en conscience, en faveur de la proposition de loi visant à pénaliser le négationnisme des génocides reconnus par la loi française. Depuis lors, plus de cent parlementaires ont déposé un recours au Conseil constitutionnel visant à faire annuler cette loi.

J’entends les réserves de tout ordre venant de mes collègues sur cette loi ; et si je ne partage pas leurs arguments, néanmoins je les respecte. Oui, la Turquie est un grand pays. La France est liée à elle par des racines communes datant de l’Antiquité. Malgré les menaces de rétorsions économiques ou autres, je reste convaincu que notre avenir est commun au sein de cette grande et belle Europe que nous sommes en train de construire. Alors, cette loi nous l’avons aussi adoptée pour la Turquie et pour son avenir.

Pourtant, face au crime de « lèse-humanité » que le peuple arménien a subi en 1915, internationalement reconnu dès 1920, il est de notre devoir de Législateur de protéger la mémoire de cette tragédie humaine contemporaine qui doit demeurer indélébile dans nos esprits.

Ce besoin s’explique par la double nécessité d’endiguer la violence de ceux qui portent le message de haine du négationnisme contre nos compatriotes d’origine arménienne et de délivrer l’Histoire des faussaires pour protéger l’enseignement des jeunes générations à venir.

Avec ce recours, j’exprime une crainte à deux niveaux : d’une part, comme l’a rappelé Serge Klarsfeld, cela instaure un soupçon, celui du deux poids-deux mesures, dans le traitement que la loi réserverait aux différents génocides qu’elle reconnaît, juif et arménien. Une hiérarchisation légale des génocides serait tout simplement inacceptable.

D’autre part, alors même que les requérants reconnaissent le caractère incontestable du génocide de 1915, ce recours va servir, à n’en pas douter, d’alibi aux négationnistes qui prospèrent toujours sur le doute. Avec une opinion publique souvent mal informée sur cette affaire, je le dis avec force, le doute devient l’ennemi intime de la Vérité.

Mais bien au-delà des arguments juridiques, cette loi ne doit pas être censurée car cette décision serait contraire à l’idée même que nous nous faisons de la France : la défense des droits de l’homme et de l’Universalisme.

J’espère donc vivement que les Sages de la République ne viendront pas remettre en cause ces grands principes qui fondent notre société et qu’ils déclareront prochainement ce texte de loi conforme à la Constitution.

Assez de juridisme d’experts en la matière, entretenant d’ailleurs plus le flou que la lumière. Le Législateur a posé un acte politique fort en votant cette loi le 23 janvier dernier, il doit être respecté.

lundi 2 avril 2012,
Spidermian ©armenews.com


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