Nouvelles d'Armenie    
Philippe Dallier
La France doit défendre ses valeurs dans le Caucase
Le point de vue de Philippe Dallier, Sénateur-maire UMP des Pavillons-sous-bois, Seine Saint-Denis, paru dans le numéro 167 des Nouvelles d’Arménie Magazine


En juillet dernier, pour la première fois, je me suis rendu en Arménie. Ce déplacement était organisé sous l’égide du groupe sénatorial d’amitié France-Arménie, aujourd’hui présidé par mon collègue socialiste Serge Lagauche. Madame Odette Terrade, sénatrice communiste du Val-de-Marne, faisait également partie de notre délégation. Au cours de ce trop bref déplacement, nous avons eu l’occasion de rencontrer les plus hautes autorités civiles et religieuses du pays qui nous ont clairement fait sentir combien la reprise des tensions avec l’Azerbaïdjian et les atermoiements, pour ne pas dire le double jeu, de la Turquie, dans les discussions relatives à l’ouverture de la frontière arméno-turque les inquiétaient.

En effet, l’augmentation considérable du budget militaire de son voisin azerbaïdjanais, les déclarations provocantes de son président et les accrochages maintenant répétés au Haut-Karabagh, dont celui du printemps dernier qui fit plusieurs morts, montrent, sans ambiguïté aucune, dans quel état d’esprit on est à Bakou. Les derniers incidents sur la ligne de front confirment la dégradation d’une situation dont on sent bien qu’elle peut devenir explosive à tout moment. La possibilité d’un règlement politique, et donc pacifique, de la question du Haut-Karabagh semble s’éloigner. Il est urgent que la communauté internationale se mobilise pour éviter le pire.

Outre ces craintes pour la sécurité immédiate, nous avons également perçu combien la question cruciale du développement économique et, par conséquent, celle de l’avenir de la jeunesse, préoccupaient les dirigeants arméniens. Dans un pays qui étouffe dans ses frontières, la fuite massive de son potentiel humain serait en effet, à moyen terme, la certitude du déclin après l’immense espoir de renaissance soulevé par l’indépendance. C’est bien à l’aune de cet enjeu majeur qu’il faut décrypter la stratégie du gouvernement en place lorsqu’il prit la difficile et très controversée décision d’entamer avec la Turquie des négociations sur l’ouverture de la frontière, sans demande préalable de la reconnaissance du génocide.

Cela n’a pas été compris, en tous les cas pas accepté, par une partie de la diaspora. Ces négociations auront eu au moins l’immense mérite de montrer qui était de bonne foi et qui ne l’était pas. Mais cet échec est cependant un très mauvais signe qu’il faut malheureusement relier à tous ceux que la Turquie envoie, en politique étrangère comme en politique intérieure, depuis maintenant de longs mois. Dans ce contexte difficile, l’Arménie a, plus que jamais, besoin de notre soutien. C’est ce que nous ont répété tous nos interlocuteurs. Certes, la France, au plus haut niveau, tient un rôle important dans le groupe de Minsk mais il ne faudrait pas négliger ce que la diplomatie parlementaire peut apporter de positif, lorsqu’on l’utilise à bon escient, mais aussi parfois de négatif, à trop la négliger. Dans ce domaine, les parlementaires français ne sont certainement pas les meilleurs et les groupes de pression favorables au point de vue turc ou azerbaïdjanais sont à l’œuvre, avec une efficacité évidente. Nous devons nous en préoccuper.

Ce voyage fut également l’occasion de visiter l’Université française en Arménie (UFAR) dont une partie de l’équipement des locaux sportifs fut d’ailleurs financée par le Sénat. Le travail remarquable de madame le Recteur, des professeurs et de tous ceux qui contribuent au rayonnement de cet établissement est unanimement salué. Il est un signe fort du lien étroit qui unit nos deux pays au travers de la langue française. Enfin, nous avons évidemment consacré un moment à la visite du musée dédié à la mémoire des victimes du génocide. Outre le formidable caractère pédagogique de la muséographie, ici, plus que nulle part ailleurs sans doute, l’on comprend, l’on ressent, l’âme arménienne ; un peuple venu du fond des âges, première nation chrétienne au monde, vivant depuis toujours sur une terre qui lui fut sans cesse disputée jusqu’à ce moment tragique de son histoire où il faillit disparaître. Le peuple arménien, comme tous les peuples, a le droit de vivre en paix, dans des frontières ouvertes, reconnues par tous et garanties par la communauté internationale. La France a un rôle majeur à jouer dans ce débat, pas seulement pour des raisons historiques mais parce que les valeurs qu’elle entend incarner depuis plus de deux siècles sont en cause dans cette région du monde.

Je terminerai ces quelques mots en ayant une pensée amicale pour Ara Babloyan, actuel président du groupe d’amitié Arménie-France au Parlement d’Erévan. Il a été notre guide pendant ces quatre jours et j’ai ainsi pu découvrir ce personnage hors du commun, éminent professeur en médecine, entré en politique au lendemain de l’indépendance, sans vraiment l’avoir voulu, pour reconstruire le système de santé qui, comme beaucoup d’autres secteurs, s’était alors effondré. Tant que l’Arménie comptera des hommes tels que lui, tous les espoirs lui seront permis

lundi 1er novembre 2010,
Spidermian ©armenews.com


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