Nouvelles d'Armenie    
Alexandre Feigenbaum
Juifs et Arméniens : plaidoyer pour une nouvelle solidarité


Arménie liberté

Qu’est-ce donc qui m’a attiré à Erevan avec ce groupe d’Arméniens et de Juifs ? Mes amis arméniens ? La proximité de deux minorités françaises ? L’idée qu’ensemble, Arméniens et Juifs, descendants de victimes, nous pourrions arrêter le bras des bourreaux ?

A Erevan, on réalise ce qui distingue les deux génocides, ce qui fait l’unicité de chacun d’eux : les Arméniens ont été exterminés sur cette terre, en Arménie. Les Juifs, eux, ont été pourchassés dans tous les pays puis assassinés.

Très vite, la sollicitude des Arméniens nous a touchés. La présence à Erevan d’un petit groupe de Juifs français était un évènement : Madame Hakobian, ministre de la diaspora, et de hauts fonctionnaires nous ont longuement accueillis. ArmeniTV nous a consacré une émission à une heure de grande écoute.

Avec émotion, nous avons planté un arbre le long de l’allée menant à la pointe du mémorial du génocide des Arméniens, au nom de nos associations.

Avec émotion, notre groupe de Juifs et d’Arméniens a déposé des fleurs au pied du petit mémorial à la mémoire commune des deux génocides, situé dans un joli parc au centre d’Erevan. Alors que certains d’entre nous portaient une kipa, des passants anonymes se sont joints spontanément à nous. Une membre de notre groupe a dit par la suite qu’elle avait été sensible à cette liberté, qui, en Arménie, permet aux Juifs de s’afficher en toute simplicité. En France, en raison notamment de la pression que font peser des activistes musulmans antijuifs, un rassemblement comme le nôtre aurait été isolé par un cordon de CRS.

Négationnismes

Une journaliste arménienne célèbre a révélé des sentiments ambigus, en demandant quand un cinéaste juif allait enfin réaliser une « liste de Schindler » pour les Arméniens. Selon elle, les Juifs auraient le pouvoir de faire reconnaître le génocide arménien par la Turquie, comme ils ont « su » faire reconnaître la shoah par l’Allemagne ! Comme si, finalement, les Juifs avaient une responsabilité dans le drame arménien.

Une telle confusion fait l’affaire des génocidaires. En effet, après leur crime contre l’humanité, les assassins veulent se réhabiliter aux yeux de l’opinion publique. Pour cela ils développent le négationnisme : ils prétendent que les victimes du génocide n’étaient pas innocentes et qu’en fait, c’étaient eux les vraies victimes de l’histoire. Ainsi au Rwanda, les Hutus ont affirmé qu’ils ont massacré un million de Tutsis, juste pour se défendre. Des négationnistes turcs ont accusé les Arméniens de déloyauté, voire de crimes de masse. Les néo-nazis ont prétendu que la shoah était une exagération, une invention voire une machination des Juifs.

La reconnaissance de la shoah par l’Allemagne démocratique a enragé les négationnistes. Dans les années 1950, des criminels nazis comme Johan Von Leers, l’adjoint de Goebbels, se sont réfugiés en Egypte, où, convertis à l’islam, ils ont poursuivi leur propagande antijuive. Aujourd’hui, le Hamas et le Hezbollah ont pris la relève. Ils se présentent comme des mouvements de libération. Mais ils nient la shoah et annoncent ouvertement leur intention de terminer le génocide inachevé par les nazis.

Les négationnistes s’attaquent aux références culturelles et historiques des victimes des génocides. Au Mémorial d’Erevan, des photos montrent qu’aujourd’hui encore, les Turcs effacent des symboles d’arménité sur des monuments arméniens situés en Turquie. Pendant notre voyage, nous avions admiré les khachkars, ces stèles arméniennes sculptées qui appartiennent au patrimoine culturel immatériel de l’humanité selon l’UNESCO. Près du monastère de Haradine, nous avons vu des kachkars révèlant l’intérêt des Arméniens pour le judaïsme sous les Bagradits. Or pendant notre voyage, l’UNESCO justement, préparait une exposition sur les khachkars. Scandale lors de l’inauguration de l’exposition : les étiquettes des photos avaient disparu ! Taboues, les légendes des étiquettes attestaient de la longue présence arménienne en Arménie historique, et cela était insupportable aux négationnistes turcs, qui ont obtenu gain de cause à l’UNESCO.

Des tentatives d’effacement des preuves du passé ont aussi lieu quotidiennement à Jérusalem, où l’Autorité Palestinienne broie les pièces archéologiques attestant de la présence juive multimillénaire.

Diasporas et minorités

L’Arménie et Israël sont deux petits pays entourés de grands pays hostiles animés par la même idéologie réactionnaire antichrétienne et antijuive. L’Arménie et Israël ont tous deux un partenaire dans le monde musulman, mais ce partenaire est un négationniste pour l’autre pays : l’Arménie a des relations avec l’Iran, dont le Président organise des réunions négationnistes et a juré d’effacer Israël de la carte. Israël a des relations avec la Turquie et ménage ce puissant pays, qui refuse de reconnaître le génocide arménien.

En France, les minorités arménienne et juive affichent des opinions indépendantes de la politique de l’Arménie et d’Israël. Ainsi, dans notre groupe, il y avait un représentant du CRIF, ce qui montre que les Juifs français ne sont pas liés par la politique israélienne envers la Turquie. Les Juifs français sont même souvent en pointe pour la reconnaissance du génocide arménien. Ainsi, pendant que nous étions en Arménie, Bernard-Henri Lévy était l’un des premiers à s’indigner du refus du Sénat français de pénaliser la négation du génocide arménien. Le Mémorial de la Shoah organise souvent des débats sur le génocide arménien.

Pour une nouvelle solidarité

Toujours pendant que nous étions en Arménie, une association turque, l’IHH, dont le chef Bülent Yildirim parle d’éradiquer le « virus » israélien, lançait l’opération « un bateau pour Gaza » de soutien au Hamas. Des associations humanitaires, des intellectuels et politiques français se sont enflammés pour cette opération. Pourtant toute l’information disponible sur internet montrait que Gaza ne manque de rien.1 En juillet 2011, un tribunal français n’a rien eu à redire au boycott de produits israéliens en France. En cautionnant les mensonges du Hamas, les élites françaises ne tiennent pas leur rôle de vigies des droits humains. Les Juifs, dont la grande majorité ont de la sympathie pour Israël, savent bien que la diffamation d’Israël repose sur les propagandes antijuives du Hamas et du Hezbollah. Comme dans les années 1930, les élites lâchent les Juifs, ce qui légitime des exactions contre les Juifs et pourrait ouvrir la voie à un nouveau génocide.

Dans la communauté arménienne, rares sont ceux qui, comme Sassoun, protestent contre la diffamation radicale d’Israël. Les Arméniens de France, si demandeurs de solidarité, sauront-ils à leur tour être solidaires des Juifs ? Une solidarité entre Arméniens et Juifs peut faire reculer les négationnismes. Les Arméniens savent bien à quel point les Turcs protestent lorsque des Juifs ou des Israéliens affirment leur solidarité avec les Arméniens. A leur tour, les organisations arméniennes sauront-elles se lever aux côté des Juifs et dire stop au négationnisme du Hamas et du Hezbollah, soutenus par l’Iran ? Seule une solidarité présente arrêtera le bras des bourreaux de demain.

Alexandre Feigenbaum

L’auteur a participé au voyage d’un groupe de Juifs et d’Arméniens français à Erevan en juin 2011, organisé par Communauté on Line (COL), Sassoun (amitié des Arméniens avec le peuple juif), Hevel (association d’aide aux peuples victimes de génocides) et B’nai B’rith. Il est aussi co-auteur des « Recettes pour l’élimination du peuple juif », paru récemment chez l’Apart.

dimanche 24 juillet 2011,
Ara ©armenews.com


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