Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Notre voyage d’Amour


Cette année, le 24 avril tombait pendant les vacances de Pâques. Maman a voulu nous amener dans le désert de Der Zor, en Syrie, pour un pèlerinage. Elle voulait nous montrer l’endroit où les Arméniens et où son grand-père paternel avaient souffert pendant le génocide. Mais notre projet a changé et nous sommes partis au Liban retrouver notre famille.

Nous avons suivi les messes religieuses pour Pâques. Nous avons aussi commémoré le génocide des Arméniens. Dans la salle de théâtre « Der Melkonian » à Bourdj Hammoud, l’association Hamazkaïne a présenté un spectacle très intéressant pour commémorer le 96e anniversaire du génocide des Arméniens « Menk enk mer viravor vankern ou makaghatnere » (nous sommes nos monastères et nos manuscrits blessés) : la chorale « Gargatch » pour enfants a chanté des chansons patriotiques, nous avons vu des danses, nous avons écouté l’orchestre de chambre (violons et violoncelles), un trio de doudoug et la troupe des joueurs de dohol (grands et petits) de l’école de musique de l’association et nous avons regardé un diaporama sur les églises arméniennes qui se trouvent en Turquie maintenant. C’était terrible et affreux de voir que nos belles églises ont été détruites !

Le 24 avril c’était aussi la fête de Pâques. Nous sommes allées à Antélias. Nous voulions absolument aller prier dans la petite chapelle où sont gardés derrière des vitrines, les ossements des Arméniens morts pendant le génocide dans le désert de Der Zor. A chaque visite de cette chapelle, nous sommes émues et souvent nous y avons pleuré. En regardant les crânes et les os, on se demande si ce n’est pas un enfant comme nous et quand on imagine combien ils ont souffert, nous avons très mal. On ne peut pas accepter que des gens meurent comme ça. On ne peut pas tuer des enfants !

Avant d’aller au Liban, maman nous a raconté une histoire incroyable et triste. Nous avons appris que dans ce beau pays, là où nous allons pour retrouver notre famille et nous amuser, des orphelins arméniens avaient beaucoup souffert et étaient morts à cause des Turcs. Alors nous avons fait le vœu (oukhd) d’aller à l’endroit où ces enfants ont vécu et souffert.

C’est comme cela que nous sommes allées avec notre tante, la cousine de notre père, notre grand-mère et maman, au Collège Saint Joseph à Antoura. Antoura un joli village en montagne à moins d’une heure de Bourdj Hammoud. Le Collège et sa très belle église ont été construits par des prêtres français il y a très longtemps. Aujourd’hui il y 5 000 élèves de la maternelle jusqu’en terminale. C’est un endroit extraordinaire, très beau, très tranquille, on voit la côte et la mer et une belle forêt tout à côté. Tout est tellement calme et reposant que l’on ne peut pas croire qu’à cet endroit des choses affreuses ont eu lieu.

Le gardien nous a expliqué que depuis que monsieur Missak Kelechian a raconté l’histoire des orphelins arméniens d’Antoura, beaucoup d’Arméniens viennent des pays étrangers pour voir la tombe des enfants. Le supérieur du collège, le père Pierre-Antoine Nakad est très gentil, il garde la porte ouverte pour tous ceux qui veulent venir et prier pour eux. D’ailleurs il y a une messe les dimanches soirs et plusieurs fois des cars entiers sont venus en amenant des Arméniens.

Nous sommes allées au cimetière. C’est un endroit fermé par un grillage. Le gardien avait la clé. Il y avait là les tombes des prêtres qui ont servi dans le collège et à l’église. Et tout au fond à droite on a trouvé une plaque et une croix. C’est là que les ossements des orphelins arméniens ont été mis. Ils sont morts de faim et de maladie. Ils sont morts à cause de mauvais traitements des Turcs. Ils sont morts parce qu’ils étaient Arméniens et chrétiens. Nous avons été très émues. Il y avait beaucoup de larmes dans notre cœur et dans nos yeux.

Un grand khatchkar a aussi été déposé dans ce cimetière avec une plaque d’explication. A côté, nous avons vu une statue qui représente un orphelin. Notre grand-mère a caressé cette statue en disant « kheghdj vorpougs ! » (mon pauvre petit orphelin) et elle a pleuré. Le père de notre grand-mère avait été assassiné quand elle avait deux ans, dans un village du Sassoun.

C’était triste et en même temps rassurant. Car tout le monde connaît maintenant l’histoire des orphelins arméniens d’Antoura. Tout le monde les connaît et sait combien ils ont souffert. Maintenant, tous peuvent aller leur rendre visite et prier. Nous avons d’ailleurs allumé des bougies et grand-mère a mis du khoung (encens) et nous avons longuement prié pour eux. Dire que certains avaient exactement notre âge...

Merci monsieur Missak Kelechian. Grâce à vous et aux personnes qui ont donné l’argent pour construire cette tombe, on ne pourra pas oublier ces orphelins arméniens. Ils reposent dans un endroit magnifique, dans la paix.

Nous aussi, nous avons fait notre voyage d’amour...

Tsoliné-Sossé (12 ans) et Arevig-Naïri (11 ans)

dimanche 19 juin 2011,
Zabel ©armenews.com


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