Nouvelles d'Armenie    
Mooshegh Abrahamian
Les fossoyeurs


Tous les observateurs sont d’accord : l’Arménie est dans l’impasse économique, politique et diplomatique.

Rappelons quelques évidences :

Le pouvoir clanique décourage toutes les initiatives, désespère la jeunesse, met en coupe réglée le pays, contrôle les filières d’importation, donne envie à 40% de la population- sa part la plus jeune et la plus dynamique- de quitter le pays,

La recherche effrénée du profit immédiat est illustrée -partie visible de l’iceberg- par la proposition inouïe du frère du Président Sarkissian à Kerk Kirkorian d’ouvrir un casino en commun à Las Vegas. Le milliardaire, choqué par la proposition, a décidé immédiatement de geler les fonds Lincy en Arménie et de ne pas investir dans le projet “Sis-Masis“ présenté par le Conseil public d’Arménie
Tout l’or du monde ne peut aider un pays soumis à la corruption et à l’oppression

L’action humanitaire, à laquelle la diaspora privée de tout droit consacre l’essentiel de ses moyens, ne sauvera pas plus l’Arménie qu’elle ne peut aider le peuple libyen à chasser Khadafi du pouvoir

Nous apprendrons un jour que les négociations avec la Turquie, auxquelles les USA tenaient tant, ont été « encouragées » financièrement tout comme le scandale - et la mascarade- des contacts sous l’égide du groupe de Minsk. Comment expliquer autrement des rencontres ( compte-tenu de l’état d’esprit des interlocuteurs) dans lesquelles l’Arménie a tout à perdre ?

Le pouvoir a bradé l’intérêt général. La Turquie est réhabilitée, les concessions territoriales au Karabagh sont déjà acquises et la bataille de la communication est perdue faute d’avoir été engagée : les Arméniens sont des occupants sur LEURS terres et plusieurs Etats ( dont la France) interdisent désormais à leurs ressortissants d’y mettre les pieds !!! L’opposition ne se mobilise pas sur cette question cruciale

Où en est la diaspora ?

Il apparaït utile de rappeler ici quelques banalités
L’Etat français - comme tout Etat- est un monstre froid. Considérer qu’il est par définition l’ami du peuple arménien et s’adresser à lui en tant que tel c’est faire preuve d’amnésie, ( Ara Toranian dirait « maquiller la réalité en sélectionnant les faits ») , d’inconscience et se condamner à l’inefficacité.

N’est-ce pas Jacques Donabédian qui rapporte que JC Gaudin, « grand ami des Arméniens devant l’éternel » lui avait promis IL Y A 10 ANS à propos de la loi anti-négationniste « Laissez-nous faire, on arrangera ça » ?

Il attend toujours. Quant aux « affinités sélectives » de certains avec le PS nous laissons le lecteur juger du résultat !

On pourrait aussi parler des promesses jamais tenues des Présidents américains. Il est un exemple que nous pourrions méditer : il nous est proche.

Patrick Devedjian a été viré comme un malpropre par le clan Sarkozy-Balkany. Qu’a-t-il fait ? Est-il allé pleurnicher dans les antichambres du pouvoir ?

Non, il a pris l’opinion publique à témoin, apparaissant comme la victime de l’emprise grandissante du clan sur les Hauts de Seine. Il a créé ainsi un rapport de force rendant très coûteuse voire impossible son éviction totale. Résultat : les Balkany sont battus et Devedjian remis en selle par celui qui voulait l’abattre !!! Pas rancunier - il a gagné- il fera même campagne pour Sarkozy en 2012 : du grand art.

Qui sommes-nous ?

Parce que cette question n’a jamais été discutée franchement, il n’existe pas de conscience « viscérale » que nous sommes Arméniens et que nous le resterons même sur la lune !!! Il n’y a donc pas absolue nécessité d’unité, de solidarité, puisqu’il n’y a pas communauté d’identité, d’intérêts.

Peuple pulvérisé nous sommes restés. Plus de 500 associations arméniennes ont été comptabilisées en France, le plus souvent animées par une poignée d’individus. Elles n’ont de comptes à rendre ni au CCAF qui est incompétent pour ce qui est du fonctionnement des associations adhérentes, ni à leurs adhérents souvent très peu impliqués.

La conscience d’appartenir à une même nation ne s’est jamais imposée. L’union fait la force : ce proverbe ne prévaut jamais. L’opinion publique communautaire est une formule absconse. Les sectaires, les clans, ont donc la partie belle aux dépens de l’intérêt général. Ainsi le Festival ARA a été boycotté aussi bien à Althen des Paluds qu’à Valence bien qu’il fût porteur d’un projet fédérateur autour de la culture arménienne.
La jalousie, les inimitiés, par le pouvoir de nuisance qu’elles engendrent souvent, peuvent donc tuer toute initiative jugée inopportune, sans que les instigateurs en paient toutes les conséquences !!
Pour toutes ces raisons, l’immobilisme, le consensus mou, le plus petit dénominateur commun, sont la règle des « décisions » sous peine d’éclatement immédiat de la structure.

Ainsi la diaspora est comme un coureur qui se ferait des crocs-en-jambe.

« Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Bertold Brecht.

Le préambule de constitution du CFA part du postulat que nous sommes d’abord Français. Ce refus de combattre pour notre identité nous mène tout droit à l’assimilation totale. A une question sur son identité, Bernard Canowitz, professeur de médecine, avait répondu sur France Culture qu’il était d’abord Juif, et ensuite Français.
Le combat pour la qualification de la Turquie n’a pas été mené, nous en payons toutes les conséquences.
Cher Michel Marian, la négation du génocide arménien n’est pas moins grave que le génocide lui-même, elle n’est pas un simple mensonge. Elle éclaire la nature nazie de l’Etat turc car nier le crime suppose que l’idéologie qui l’a imaginé et conçu tient le haut du pavé. Elle met en perspective la guerre du Karabagh, continuation logique, délibérée et persévérante du plan unioniste : détruire toute présence arménienne en Arménie. Après les offensives politiciennes ( Rocard, Cohn-Bendit...), nous avons eu les historiens ( Pierre Nora, Françoise Chandernagor) et maintenant les journalistes Robert Ménard et Bernard Guetta qui osent expliquer sans être contredits que la France est contre l’entrée de la Turquie en Europe pour des raisons de politique intérieure !!!

Nous n’avons jamais mené de campagnes d’opinion, seules capables de contrer les gesticulations politiciennes.
L’opinion publique n’est pas non plus mobilisée autour de la question du Karabagh, et ainsi l’Etat français a les mains libres pour défendre...ses intérêts !
L’Azerbaïdjan, qui n’a pourtant pas de diaspora, a réussi à incruster l’idée que les Arméniens « occupent » leur territoire. Et nous, que faisons-nous ?
Une magnifique déclaration langue de bois ( CCAF le 12 mars ).

Je cite :

« Nous lançons un appel solennel aux autorités françaises pour qu’elles redoublent de vigilance dans leur mission de paix au Haut-Karabagh.

La France comme le co-président du groupe de Minsk de l’OSCE s’est engagée dans une négociation difficile pour trouver une solution qui s’appuie sur trois principes  : le non-recours à la menace ou à l’emploi de la force, le droit à l’autodétermination et l’intégrité territoriale. Les Co-présidents rappellent à chaque occasion que “ces propositions doivent être considérées comme un ensemble indivisible”. Nous saluons la volonté de la France de veiller au respect de cette base de discussion qui a rencontré l’adhésion officielle de toutes les parties.
Mais nous en appelons également à sa vigilance face aux menaces de guerre croissante de l’Azerbaïdjan et au course aux armements à laquelle se livre ce pays. 
Nous appelons les autorités françaises à mettre en œuvre tous leurs moyens pour empêcher que le sang ne coule encore et ne vienne irriguer à nouveau cette région où résonne toujours en écho les atrocités du premier génocide du XXe siècle »

Est-ce la prose d’un « Conseil arménien » ou celle de l’UMP ?

Est-ce de la naïveté, de l’amateurisme, du « conflit d’intérêts » ? Effarant.

Quelques pistes.

Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Je lance un appel solennel à Monsieur Bedros Terzian pour qu’une part non négligeable du Fonds Arménien soit réservée aux besoins de la diaspora.

Pour quoi faire ?

1)Favoriser la création de Maisons Communes disposant d’argent pour préserver et diffuser le patrimoine identitaire ( clubs d’arménophones/cours de langue, manifestations culturelles, sportives etc...)

2) Aider à la création artistique et littéraire en diaspora.

3)Permettre le financement de campagnes nationales ( coûteuses) sur les questions essentielles

4)Créer un « institut politique arménien » pour former les futurs dirigeants de la Communauté et les rétribuer sans qu’ils soient obligés de faire allégeance à tel ou tel parti politique français.

Le nerf de la guerre permettra de revivifier le paysage communautaire délabré.

Monteux le 6 avril 2011

Mooshegh Abrahamian

vendredi 8 avril 2011,
Ara ©armenews.com


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