Nouvelles d'Armenie    
Jacques Périgaud
2011 année test


L’Arménie serait-elle en train de dévisser doucement, de s’effondrer sur elle-même ? Possible. La chute du secteur agricole n’est pas un bon signe de santé de l’économie nationale. Certes, l’agriculture en zone montagneuse reste une agriculture difficile, mais tant l’altitude que le climat n’expliquent pas tout. La main-mise et la priorité sur le « Tout béton » depuis l’époque Kotcharian , ont détourné l’effort national d’une diversification souhaitable des entreprises au lendemain de l’indépendance. Il eut fallu pour cela laisser tranquille les jeunes entrepreneurs, les ingénieurs, leur faciliter la vie. Mais, dès le début, l’État voyou a racketté les petites entreprises naissantes, a réquisitionné au profit de ses représentants, a chassé les acteurs du développement économique local pour s’emparer de leurs biens. Le délit d’initié est rapidement devenu l’occupation principale 25 heures par jour des élus de la République. On achète tout, on menace, on enlève, on rapine, on pourchasse et finalement on chasse définitivement du pays les petits entrepreneurs, les créateurs, en un mot la jeunesse qui désespère, quitte le pays, avorte de plus en plus, et enfin se suicide. Où voulez-vous que tout ceci aille, si ce n’est au désastre démographique et économique ?

Pendant ce temps, le système éducatif, jugé sans doute inutile par une voyoucratie imbécile, subissait un délabrement jamais vu. Enseignement périmé, corruption dans l’attribution des notes et des diplômes, frais d’inscription onéreuse, absentéisme des cours, sont autant de facteurs aboutissant à la promotion de crétins diplômés incapables d’appliquer quoi que ce soit dans le monde réel, dans l’exercice de leur fonction. On pourrait citer pour l’exemple la qualité des soins médicaux, la compétence du médecin ou celle du dentiste, qui chez certains ne dépasse pas en la matière celle d’un plombier zingueur.

On pourra avancer un jour que les Karabakhtsis du KGB ont détruit l’Arménie. En effet, le fait que l’on soit un as de la kalachnikov en Azerbaïdjan ne vous attribue pas toutes les capacités pour diriger un pays. La main mise des Karabakhtsis sur l’ensemble des leviers du pouvoir militaire, économique, social et culturel, a conduit l’Arménie au désastre actuel. Les faits sont ainsi ressentis, sans faire de pléonasme, par les Arméniens d’Arménie, n’en déplaise à certains.

Même si le premier ministre conçoit enfin le désastre au point de sortir plusieurs responsables du gouvernement et de l’administration, la diversification tant souhaitée prendra du temps. Il y a des savoirs faire qui ne s’achète pas, par exemple la formation permanente des hommes, la remise à niveau des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs, et surtout des hommes politiques dont on peut dire à la vue des résultats que leur intelligence en matière de développement du pays n’est pas encore démontrée.

Contrairement à ce qu’affirme le premier ministre, le secteur de la construction a été frappé bien avant que la crise financière mondiale ne vienne bloquer l’économie nationale. Le renversement cause effet est ici à souligner, car ce sera une figure de rhétorique très en vogue dans les prochains mois.

Il faut aujourd’hui, non seulement diversifier les activités économiques, c’est-à-dire passer la main à d’autres acteurs jusqu’alors écartés, mais encore partager les quelques bénéfices de la production nationale, si l’on veut redonner de l’espoir aux habitants.

Diversifier les activités économiques n’est pas relancer uniquement le pillage des ressources naturelles, agir perpétuellement en prédateur de la nature, activités n’exigeant aucune matière grise et qui convient donc parfaitement aux acteurs actuels. Diversifier, c’est surtout innover, créer, rechercher, et pour cela aller parcourir le monde des idées et des savoirs faire sans tomber dans la mégalomanie habituelle d’une oligarchie pompeuse. Piller les ressources naturelles du pays sans même partager quelques bénéfices, augmenter le pouvoir d’achat et le bien-être des populations, n‘aura qu’un temps. Mais où sont passés les forêts, les troupeaux, et même les patrimoines architecturaux ? Quand reviendront-ils ? Plus tard, sans doute. Le dynamisme économique ne se décrète pas. Il existe ou non dans les tissus sociaux et culturels selon une historicité qui lui est propre. Il mène sa vie librement, jamais sous contrainte absolue. Les résultats en sont plus ou moins prévisibles, parfois surprenants. Si l’état dirige quelques orientations, le secteur privé devra disposer lui aussi de la liberté nécessaire pour agir, investir, là où bon lui semble.

Le débat actuel sur la croissance entre Sarkissian et Kotcharian peut être aussi vu comme un faux débat, parce que Kotcharian vantant une croissance à deux chiffres a bénéficié en fait d’un moment particulier où la construction débridée a faussement joué le rôle de moteur économique tout en préparant un déséquilibre en devenir de l’économie nationale une fois la saturation installée. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que Kotcharian ne conçoit aujourd’hui encore la relance que par le secteur du bâtiment. Son horizon du développement national est plus que jamais limité, à l’image sans doute de l’homme qui prépare discrètement son retour sur la scène politique.

Un secteur de la construction sans doute saturé pour plusieurs années, une agriculture en perte de vitesse par défaut de technicité et d‘abandon, un pillage des ressources naturelles en attente, que reste-t-il au gouvernement pour relancer l’économie ? L’Internet et le téléphone mobile ? Ah ! Quelle magie, ces mots. Mais pour en faire quoi ? Véhiculer du savoir-faire, de la formation permanente ou de la pornographie gratuite ? Voilà deux gros secteurs porteurs de virtualités dont les bénéfices seront limités à une poignée d’entreprises. Quelles en seront les retombées ? Est-ce là un nouveau mirage qui égarera un gouvernement ayant tendance à oublier le désert environnant l’internet comme le téléphone mobile.

Finalement, une impression bizarre transpire des propos du gouvernement, celle que l’on chercherait plus à maquiller une macro-économie en perdition qu’à développer une microéconomie plus dynamique. Autrement dit, on continuerait à entretenir le divorce actuel entre l’annonce d’une croissance macroéconomique que l’on voudrait en essors et une microéconomie des ménages catastrophique. Il y a là un risque dont on ne parle pas. En fait, le seul risque que le gouvernement cherche toujours à contrôler, c’est celui de la liberté d’entreprendre et d’informer. On a en vu encore une preuve cette semaine tant dans le refus de toute chaine télévisée libre que dans le refus d’inviter la presse d’opposition aux vœux de fin d’année d’un président bien en retard pour l’avancée de la démocratie ou la libération des prisonniers politiques. 2011 sera une année test.

samedi 1er janvier 2011,
Ara ©armenews.com


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