Nouvelles d'Armenie    
Alen Ter Markossian
Quelles chances pour une nouvelle guerre dans le Haut-Karabagh ?


Depuis plus d’un an les déclarations belliqueuses du président de l’Azerbaïdjan sur le règlement du conflit Haut-Karabagh se sont faites beaucoup plus agressives et, leurs faisant échos, les accrochages meurtriers sur le terrain se multiplient. Le chef d’Etat azéri le répète jusqu’à plus soif : l’Azerbaïdjan n’acceptera jamais l’indépendance du Haut-Karabakh, ni un quelconque processus qui aboutirait à son indépendance. La seule façon selon Aliev d’aboutir à la paix est le retrait des troupes arméniennes du Haut-Karabakh et des 7 régions environnantes pour restaurer l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan. Le statu quo du Haut-Karabakh ne peut s’expliquer que par l’équilibre des forces dans la région, mais aujourd’hui selon Aliev, l’Azerbaïdjan est beaucoup plus puissant militairement et économiquement que l’Arménie et de ce fait, Bakou disposerait des moyens de changer le statu quo.

Néanmoins, il est opportun de ce poser la question de savoir si l’Azerbaïdjan peut s’aventurer dans une nouvelle guerre.

Il est probable que les négociations du Haut-Karabakh ont atteint leurs limites, et qu’il n’existe pas de solution de compromis susceptible de répondre aux exigences des deux parties du conflit. Compte tenu de cette hypothèse, l’Azerbaïdjan se préparerait donc à des opérations militaires à grande échelle, et Aliev en faisant des déclarations belliqueuses voudrait démontrer à la communauté internationale la justesse du recours à la guerre pour obtenir la restauration de l’intégrité territoriale de son pays, et la préparation de l’Azerbaïdjan à cette éventualité. Néanmoins, ni la Russie, ni les États-Unis et l’Union européenne ne souhaitent, même de façon tacite, que l’Azerbaïdjan se lance dans une aventure guerrière.

Certains experts militaires estiment néanmoins que l’équilibre militaire dans la région a déjà basculé en faveur de l’Azerbaïdjan. Au cours des sept dernières années, ses dépenses militaires de ont augmenté de 13 fois. En 2010, elles ont atteint 2 milliards 150 millions. Ce chiffre dépasse le budget d’Etat de l’Arménie pour la même année qui selon les données officielles, ne s’élève qu’à 350 millions de $. D’autre part, le 8 juin 2010, le Parlement azerbaïdjanais a adopté une doctrine militaire, dans laquelle on peut lire que le problème du Haut- Karabagh est considéré comme le principal défi de l’Azerbaïdjan. La doctrine se compose de 7 sections et 75 chapitres. Le chapitre 50.3 déclare « des formations militaires devraient être mis à un niveau approprié pour augmenter la pression sur l’occupant..., et pour résoudre le problème en peu de temps et avec des pertes minimales, s ‘il est nécessaire de recourir à la force. »

La reprise des activités militaires est cependant loin d’être certaine pour le moment. Bien que l’Azerbaïdjan a récemment acheté une grande quantité de matériel militaire moderne pour son armée auprès de la Turquie, d’Israël et de la Russie, cela ne garantit en rien une victoire sur le terrain. Mais surtout, la Russie et l’Occident ne permettront pas une guerre qui comporterait le risque d’interrompre les flux de pétrole et de gaz. Toute reprise des hostilités aura comme conséquence une mise en danger les pétrodollars azéris et le résultat de la guerre étant incertain, cette éventualité pourrait se solder non seulement par la perte de milliards de dollars, mais également coûter son trône au dictateur azerbaïdjanais. La visite d’Etat de Dmitri Medvedev en Arménie a encore réduit la probabilité d’une reprise de la guerre avec l’accord arméno-russe qui a prolongé de 49 ans la présence russe à la base de Gyumri. D’autant que la base sera alimentée par des équipements militaires modernes et que sa mission s’est vue étendue la sécurité de l’Arménie en collaboration avec les forces armées arméniennes. L’accord ne stipule pas que les forces russes interféreront dans les opérations en cas d’agression de la République du Haut-Karabagh, mais le document permet à l’Arménie de concentrer ses forces principales dans l’Artsakh, ce qui fait que la victoire de l’Azerbaïdjan est encore moins probable.

L’Azerbaïdjan cherche également à favoriser les pressions étrangères sur l’Arménie pour aboutir à des concessions unilatérales de la part d’Erevan. Il travaille dans trois directions - américains, russes et européens. Etant donné le rôle de Bakou dans sa coopération avec les forces de la coalition en Afghanistan et en Irak, en particulier comme pays de transit pour le transport des troupes et des munitions, et en tant que source d’énergie fossile, l’Azerbaïdjan est un facteur important pour l’Europe, les États-Unis et la Russie. Bakou tente de tirer profit de cette situation pour améliorer ses positions dans le processus de négociation du Haut-Karabagh, d’autant que les forces géopolitiques mentionnées ci-dessus sont à la tête d’une mission de médiation pour la résolution du conflit.

C’est ainsi que les organisations internationales sont plus portées à écouter l’opinion de l’Azerbaïdjan. Notamment dans le registre des résolutions de l’ONU, du Conseil de l’Europe, l’OSCE, de la Conférence islamique qui ne sont pas favorables à l’Arménie. Ces résolutions ne sont pas contraignantes, mais chaque année il devient de plus en plus difficile à Erevan de présenter ses arguments à la communauté internationale. Avec ses déclarations explosives, Aliev cherche bien sûr à détourner l’attention de la population azérie de ses nombreux problèmes internes : une situation sociale déplorable dans une société très corrompue dirigée par le clan familial. Une tactique vieille comme le monde et qui devra resservir lors élections législatives prévues pour le mois de novembre 2010.

lundi 20 septembre 2010,
Ara ©armenews.com


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