
C’est en effet un événement important auquel se plie le gouvernement turc de mauvaise grâce. Reuters en fait malheureusement une présentation tellement prudente qu’elle en devient fausse.
Au lieu de "...ce qui est considéré comme un génocide par beaucoup", lire " ce que l’état turc se refuse à considérer comme un génocide"
" Un nombre important d’Arméniens vivaient dans la ville voisine jusqu’à ce qu’ils soient chassés", lire "une majorité d’Arméniens...exterminés..."
Mais le comble est atteint lorsque Villelabeitia fait endosser au gouvernement Arménien le recul de la normalisation, par ce qu’il appelle "gel d’un accord dans l’impasse depuis des mois." La thèse négationniste grossière qui oppose deux qualifications des "événements" de 1915 est opposé à la thèse arménienne, il est vrai "supportée par de nombreux historiens et parlements à travers le monde".
Gilbert Béguian

EVENEMENT - La Turquie rouvre une ancienne église arménienne pour guérir les blessures

16 juillet 2010
Par Ibon Villelabeitia
ILE D’AGHTAMAR, Turquie, 16 juillet (Reuters) - Les hirondelles virevoltent autour du dôme de l’église arménienne du 10éme siècle s’élevant d’une île au bord des eaux turquoise du lac de Van.

Des pierres tombales portant des inscriptions chrétiennes anciennes et des croix se trouvent ça et là dans les mauvaises herbes du jardin, où des voyageurs d’un jour piquent-niquent à l’ombre des amandiers et prennent un bain de soleil après avoir nagé.
La sérénité de la scène masque un passé traumatique qui hante la Turquie et ’Arménie jusqu’à ce jour.

Pour les Arméniens à travers le monde, l’église de l’est de l’Anatolie est un témoignage des siècles de persécution, déportations et de massacres de masse par les forces ottomanes.

La Turquie musulmane et l’Arménie chrétienne sont amèrement divisées sur leur histoire troublée et la frontière entre elles demeure fermée en dépit des accords de paix signés l’an passé avec la médiation des USA.
Aujourd’hui, l’Eglise de la Sainte Croix, qui est à présent un musée d’état, est devenue un symbole d’un processus de réconciliation tortueux, la Turquie se préparant à ouvrir le site le 19 septembre pour un unique service religieux qui devrait devenir un événement annuel. "Cette église est très importance pour les Arméniens, non seulement en Turquie, mais à travers le monde," dit l’archevêque Aram Ateshian, chef spirituel de la communauté survivante arménienne de Turquie.

"Pendant des décennies, nous ne pouvions dire la messe ni faire de service religieux parce que c’était interdit par le gouvernement," a-t-il dit.

Avec son dôme conique, les bas-reliefs décrivant les saints et les sculptures de scènes bibliques des pierres rouges de ses murs extérieurs, l’église est considérée comme l’un des plus fins exemples architecturaux de l’ancienne civilisation arménienne de Turquie, effacée il y a un siècle dans ce qui est considéré par beaucoup comme un génocide.
Son emplacement au centre du lac volcanique salé, entouré de tous côtés de montagnes au sommet enneigés, devrait attirer tout naturellement les touristes dans cette région frappée par la pauvreté.
CONSECRATION DE LA CROIX
Un nombre important d’Arméniens vivaient dans la ville voisine de Van et dans l’Anatolie de l’est jusqu’à ce qu’ils soient chassés par les forces ottomanes en 1915 lors de la chute chaotique de l’empire.

La Turquie a compté jusqu’à 2 000 églises arméniennes, mais 45 seulement sont encore debout. Les autres, selon les dires d’officiels arméniens, ont été détruites, mises à sac, ou converties en mosquées ou écoles.

L’église a été rouverte en 2007 comme musée, à la suite d’une restauration de 1,5 million de dollars par le gouvernement turc. En dépit des prières des officiels de l’Eglise, la pose une croix au sommet de l’église n’a pas été autorisée.

Munir Karaloglu, gouverneur de la province de Van, a dit qu’une croix serait placée sur le dôme avant la messe et y restera là.
Les officiels de l’Eglise disent que le site sacré d’Aghtamar, construit entre 915 et 921, a été saisi par l’état turc. Parce que c’est un édifice public, l’expression de croyance religieuse n’est pas tolérée selon la stricte constitution séculière de la Turquie. Souvent critiquée en Occident pour le traitement de ses minorités chrétiennes, Ankara a présenté la messe comme une preuve d’engagement dans la tolérance. Les critiques disent que le service d’une journée est une campagne de relations publiques pour améliorer l’image de la Turquie vis à vis de la candidature de la Turquie à l’UE.
LES NOEUDS DES VIELLES RANCUNES
Les efforts de normalisation ont subi un recul en avril quand Erevan a gelé la ratification d’un accord après des mois d’impasse de chaque côté. Elle devrait établir des liens et a appelé à la création d’une enquête "impartiale et scientifique" sur les événements de 1915.

L’Arménie, supportée par de nombreux historiens et parlements dans le monde, dit que jusqu’à 1,5 million d’Arméniens sont morts lors des bouleversements qui ont accompagné la première guerre mondiale et qualifie les événements de génocide.
Ankara rejette le terme de génocide et dit qu’un grand nombre d’Arméniens chrétiens et de Turcs musulmans ont été tués.

Un officiel du ministère des affaires étrangères turc espérait que la messe dans l’église améliorera l’atmosphère autour du processus de paix. "Ce serait bien que ce geste contribue au processus de normalisation entre la Turquie et l’Arménie mais nous devons rester réalistes," a déclaré cet officiel. "La frontière entre l’Arménie et la Turquie st fermée pour des raisons politiques."
La Turquie a fermé la frontière en 1993 en solidarité avec l’Azerbaïdjan dans sa guerre sur le Nagorno-Karabagh avec l’Arménie. Ankara dit que tout progrès avec l’Arménie est impossible avant que l’Arménie et l’Azerbaïdjan ne règlent le conflit sur le Karabagh.
SENSIBILITES PERSISTANTES
Les officiels de Van disent que les réservations des hôtels sont complètes et que la ville se prépare à recevoir des Arméniens "du monde entier"-même si la frontière est fermée et que des visiteurs d’Arménie auront 20 heures de route via la Géorgie ou prendre un vol de l’autre côté pour Istanbul puis un autre vol pour Van.
Le ministère arménien des affaires étrangères n’a fait aucun commentaire sur la messe, et les officiels à Erevan n’ont reçu aucune invitation, mais les dirigeants de l’Eglise arménienne ont vu des signes encourageants dans l’attitude envers leur foi.

"Nous sommes heureux que les autorités turques ont changé leur attitude ne partie sur ce point, mais l’événement du 19 septembre sont un pas tardif et insuffisant," a dit Vahram Melikian, un porte-parole de l’Archevêché de Sainte Etchmiadzin, principale église d’Arménie et résidence du Patriarche Arménien.
Des messages à l’intérieur de l’église demandent au visiteur "respectez l’histoire, respectez la culture," mais les sensibilités sont tenaces.
Tandis que des enfants couraient autour de l’église vide, portant l’écho, deux femmes portant le foulard musulman regardaient les bas-reliefs.
"Ne restons pas trop longtemps. Il est haram (interdit) de rester là," murmura l’une d’elles avant de se diriger vers la sortie dans le jardin.
(Reportages additionnels par Ece Toksabay à Istanbul, Tulay Karadeniz à Istanbul et Hasmik Mkrtchian à Erevan ; édition de Jon Hemming)
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