Nouvelles d'Armenie    
Nil Agopoff
Saison turque, un apartheid historiographique par Nil Agopoff


UN APARTHEID HISTORIOGRAPHIQUE, telle est l’expression adéquate qui pourrait résumer La Saison de la Turquie en France. En effet, l’histoire de la Turquie -ancien empire colonisateur- est présentée tout en passant rapidement sur les cultures florissantes des nations autochtones : Assyro-Chaldéens, Arméniens et Grecs qui étaient dans le pays avant la conquête turque. Seul le peuple kurde -dernier peuple autochtone- jusqu’au régime répressif kémaliste, étant musulman, a pu passer intact à travers la domination ottomane qui amputait les populations chrétiennes en les turquifiant. Aujourd’hui avec les plusieurs dizaines de millions de Kurdes en Turquie, cette saison n’a cependant pas consacré un nombre de conférences sur les Kurdes en proportion avec sa population actuelle.
Pour les conférences portant sur des sujets contemporains aux massacres hamidiens et au Génocide de 1915, on a pu assister à des omissions intentionnées en les occultant ou les escamotant carrément. Ou bien il y a eu mise en œuvre de stratégies de minimisation et de dilution des “évènements“ de “L’AFFAIRE ARMÉNIENNE“ : en parfumant, en édulcorant, en saupoudrant -jusqu’à plaisanter de passer pour une “Tête de Turc“. Quand on questionne sur le Génocide de 1915, la sémantique des réponses par les conférenciers turcs est diverse :

- on évoque l’expulsion des Turcs des Balkans : comme si l’expulsion des Allemands de Prusse ou des Sudètes pouvaient justifier ou minimiser les crimes nazis de la Shoah ?

- on parle “d’ouverture des archives“ : comme si les archives coloniales pourraient définir ou non si la Traite négrière transatlantique ou l’esclavage seraient ou ne seraient pas des crimes contre l’Humanité ?

- on parle en politiquement correct de “convulsions de fin d’Empire“ ou “d’évènements fondateurs“ : pour pouvoir écarter les faits horribles de déshumanisation qui dénoncent par eux-mêmes l’idéologie touranienne alimentant exterminations et crimes contre l’Humanité du Génocide de 1915.

- on oriente le questionnement vers (les brumes de) “LA MÉMOIRE“ : alors qu’il s’agit d’historiographie, de publications d’époque sur des témoignages de terrain -qu’on cherche à exclure.

- on accepte le fait génocidaire -mais on est contre les “Les Lois Mémorielles“ : alors qu’il s’agit de LOIS CONCERNANT LA CITOYENNETÉ où la dignité humaine des descendants de rescapés de génocides se trouve agressée, leur empêchant de faire un deuil -impossible tant qu’il y a déni.(*)
Tout au long de la Saison, il y a eu un NON-DIT sur le DÉNI de l’IMPUNITÉ d’un CRIME IMPRESCRIPTIBLE. Ce déni par construction de non-existence du Génocide de 1915 et cette impunité -COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT- sont occultés ou banalisés. C’est pourquoi je pense qu’il faut parler des réparations -MÊME SACHANT QU’UN GÉNOCIDE EST IRRÉPARABLE. Ségolène Royal, candidate à l’élection présidentielle en France en 2007, semble l’avoir compris en déclarant à une émission À vous de juger sur France2 : “Il faut toujours une réparation, c’est comme ça que l’on n’aura pas de récidive“.



À quel point la classe politique française et ses diplomates sont-ils conscients de la portée symbolique et sociétale du débat législatif sur le déni d’un génocide ? En plus, n’y a-t-il pas exportation de ce déni par un négationnisme d’État bétonné et institué à Ankara -réprimant toute contestation par le code #301 de son code pénal ? Le Commissariat général de la Saison turque en France en est-il conscient malgré la REALPOLITIK du Quai d’Orsay ? Ainsi, on est en droit de se demander si le Commissariat général a proposé :

- à la direction de France24 de faire des émissions de TV en turc sur le Génocide de 1915,

- au Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme de faire traduire en turc des textes qui existent sur 1915 et les faire publier,

- au Haut Conseil à l’Intégration d’en informer les émigrants turcs qui désirent s’établir en France,

- aux Académies de France -dont dépendent les lycées français de Turquie- de présenter le Génocide de 1915 dans les cours d’Histoire de ces lycées.



Ne pas le proposer, serait ne pas rendre service au peuple turc qui n’a pas pu faire son travail de mémoire -comme le peuple allemand a pu le faire. D’autant plus que l’idéologie kémaliste a mis en place un LAÏCISME D’ÉTAT qui a la main mise sur les affaires religieuses : bloquant ainsi toute velléité de condamnation musulmane par altruisme religieux concernant ces crimes de l’idéologie touranienne -une idéologie raciste non conforme à l’islam.


Pour terminer, sur le plan de la réflexion citoyenne, il faut dire que laisser importer légalement un négationnisme officiel d’un génocide impuni, minimiser la teneur d’un tel état de fait, banaliser des déshumanisations, ne peut qu’encourager sociologiquement dans notre pays de France, discriminations ou délinquances -consciemment ou inconsciemment.
Nil Agopoff (UCFAF & ANACRA)
(*) voir les publications de la juriste Sévane GARIBIAN, de l’essayiste Janine ALTOUNIAN et de la psychanalyste Hélène PIRALIAN.
mardi 6 avril 2010,
Ara ©armenews.com


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