Nouvelles d'Armenie    
Sarkis Shahinian
Agir ensemble


Meeting sur les protocoles organisé par la FRA et l’ADL, Paris, 15 novembre 2009

Intervention de Sarkis Shahinian, président de l’Association Suisse - Arménie

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

ce n’est pas la première fois dans l’histoire arménienne, que nous sommes appelés à gérer une crise profonde concernant le destin de notre Nation. Mais c’est probablement une des rares fois que les Arméniens du monde entier doivent faire face à une crise qui touche à la fois à la sécurité de l’Etat arménien et à la cohésion de notre peuple. Chaque Nation a les leaders qu’elle mérite, et c’est à eux de transformer une crise en une chance pour le renouvellement de sa façon de penser et d’agir. C’est exactement le grand défi qui nous attend, pour les mois et les années à venir !

Je suis venu ici, aujourd’hui, surtout pour porter un message d’unité, mais aussi de rigueur, et souligner qu’il est important de saisir cette chance pour nous transformer en une Nation capable de penser et agir de façon réaliste et efficace, en priorisant la sécurité de l’Etat arménien et du Karabakh, sans oublier ni notre mémoire, ni nos droits historiques - tout à fait présents et actuels - si l’on doit évaluer la virulence de la négation d’un Génocide que nous avons dû subir et dont on paye les conséquences encore et surtout aujourd’hui, trois générations après son exécution.

En Suisse, le code pénal donne au citoyen la possibilité de dénoncer le négationnisme et lui permet d’avoir gain en cause dans une attaque contre un bien absolu en droit, qu’est la dignité humaine. Je suis sûr que vous me comprenez bien, chers amis, car vous êtes toujours en attente, en France, d’une loi légitime qui punisse le crime de la négation du génocide des Arméniens. Vous avez dû subir dernièrement une vraie et propre discrimination à l’Assemblée nationale, étant donné que, dans le cadre de la Commission Accoyer, et sous la pression de soi-disant mouvements intellectuels tel que « Liberté pour l’histoire », on est arrivé à pousser le projet de loi pénalisant la négation du génocide des Arméniens dans la catégorie des « lois mémorielles ». Je n’aurais jamais crû que cela puisse se passer dans la patrie des Droits de l’Homme ...

Mesdames et Messieurs, nous sommes seuls devant notre destin. Je vous demande, donc : où sommes-nous ? Quel est devenu notre rôle ? Quels sont les valeurs que nous défendons ?

Est-ce cela, nos valeurs, de subir des comportements indignes comme en Angleterre, ou l’on vient de découvrir que le Foreign Office a agi pendant des années pour affaiblir systématiquement, auprès des élus britanniques, l’importance de la reconnaissance du génocide arménien, pour sauvegarder ses propres intérêts économiques et stratégiques avec la Turquie ?

Est-ce cela, nos valeurs, de mendier la reconnaissance du Génocide auprès d’un Président des Etats-Unis, au lieu que ça soit lui à le faire, sans demander rien en échange, ne fut-ce que pour être digne du Prix Nobel qu’on vient de lui octroyer ?

Nous sommes devenus l’instrument d’enjeux politiques qui nous dépassent. On profite de notre cause, de notre force électorale, de nos ressources intellectuelles et financières et qu’est-ce que nous recevons en échange ? Où plutôt, qu’est-ce que nous cherchons en échange ? Nos droits ?

En vérité, nous avons perdu la capacité de réfléchir et d’agir ensemble, pour défendre collectivement notre dignité. Nous avons perdu cette capacité au cours des siècles et nous payons aujourd’hui le coup de grâce subi en 1915. J’arrive à l’argument d’aujourd’hui. Il est évident, qu’un « syndrome de faiblesse » de la diplomatie arménienne a hypothéqué, le 10 octobre dernier à Zurich, la signature des documents qui resteront dans les annales comme les « Protocoles de la normalisation » entre l’Arménie et la Turquie. Les contacts secrets menant à ces protocoles remontent au début du mois de septembre 2007, quand l’une des deux parties - on ne sait pas laquelle - a demandé à la Suisse de s’engager dans la médiation d’un processus de rapprochement des deux pays. Plusieurs rencontres se sont tenu depuis entre l’Arménie, la Turquie et la Suisse dans une localité proche de Berne, à un très haut niveau ministériel. Le président arménien, Serge Sarkissian, de passage le 2 octobre dernier à Paris lors de la première étape de son voyage de « charme » dans quatre Pays à très forte présence diasporique, a nié que ces protocoles aient été signés sous pression externe et qu’ils constituent un recul dans la politique étrangère de l’Arménie en matière de reconnaissance internationale du Génocide. Toutefois, loin de convaincre ses interlocuteurs, il a été contredit quelques jours plus tard, lorsque les chefs de la diplomatie des Etats-Unis, de Russie, de France et de l’Union Européenne ont parrainé officiellement, avec la Suisse, la signature de ces documents. En ce qui concerne la crise qui s’est produite à la dernière minute à cause du contenu des déclarations que les deux Ministres des Affaires Etrangères, Davutoglu et Nalbandian, auraient prononcé à la conclusion de la cérémonie, c’est bien l’intervention conjointe de Mme Clinton et surtout de M. Lavrov qui a permis de sauver ces protocoles en catimini. Aussi, sans attendre la confirmation du chef de l’Etat arménien émise par décret présidentiel à la veille de la signature, les agences de presse internationales, dans la logique d’un message hâtif et insuffisamment étayé sur la constitution d’une sous-commission à « dimension historique », avaient repris la rhétorique négationniste si chère à la Turquie concernant les événements de 1915. Elles ont multiplié, dans leurs dépêches, des expressions telles que l’Arménie soutient qu’il s’agissait d’un génocide, version contestée par la Turquie, ou l’utilisation des guillemets, le recours au style cursif ou à l’attribut « soi-disant » pour se référer au Génocide, etc.

L’Association Suisse-Arménie, avec les trois partis politiques traditionnels et maints groupements, organisations et individus d’Arménie et de la Diaspora, loin de s’opposer à la normalisation des relations entre les deux Pays, a demandé officiellement au président Sarkissian, lors de sa rencontre à Paris avec les représentants d’une soixantaine d’organisations arméniennes d’Europe, en vain, de prendre un temps de réflexion. Après signature et après ratification par les deux Parlements, ces documents auront le caractère d’un Traité de droit international contraignant, étant donné que ne figure dans le texte aucune modalité de suspension et de résiliation qui permettrait à l’une ou à l’autre des parties de le déclarer caduc, ainsi qu’il est prévu dans la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969.

Par ces protocoles, la Turquie poursuit plusieurs objectifs, notamment : casser la série de succès dans le domaine de la reconnaissance internationale, politique et judiciaire, du Génocide des Arméniens ; créer au sein de la société civile turque, les conditions d’une discussion ouverte du problème du ‘Génocide’ des Arméniens. Le but est la remise en question de la qualification de Génocide des événements tragiques de 1915, et de trouver ainsi une porte de sortie permettant de sauver la face devant un syllogisme qui devient insoutenable pour l’identité nationale turque : (1) le Génocide des Arméniens et une partie de ses exécutants, ont mené à la création de la Turquie moderne ; (2) l’Etat turc est au centre de l’identité nationale turque actuelle ; Ergo : le génocide des Arméniens est à la base de l’identité nationale de la Turquie ; se mettre à l’abri, au plan du droit international, des conséquences de l’arbitrage que l’Assemblée des Puissances réunies à Sèvres en août 1920 avait confié au président des Etats-Unis Woodrow Wilson pour la délimitation des frontières entre l’Arménie et la Turquie. Du même coup, faire accepter à l’Arménie un traité, celui de Kars, qui tire un trait sur des revendications territoriales, et certainement de réparations en vertu de la responsabilité encourue par suite d’un crime au sens du droit international ; créer, en conséquence, un profond clivage entre l’Arménie et sa Diaspora. Dans le cadre de ces protocoles, la Turquie pousse l’Arménie à traiter seule le problème du rétablissement de la confiance mutuelle entre les deux Nations. Toutefois, la Nation arménienne s’étend à sa Diaspora, que Erevan, par contre, n’est pas fondée à représenter ; par l’ouverture de la frontière, donner un signal fort à la communauté internationale, tout particulièrement à l’Union Européeenne, concernant sa capacité de dialogue et de respect des rapports bilatéraux, notamment grâce à la réouverture de la frontière et à l’établissement des relations avec l’Arménie, apparemment sans conditions ; donner un message à l’Azerbaïdjan, son allié stratégique, en ce qui concerne la solution du problème du Karabakh, contraignant l’Arménie à suivre une logique, en contradiction en partie avec les principes de Madrid, poussant Erevan dans ses négociations avec Bakou à ne pas considérer comme prioritaire le droit à l’autodétermination. Ce droit qui constitue une norme impérative du droit international, ne figure pourtant dans aucun des deux protocoles ; instaurer un équilibre géopolitique dans la région, en assurant ainsi l’aboutissement des grands projets énergétiques la liant à l’Azerbaïdjan et à la Russie, d’une part, et à l’Europe, d’autre part ; importer d’Arménie de l’énergie électrique, cruciale pour le développement économique de l’Anatolie, ce qui contribuerait à l’apaisement des tensions internes avec les Kurdes, en leur faisant miroiter la prospérité dans une logique non séparatiste.

Quels sont les principaux objectifs de l’Arménie ? procéder au rapprochement avec la Turquie sans conditions préalables ; casser son isolement politique par l’ouverture des frontières, unilatéralement fermées par la Turquie en 1993 après la conquête de Kelbadjar par les forces arméniennes du Karabakh ; faire lever le blocus économique qu’Ankara avait imposé à Erevan suite à la défaite militaire de l’Azerbaïdjan contre les Arméniens, et pour ne plus dépendre de la Géorgie en matière d’accès à la mer et d’exportation/importation des marchandises, ce qui a permis à Tbilissi de profiter jusqu’aujourd’hui de sa position de quasi-monopole envers l’Arménie ; mettre en port-à faux l’Azerbaïdjan, en neutralisant le blocus politique et économique de l’Arménie, qui était un des atouts principaux de Bakou dans le cadre des négociations pour le règlement du conflit du Karabakh ; favoriser Moscou, son allié stratégique, en lui permettant de développer sa politique énergétique et des transports ferroviaires dans la région, étant donné que la totalité des réseaux énergétique et des chemins de fer arméniens est gérée par des sociétés privées ou gouvernementales russes, dont les forces armées continuent à garder une base militaire à Gumri. Par la ratification de ces protocoles, la Turquie obtient la réalisation de presque tous ses objectifs, ce qui n’est vrai que partiellement pour l’Arménie.
- Au sujet des conditions préalables, quatre questions restent notamment ouvertes : L’Arménie est-elle vraiment obligée de se plier à la volonté de la Turquie, des Etats-Unis, de la Russie, de la France et de l’Union Européenne, alors que pour instaurer des rapports diplomatiques bilatéraux une seule phrase telle que : « La République d’Arménie et la République de Turquie déclarent vouloir instaurer des relations bilatérales et décident à cet effet de procéder à l’échange de leurs représentants diplomatiques » aurait pu suffire ? Pourquoi l’Arménie permet-t-elle d’utiliser, comme élément de négociation, l’ouverture des frontières, alors qu’elles avaient été fermées unilatéralement par la Turquie en juillet 1993, au mépris du droit international, qui qualifie une telle action comme un acte d’hostilité, voire d’agression ? Quel est l’intérêt de l’Arménie, dans le cadre de l’instauration de rapports bilatéraux, de signer des clauses l’obligeant à donner la priorité aux principes de non intervention dans les affaires d’autres Etats, d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières, et ceci dans le cadre d’un même traité réitérant l’engagement de résoudre des conflits régionaux et internationaux sur la base des normes et des principes de droit international, sans rappeler nulle part le principe du droit à l’autodétermination ? Faut-il voir explicitement le nom « Karabakh » pour comprendre de quoi on parle ? Mais surtout : pourquoi l’Arménie a-t-elle consenti à utiliser l’argument du Génocide comme monnaie d’échange politique ? Ce dernier point est le plus faible et indigne de ces protocoles, car il remet en cause avant tout la mémoire de la Nation arménienne et l’impartialité de toutes les études scientifiques accomplies jusqu’à présent en la matière. Du point de vue du droit, il faut rappeler que la condamnation de Dogu Perincek en Suisse avait signifié bien plus que la simple perte d’un procès de la part d’un nationaliste devenu gênant pour les institutions turques. Il s’agissait du plus grand échec de l’Etat turc visant à faire valider sa négation du Génocide dans un contexte juridique à l’extérieur de la Turquie. En lisant les considérants des trois verdicts, y compris celui du Tribunal fédéral, on se rend vite compte que cette jurisprudence ouvre la porte à l’affirmation juridique internationale du Génocide des Arméniens. Une importance bien comprise par la diplomatie helvétique, véritable inspiratrice de ces protocoles, qui visent à transférer la qualification juridique du génocide sur un plan purement historique. En Arménie comme en Diaspora, on se demande, donc, quelle est la vraie raison qui a décidé le président arménien à signer ces documents, dans la mesure où leur disposition en apparence avantageuse n’est plus que virtuelle. L’ouverture de la frontière avait été auparavant plusieurs fois remise en question par le Premier ministre turc Erdogan. Dès le lendemain de la signature, le même chef du Gouvernement turc réitérait la condition préalable selon laquelle le conflit du Karabakh devra être réglé conformément aux exigences de Bakou. Pour sa part, le 27 octobre Monsieur Davutoglu déclarait que le Parlement turc ne procéderait pas à la ratification des protocoles sans que des progrès tangibles ne soient faits vers la solution de ce conflit. En réplique, le président arménien fortement embarrassé a déclaré qu’il laisserait tomber les protocoles si ceux-ci n’étaient pas ratifiés par la Turquie dans un délai raisonnable, conformément aux dispositions des documents. Et, pour souligner le vrai rapport de force auquel la diplomatie arménienne s’est laissée entraîner. vendredi dernier, le Secrétaire d’Etat adjoint américain Philip Gordon a donné main forte à son collègue turc, en affirmant qu’il serait difficile pour le Parlement turc de ratifier les protocoles signées avec l’Arménie sans une progression significative dans les négociations autour du conflit du Nagorno Karabakh. La pression sur l’Arménie devient ainsi explicite. La vérité est que l’Arménie n’a pas su distinguer entre l’instauration de rapports diplomatiques bilatéraux, d’une part, et la fin du blocus et de la clôture unilatérale de la frontière imposées par la Turquie, d’autre part. Elle n’a su non plus empêcher l’introduction dans ces protocoles d’arguments qui n’en touchent pas l’objet principal, c.à.d. l’instauration de rapports diplomatiques et l’ouverture de la frontière, et qui auraient dû rester en dehors, tels que la question du Génocide et le conflit du Karabakh. L’Arménie est tombée dans un piège, devant payer, par ce traité, sa vulnérabilité au plan international, conséquence des événements du 1er mars 2008. Cette faiblesse a soumis Erevan aux manœuvres et aux intérêts des Puissances étrangères en matière de ressources énergétiques depuis la Caspienne et l’Iran. Le mérite de ces protocoles est sans doute celui de vouloir renverser la logique haineuse caractérisant encore aujourd’hui les rapports entre les mondes arménien et turc. La volonté d’entamer un dialogue entre les deux Pays y a été scellée. Le rôle de la Suisse dans la préparation et l’application de ces protocoles est tout autre que passif. En dehors de la rédaction des protocoles, la diplomatie suisse y est concrètement impliquée dans le cadre de la sous- commission traitant l’histoire commune des deux peuples. Une représentante du Département fédéral des Affaires Etrangères, expert en matière de ré- élaboration du passé et de prévention des génocides, ouvre un espoir dans la perspective de ladite sous-commission et, en s’y référant dans une brève interview du 12 octobre, souligne que le but de la sous-commission n’est pas de réécrire l’histoire, mais de la lire ensemble. Veut-on par là contribuer à perpétuer la mémoire du Génocide et appeler par son vrai nom le problème à l’origine de la haine entre Arméniens et Turcs ? L’exercice sera très difficile. Est-ce que cette sous-commission aide à faire justice ? Certainement pas. Les deux pays n’ont pas la même compréhension de ce qui est écrit dans les protocoles et sur la véritable mission de cette sous- commission. La Diaspora arménienne, conséquence du Génocide de 1915, n’a pas été prise en considération dans les négociations, étant donné que la sous-commission vise à un regain de confiance entre les « deux Nations ». Il est vrai, que par cet organe on essaye de créer un terrain pour une relecture commune de l’histoire, mais le travail principal, celui de se réconcilier avec son propre passé, est d’exclusive responsabilité de la Turquie. On ne peut pas demander aux Arméniens d’aider la Turquie à se libérer d’un négationnisme d’Etat. Pourquoi, donc, en faire une condition pour l’instauration de rapports bilatéraux entre deux Etats, en poussant la partie qui a subi un génocide à faire des compromis sur le crime dont elle a été victime ? Tenant compte de sa tradition dans la défense des Droits humains, le moins que l’on puisse dire est que le rôle de la Suisse sur ce point est très obscur.

Quoi faire en Arménie, mais surtout quoi faire avec l’Arménie ? Ces protocoles sont le résultat d’une absence totale de dialogue politique entre l’Arménie et la Diaspora, mais aussi d’un complète manque de culture politique en Arménie. La classe politique, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parlement, a été tenue à l’écart du processus de négociation et surtout de ses contenus. Même après l’annonce de la conclusion des accords le 31 août dernier, le Gouvernement arménien n’a pas retenu opportun d’organiser des débats publics, dans les universités, à la télévision où à la radio, avec un vrai contradictoire qui seul aurait pu permettre la formation d’une opinion publique. Au fur et à mesure des informations que nous recevons, il devient clair que ces protocoles ont été imposés à l’Arménie et aux Arméniens par les majeures puissances de la planète et, pour les faire avaler à sa population, l’Etat arménien a exercé sur elle une censure inouïe. Nous savons toutefois, que le Président de la République et plusieurs fonctionnaires ont manifesté des doutes sur ces documents et sur leur solidité politique. Il est venu le moment que l’Arménie cherche conseil auprès de ses meilleures ressources, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ainsi, au sein d’un nouveau groupe de réflexion fondé ici à Paris et dont je fais partie, l’Observatoire arménien, on vient de développer un concept qu’on aimerait soumettre aux autorités arméniennes, portant sur des réserves à émettre sur ces protocoles et qui ne toucheraient pas, toutefois, l’objet de fond de ce traité, qui ne concerne que les relations diplomatiques bilatérales et l’ouverture de la frontière. L’objet est délicat et il faut agir vite, avant que le dommage provoqué ne soit définitivement scellé lorsque les protocoles auront passé le cap de la Cour constitutionnelle arménienne conformément au processus législatif d’état et, en dernière instance, lorsqu’ils auront été ratifiés par les deux Parlements.

Quelle est, maintenant, la mission de la Diaspora ? Nous avons vu que de son côté, l’Etat arménien ne cherche pas le dialogue avec la Diaspora : il ne s’est pas laissé conseiller par elle et le Ministre Nalbandian n’a fait preuve ni de compréhension ni d’ouverture vers les intérêts de la Nation arménienne prise dans son ensemble. On se demande, de surcroît, à quoi ça sert un nouveau Ministère de la Diaspora sinon précisément dans ce but.

Maintenant, la Diaspora n’a pas beaucoup de choix. Un changement profond s’impose. Notre mentalité doit changer : ce n’est pas la haine contre un autre peuple, ses symboles, son drapeau, qui nous permettra d’avancer dans nos droits légitimes. Le droit demande un travail constant, efficace, coordonné. Les trois partis traditionnels, les Comités de Défense de la Cause Arménienne, l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance, l’Armenian Assembly des Etats-Unis, sont appelés à montrer la maturité politique nécessaire. Ce n’est pas facile, mais c’est un objectif fondamental, devant lequel il faudra que chaque formation fasse des compromis pour atteindre un bien supérieur. Les intérêts du peuple arménien ne sont pas le monopole d’un seul parti, et il y a des forces nouvelles et saines qui ne peuvent pas ne pas être prises en considération dans ce processus. Surtout après l’expérience de ces protocoles, il devient fondamental que la Diaspora puisse poursuivre une stratégie commune avec l’Etat arménien.

La Diaspora se trouve dans le devoir de se réorganiser de façon responsable, au niveau mondial, pour faire avancer davantage la reconnaissance du Génocide, politiquement et juridiquement, et pour le faire elle doit devenir un sujet de droit international. D’autre part, admettant que ces protocoles seront ratifiés, nous devons considérer la situation nouvelle que crée l’instauration de cette sous-commission, les difficultés qui en découleront, y compris dans l’opinion publique et les argumentations qui surgiront dans les différents Parlements où des décisions de reconnaissance du génocide sont à l’examen. Il convient cependant de ne pas négliger cette sous-commission, car des chercheurs de renommée en Arménie comme en Diaspora ont déjà manifesté leur intérêt pour y participer.

Il faudra, par conséquent, identifier toutes les possibilités qui nous seront données pour nous assurer de notre présence, parce que c’est bien de « nous », Arméniens de la Diaspora, dont on va parler et parce que la présence de nos meilleurs experts y est indispensable pour atteindre notre but. On devra utiliser toute notre créativité, notre intelligence et notre efficacité. Mais la mission la plus importante de la Diaspora sera de se constituer elle-même d’un point de vue politique et économique. Je le repète : nous n’avons plus la capacité de réfléchir ensemble, pour le bien de notre collectivité, car nous en avons perdu le sens. Et pourtant nous y sommes confrontés chaque jour, étant donné qu’il s’agit de notre identité.

Les Arméniens du monde entier doivent impérativement, sans plus tarder, se présenter unis devant le rendez-vous que l’Histoire leur donne. Ils doivent se présenter unis devant les institutions internationales, les Puissances mondiales et surtout la Turquie, forts des valeurs et des droits qu’ils entendent faire valoir et poursuivre. Aussi, les Arméniens du monde entier doivent définir les structures qu’ils entendent se donner pour garantir aux nouvelles générations le maintien de l’identité, de la langue et de la culture arméniennes, en dehors de l’Arménie, sur la base d’un programme pédagogique professionnel et conséquent. Pour faire cela, il faut se donner des organes efficaces et en garantir l’existence financièrement.

Mesdames et Messieurs, c’est aussi simple, mais, en même temps, aussi compliqué que ça. Il ne nous reste que de commencer à y travailler !

Merci pour votre attention !

vendredi 20 novembre 2009,
Ara ©armenews.com


CET ARTICLE VOUS A PLU ?  POUR AIDER LE SITE A VIVRE...
Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)

    
     Imprimer l'article