
A la veille de son arrivée à Paris, le chef de l’État arménien tente de rassurer la préoccupation ambiante à propos de la création d’une commission d’historiens, laquelle induirait que l’Arménie met en doute la réalité du génocide.
Au cours d’une réunions avec les membres du Conseil public, il a ainsi déclaré que la question du génocide ne saurait être remise en doute. « C’est tout simplement impossible. Aucune personne saine d’esprit ne peut oublier le génocide », a-t-il souligné. Ajoutant « Cette commission a été créée sur la base des principes de parité, où chaque partie peut mettre ses arguments en avant ». Mais il précise alors qu’il est « très conscient que nous sommes entrés dans un processus compliqué. Je comprends clairement que tout processus politique a son prix et je suis prêt à payer ce prix. Ainsi ce sera clair », a-t-il conclu.
Puis à la question sur la présence de conditions préalables, le président tente de se défosser en affirmant qu’il existe des conditions préalables dans de nombreux traités. « Vous avez vu une condition préalable lorsque les documents ont été publiés ? Ceci est le résultat d’un compromis. Je ne vois pas dans les protocoles de conditions préalables. »
Enfin, soulevant la question de la pression extérieure qui aurait poussé l’Arménie à négocier avec la Turquie, le chef de l’État a indiqué que personne n’a obligé l’Arménie à établir des relations avec la Turquie, et si les organisations internationales ont fait des déclarations concernant la normalisation des relations, selon le président, celles-ci peuvent être perçues comme un conseil, et comme une offre à laquelle on répond.
« Non nous ne sommes pas sous pression, personne ne m’a obligé à inviter le président turc en Arménie », a-t-il précisé.
Il est maintenant clair que la présidence de la République arménienne se rend à la rencontre de la diaspora pour la forme.
Une sensation confirmée par la déclaration explicite du ministre des affaires étrangères turc, Davit Davutoglu, à la chaîne CNN Turk, selon laquelle « Le protocole Erevan-Ankara sera signé avant la visite du président arménien en Turquie ». Mais pour compliquer l’analyse, le même ministre indique à la suite : « les travaux de normalisation continueront, que le président Sarkissian vienne ou non assister au match de football. » « Le protocole sera examiné par la Parlement dès sa signature », a-t-il ajouté.
Demain, 2 octobre, le chef de l’État arménien rencontrera les leaders européens de la diaspora et se recueillera au Mémorial du génocide des Arméniens de Paris à 14 h 30.
Il est par ailleurs attendu à New York le 3 octobre où ses services ont convoqué divers partis politiques, dont la FRA, qui déclare " Soyons clairs : Nous allons assister à cette réunion parce que nous ne voulons pas renoncer à une occasion d’exprimer notre forte et intransigeante opposition à ces protocoles dangereux. "
Le 4 octobre le président sera à Los Angeles où il est l’invité d’honneur d’un dîner de gala au Beverly Hills Hilton. Asbarez note que " Compte tenu de l’opposition écrasante de la communauté aux Protocoles, une manifestation a été organisée le jour même face à l’hôtel au Parc Wilshire. Un service de cars assurera le transport vers le lieu de la manifestation de divers endroits de la Californie".
Jean Eckian
Résumé de l’intervention du chef de l’État par l’ Ambassade de France en Arménie
« il ne s’agit ni d’un accord sur notre capitulation face à la Turquie, ni d’un traité sur un partenariat stratégique. Si quelqu’un pense que ces documents ne doivent contenir que nos désirs et conduire à la réalisation de nos seules aspirations, il a besoin d’être un peu plus réaliste et comprendre que ce n’est pas possible ». « Nous ne cherchons pas à régler de manière globale nos relations ou de devenir l’amie de la Turquie, mais nous tentons de créer une ambiance supportable qui permettra d’entamer un dialogue ». Le chef de l’Etat avoue qu’il ne peut pas promettre à la société que toutes les questions soient étudiées et toutes les nuances prises en compte, mais il est convaincu que « l’on ne peut plus vivre et continuer comme ça ». « Nous devons avoir des relations normales [avec la Turquie] et pour y parvenir, l’on doit commencer par se parler ». « Quand n’avions-nous pas de préoccupations ? », a-t-il demandé. « Lorsque nous avons voté pour l’indépendance de l’Arménie [en 1991], chacun d’entre nous a été à 100 pour cent certain que tout se passerait bien ? J’ai personnellement eu beaucoup de préoccupations et d’angoisse quand nous avons été contraints de monter une lutte armée [contre l’Azerbaïdjan] au HK ». « Si nous sommes incapables ou mal préparés à mener des négociations avec les Turcs, pourquoi sommes-nous devenus indépendants ? », a-t-il ajouté.
Conséquences de l’ouverture de la frontière-
Le chef de l’Etat a écarté les craintes sur « l’expansion économique, démographique et religieuse » que l’ouverture de la frontière peut engendrer, d’après certaines analyses. Le chef de l’Etat affirme ne pas partager ces analyses et en avoir discuté avec nombre d’entrepreneurs qui tous lui ont affirmé que l’Arménie en sortira gagnante. Le chef de l’Etat rappelle en outre que toutes les relations [dans le domaine économique et commercial] se règlent par la législation et, si nécessaire, l’Arménie prendra des mesures législatives en ce sens. La Turquie, rappelle-t-il, est membre de l’union douanière européenne, « et ne va pas inventer de nouvelles règles ». Elle est aussi membre de l’OMC, mais l’Arménie jouit également des droits et des possibilités au sein de cette instance et y recourra en cas de nécessité. Ce n’est pas en s’isolant et en construisant des murailles, qu’on doit lutter contre « l’expansion », mais en construisant un « Etat contemporain et juste ». « N’ayant que deux accès au monde extérieur, nous ne sauront bâtir ni une telle société, ni un tel Etat. Les monopoles économiques sont, selon lui, le résultat de la fermeture de la frontière, la libéralisation du marché commence là où s’ouvrent les frontières.
Conditions préalables-
A la question sur l’existence de conditions préalables, le Président a répondu par une question : « Vous avez vu une condition préalable lorsque les documents ont été publiés ? Ceci est le résultat d’un compromis. Je ne vois pas dans les protocoles de conditions préalables ». Même si ces documents portaient sur la capitulation de la Turquie, il y aurait nécessairement des commentaires. A ce stade, l’on a pu obtenir un document qui est le maximum de « nos possibilités ».
Création d’une sous-commission d’historiens-
Le chef de l’Etat a déclaré que la question du génocide ne saurait être remise en doute. « C’est tout simplement impossible. Aucune personne saine d’esprit ne peut oublier le génocide », a-t-il souligné, ajoutant « cette commission sera créée sur la base des principes de parité, où chaque partie peut mettre ses arguments en avant ». Mais il précise alors qu’il est « très conscient que nous sommes entrés dans un processus compliqué. Je comprends clairement que tout processus politique a son prix et je suis prêt à payer ce prix. Ainsi ce sera clair », a-t-il conclu. A la question de savoir si l’existence de cette commission ne mettra pas en danger le processus de reconnaissance du génocide, le chef de l’Etat a répondu : « il est évident que si ce processus [de reconnaissance du génocide] ralentit ou est suspendu, ce ne sera pas notre faute, mais celle des gens qui veulent utiliser l’initiative comme une excuse pour ne pas s’y intéresser ». D’autre part, selon le Président, la normalisation des relations, et le ralentissement du processus de reconnaissance du génocide commenceront à encourager grandement un débat sur ce problème en Turquie même. « Laquelle des hypothèses est plus importante pour nous, la reconnaissance du génocide par un autre pays, ou le déclenchement de processus internes sérieux au sein de la Turquie ? », se demande le chef de l’Etat.
Traité de Kars-
Serge Sarkissian a également commenté un autre point des protocoles, qui stipule la reconnaissance explicite de leur frontière commune par l’Arménie et la Turquie et rappelle que « l’Union soviétique a reconnu le traité de Kars à cinq reprises, et quand nous avons rejoint la Communauté des États indépendants [en 1991] ... nous nous sommes engagés à respecter tous les accords signés par l’Union soviétique », a-t-il déclaré. Il a également insisté sur le fait que le protocole n’oblige pas Erevan à reconnaître le document de 1921.
Conflit du Karabagh-
« Le conflit du HK doit être également résolu : il n’y a pas de doute », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il doit être réglé en fonction de la position que la partie arménienne a défendue depuis 10 ans. « Si nous ne voyons pas de solution [acceptable pour l’Arménie] rien ne peut nous forcer à l’accepter. Dans ce cas, la nation entière devrait montrer que nous sommes prêts à combattre et à faire la guerre ».
Enfin, soulevant la question de la pression extérieure qui aurait poussé l’Arménie à négocier avec la Turquie, le chef de l’État a indiqué que personne n’a obligé l’Arménie à établir des relations avec la Turquie, et si les organisations internationales ont fait des déclarations concernant la normalisation des relations, selon le président, celles-ci peuvent être perçues comme un conseil, et comme une offre à laquelle on répond. « Nul ne m’a obligé à inviter le Président de la Turquie à se rendre en Arménie », a-t-il déclaré.
L’ensemble de la presse reproduit la déclaration du Conseil suprême spirituel à l’issue d’une réunion, qui salue le processus d’établissement des relations diplomatiques et la normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie sans conditions préalables et évalue positivement des débats entamés en ce sens. Le Conseil suprême spirituel estime toutefois tout à fait normales les préoccupations en Arménie, au HK et dans la Diaspora et réaffirme que le génocide arménien est un fait indéniable, tout comme l’indépendance du HK et le droit de son peuple à l’autodétermination. Le peuple et les autorités arméniennes ne renonceront jamais à la défense des leurs droits nationaux.
Rédaction : Merie Hakobian
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