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TURQUIE
Turquie : Une association lance une campagne pour se confronter à l’histoire officielle

mercredi11 février 2009, par Stéphane/armenews


« Seuls les pays qui se sont confrontés à leur passé ont été capables de réaliser leur processus de démocratisation. Une société qui veut se confronter à son passé doit mettre en doute ses héros et ses valeurs sacrées » a déclaré Aytekin Yilmaz, le coordonnateur général de l’Association pour se Confronter au Passé et Faire des Recherches sur les Événements Sociaux (Toplumsal Olaylari Arastirma ve Yüzlesme Dernegi).

L’association a été créée avec l’appui de militants des droits de l’homme et l’association des « Jeunes Civils », un groupe de la société civile connu pour son utilisation de sarcasme dans les manifestations.

L’association est composée de beaucoup d’intellectuels en vue, dont Ayse Hur, Tanil Bora, Mithan Sancar, Etyen Mahçupyan et Mesut Yigen.

L’association, dont la devise est « Ceux qui ne comprennent pas l’histoire sont condamnés à la répéter » croit que si les gangs des premiers jours de la république avaient été reconnues coupables, la Turquie d’aujourd’hui ne serait probablement pas en train en butte avec la question du gang Ergenekon, une organisation terroriste nichée dans les organes de l’Etat et accusé de comploter pour renverser le gouvernement.

Selon Aytekin Yilmaz, l’enquête Ergenekon est un pas important vars la confrontation au passé.

« Une société qui n’est pas capable de contrôler ses militaires est une société condamnée. Les militaires ont été un élément fondateur partout dans l’histoire des Turcs, dont la république. L’enquête Ergenekon l’a mis en valeur. Si l’enquête continue plus à l’Est que Sivas, la voie vers une confrontation avec le passé sera ouverte » dit-il.

Il pense que le thème commun entre les suspects d’Ergenekon - leur opposition avec les valeurs de l’Union européenne - appellent à se souvenir d’un événement dans l’histoire connue comme Vaka-i Hayriye (l’incident propice), qui a aboutit à l’abolition de l’armée Janissaire de l’Empire d’Ottomane.

« Le sultan ottoman Selim III a voulu changer de la structure de l’armée et la remettre dans l’alignement des valeurs de l’Ouest. Cela n’a pas été couronné de succès. Vingt ans après lui, Mahmud II a été capable de le faire. Ce fût un événement sanglant. Bien sûr, comme association qui est contre toutes sortes de violence, nous ne nous considérons pas comme un évènement sanglant. Mais si l’enquête Ergenekon se développe jusqu’à dévoiler ce qui est vraiment arrivé dans les secteurs peuplés de Kurdes, cela pourrait être de nouveau Vaka-i Hayriye ».

Selon Aytekin Yilmaz l’Etat turc ne veut pas se confronter au passé parce qu’il n’est pas prêt à demander pardon et que la société n’exige pas une telle confrontation.

« Le fardeau du passé est extrêmement lourd et nous ne pouvons pas parler du courage de la société pour l’endosser mais tout de même, nous ne pensons pas que nous exigeons trop. Nous aspirons à mettre en doute l’histoire officielle » a souligné Aytekin Yilmaz ajoutant que c’est la raison de leur campagne appelée « la République Officieuse » en partenariat avec l’Association des Droits de l’homme et de Solidarité pour les Peuples Opprimés (MAZLUM-DER).

Selon eux, depuis le début, la république turque a deux visages : L’un d’entre eux renvoyait à l’idéologie officielle qui explique que les citoyens sont tous nés turcs et l’autre à une république officieuse composée de gens qui ont été exclus de la république officielle - les adversaires politiques, les Kurdes, les religieux, les Alévis et les minorités.

En tant que République Officieuse, l’association organisera quelques événements pendant l’année, le premièr étant une enquête sur cinq intellectuels turcs victimes d’exécutions sommaires.

« Bien que nous les appelions des assassinats par des criminels inconnus, la vérité est qu’ils ont été tués par les forces « profondes » » affirme Aytekin Yilmaz. Les cinq intellectuels dont les assassinats seront discutés sont Mustafa Suphi, un communiste turc qui a été tué avec 15 de ses amis en 1920 ; Ali Sukrü, un député et chef de l’opposition à Mustafa Kemal Atatürk, qui a été tué par le garde du corps d’Atatürk ; Sabahattin Ali, un romancier qui a été tué à cause de ses opinions politiques ; Musa Anter, un poète kurde tué par le JITEM ( service de renseignement de la gendarmerie) et le journaliste -arménien Hrant Dink, qui a été assassiné il y a deux ans.

« La république officielle continue à manipuler la société et d’essayer de faire croire à son histoire officielle. Les sociétés qui ne sont pas capables de discuter de leurs héros et de leurs valeurs sacrées ne peuvent pas se confronter et se réconcilier avec leur passé ; nous devons penser à nos héros » a dit Aytekin Yilmaz.

Pour atteindre ce but, l’association a lancé autre campagne d’excuse et de prix. Les chercheurs examineront quelques noms de l’histoire et les réévalueront, par exemple, Mahmut Esat Bozkurt, un des premiers ministres de la Justice et Hüseyin Avni Ulas, qui a été un adversaire de Mustafa Kemal Atatürk.

« Le barreau d’Istanbul accorde des prix au nom de Bozkurt. On donne son nom à des rues dans beaucoup de villes ; il est très respecté. Rappelez-vous ce qu’il a dit « Tout dans ce pays appartient aux Turcs et les autres peuples dans ce pays ont seulement une liberté celle d’être les esclaves des Turcs ».

Par exemple, Hüseyin Avni Ulas, qui a été accusé par une cour d’être impliqué dans un attentat contre Atatürk en 1926 et plus tard a été acquitté, était en réalité un député qui s’est opposé à chaque décision non démocratique dont les Istiklal Mahkemeleri [les cours d’Indépendance] » a précisé Aytekin Yilmaz. Les Istiklal Mahkemeleri étaient des cours puissantes établies dans les premiers jours de la république pour juger les adversaires du régime républicain.

Aytekin Yilmaz souligne qu’en faisant des recherches sur l’histoire officieuse de la république, on ne manque pas de sources. « En réalité il y a un manque de recherche dans l’histoire officieuse de la république. Les mêmes sources de l’histoire officielle peuvent être employées, aussi. Cela dépend comment vous les lisez » dit-il.

Mais Aytekin Yilmaz ajoute que les établissements qui font des recherches sur l’histoire doivent être indépendants et c’est pourquoi ils commenceront bientôt une campagne pour la suppression de l’Institut d’Histoire Turque (TTK).

Il précise toutefois que des désaccords sur la date de début de la confrontation au passé existent, doivent-ils commencer par les premiers ou les événements les plus récents.

« Il est possible de commencer par 1915 ou par l’assassinat de Hrant Dink. Mais il est préférable de commencer par des événements récents puisque la mémoire de société est fraîche » indique Aytekin Yilmaz.

Selon lui, l’histoire officielle de la république est militariste et la plupart des historiens officiels sont des racistes. « Il est très difficile pour des historiens officiels d’être indépendant parce qe cela signifierait qu’ils doivent se contredire ainsi que tout le travail qui a été fait jusqu’à présent ».

« Tant que la domination des militaires sur la société civile continue, il est impossible de se confronter au passé. Le rapport entre la société et les militaires est celui d’être amoureux du bourreau. Le deuxième obstacle est le manque d’indépendance des universités. Pour se confronter au passé et se réconcilier avec ce dernier, un nouveau language est nécessaire » conclu Aytekin Yilmaz.



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