Nouvelles d'ArmÈnie
PRESSE
« L’évaluation du prix diplomatique » par Reuven Rivlin

dimanche4 janvier 2009, par Stéphane/armenews


Israël, état juif, se doit de reconnaître le Génocide Arménien et la détresse des réfugiés

En changeant récemment de position et en décidant que la reconnaissance du Génocide Arménien doit faire l’objet d’un débat parlementaire, la Knesset a retrouvé son honneur. Il y a à peu près un an, en réunion plénière, la Knesset avait repoussé une proposition de discussion de ce même génocide oublié, qui avait eu lieu pendant la Grande Guerre. Au cours de ce génocide, près du tiers du peuple arménien fut assassiné par les Turcs.

Beaucoup de ceux qui s’opposaient alors à cette proposition, principalement et d’abord les représentants du Ministre des Affaires Etrangères, invoquaient pour s’expliquer le pragmatisme diplomatique : les Juifs ne devraient pas s’engager dans une question aussi sensible opposant Turcs et Arméniens, apparue il y a presque cent ans, sous peine de provoquer des tensions dans les relations d’Israël avec la Turquie et de nuire à ses intérêts.

Le Ministre des Affaires Etrangères maintient cette position aujourd’hui, continuant à soutenir que les relations avec la Turquie pourraient souffrir d’un tel débat.

Il ne fait pas de doute que les affaires étrangères doivent être conduites de façon réfléchie et prudente pour consolider et promouvoir les intérêts d’Israël. Certes, les relations diplomatiques exigent parfois d’un état qu’il écarte ou aménage les principes qui pourraient lui faire plus de tort que de bien.

Mais où est la limite ? Telle est la question. L’état d’Israël peut-il abandonner le fondement moral de son existence, celui qui le pousse à dénoncer tout acte de génocide ? L’état d’Israël, en vertu de ses liens vitaux ou de ses rapports avec un état allié - peut-il s’associer à la négation du génocide ?

Israël ne peut s’affranchir de sa responsabilité morale

La nation juive a produit le mouvement national- sioniste, qui est loin d’être une référence morale pour les derniers siècles. Comment pouvons-nous, nous, membres de cette nation, oublier les catastrophes qui sont arrivées, et arrivent encore, aux autres ?

L’état d’Israël est un rappel permanent du « tu n’oublieras point ».

Le terrible holocauste que nous avons subi a gravé dans notre identité - au-delà de la tragédie nationale - de la sympathie, de la sensibilité et de la réprobation pour les désastres touchant d’autres peuples, même si cela a un certain prix diplomatique ou provoque un embarras national.

En ce qui concerne l’holocauste arménien, la discussion sur la reconnaissance du génocide à la Knesset tient plus d’une expression de sympathie et de solidarité pour la tragédie ethnique qu’elle ne comporte d’accusation. Il n’est pas dans les intentions de la Knesset de condamner la Turquie moderne, mais d’agir en tant que Juifs exposés au jugement de l’histoire. Nous ne pouvons pas, au nom de la sagesse politique ou diplomatique, passer outre ces valeurs humaines fondamentales qui touchent aux racines de notre tragique existence.

Ce principe était au centre de la première décision de Menahem Begin comme premier ministre : il accueillit en 1977 des centaines de réfugiés vietnamiens fuyant le bain de sang de leur pays, et leur fournit un logement. Begin, à cette époque, plaça les questions humaines au-dessus de toute conséquence diplomatique que cette décision avait inévitablement eue.

Aujourd’hui nous sommes en face du même difficile dilemme concernant les réfugiés du Soudan, à notre frontière au sud, alors que sont en jeu non pas des considérations politiques ou diplomatiques mais de graves questions sociales ou de sécurité. Sur la question soudanaise aussi, je pense que l’état d’Israël a une obligation juive, morale et humaine de faire partie des forces régionales et internationales qui fourniront un abri à ces réfugiés jusqu’à ce qu’ils puissent retourner dans leur patrie.

Si nous nous éludons le devoir de porter ce message juif, éthique et instructif, nous ne serons plus fondés à demander au monde qu’il reconnaisse notre propre holocauste. Ceux qui nient la tragédie de l’une des nations du monde auront éventuellement à faire face à la négation de leur propre tragédie par le monde. génocide.

Ynetnews - Israel

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3526244,00.html

* Reuven (Roubi) Rivlin est né le 9 septembre 1939. Il a été Président de la 16ème Knesset de 2003 à 2006. Il reste député du Likoud.

Traduction Gilbert Béguian



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