
Beaucoup a été dit sur les Arméniens qui ont laissé leurs maisons en 1915, mais rien n’a été dit sur ceux qui sont restés. C’est cet aspect souvent laissé de côté que le cinéaste et journaliste Mehmet Binay aborde dans un nouveau film « le Chuchotement des mémoires ».
« Aujourd’hui, nous avons besoin de prouver que nous nous soucions de notre passé et nous sommes prêts à avouer [nos] erreurs, indépendamment de la raison géopolitique qu’il y a pu avoir. Je pense que le tournage est une grande façon de se réconcilier avec les arméniens, qui sont une partie importante de notre passé impérial » a déclaré Mehmet Binay dans une interview au Turkish Daily News. Il a ajouté que les résultats des événements de 1915 ont été qu’une majorité d’arméniens d’Anatolie a été extirpée de leur patrie d’origine. « Un significatif élément culturel, social et économique de notre société a été enlevé de la mosaïque de la Turquie que nous contunuons de mentionner comme la forteresse de notre culture et identité pendant les siècles. 1915 était un épouvantable désastre humain causant des déséquilibres économiques, sociaux et politiques en Turquie orientale, tandis que ses effets dominent toujours nos problèmes actuellement ».
Mehmet Binay vient d’une famille qui a migré en Turquie en provenance des Balkans. En raison des histoires des migrations dans son passé et une fascination pour la richesse de l’histoire et des mystères de la Turquie orientale, Mehmet Binay a beaucoup voyagé en Anatolie orientale. « Son authenticité, complexité et la douleur dans les yeux du peuple ont été saisissants pour moi tandis que je faisais un voyage photographique le long du pipeline Baku-Tbilisi-Ceyhan, que j’ai largement suivi depuis les années 1990 » a déclaré le cinéaste.

C’est pendant ce voyage qu’il a rencontré par hasard des pierres tombales antiques placées dans beaucoup d’endroits dans le village de Geben dans les Montagnes de la chaine du Taurus dans la province de Kahramanmaras. « [Ils] m’avaient frappé avec leur origine inconnue et la taille extra-fine de certains d’entre eux se levant contre le temps » déclare Mehmet Binay. « Le chuchotement des Mémoires » est né suite aux visites par le cinéaste dans le bourg de Geben, où les jeunes du village ont montré un désir d’apprendre leur histoire locale grâce à des recherches et où il a rencontré par hasard des arméniens qui avaient l’habitude de vivre dans ce secteur de façon majoritaire jusqu’en 1915.
« Quelques-uns des témoins de cette zonr et membres du Projet d’Histoire Oral disaient que certaines personnes dans ce village sont les descendants d’arméniens convertis qui ou bien silencieusement ou bien par la force sont devenus des musulmans pour éviter la déportation en 1915 » déclare Mehmet Binay.
« Le chuchotement des Mémoires » apporte un regard frais sur les faits, a écrit Amberin Zaman, journaliste à Taraf.
« Mon instinct de journalistique m’a dit de me tenir à distance des conversations sur l’histoire rurale en employant la caméra comme un observateur seulement » déclare le cinéaste, qui a décidé de ne pas mener des interviews mais juste d’écouter les conversations pour conserver toute objectivité. Le producteur du documentaire et le conseiller, Caner Alper, a ensuite aidé à établir des liaisons fortes en matière cinématographiques entre les conversations et l’équipe des cinéastes en intégrant un mariage de trois jours dans l’histoire visuelle et s’en servant comme un leitmotiv tout le long du film.
Mehmet Binay dit qu’il croit que l’honnêteté et la neutralité sont les forteresses de son documentaire « le Chuchotement des Mémoires ». « Nous sommes capables de comprendre des liaisons économiques et sociales entre les arméniens et les turcs avant 1915 lors des conversations sincères entre les anciens du village et les jeunes » dit-t-il. Il croit que le mariage, on raconte l’histoire dans le film, aide des spectateurs à comprendre que l’histoire des « Convertits » comme le mariage sont une façon parfaite de mélanger les cultures différentes, les appartenances ethniques et les religions.
« Encore maintenant les mémoires restent et demeurent vivantes au travers des générations si elles ne sont pas condamnées ou discriminées juste à cause de leurs différences. C’est exactement comment ce petit village dans les montagnes du Taurus a été capable de développer une société libérale, ouverte et paisible sans être trop polarisé au cours du 20ème siècle. Geben est un exemple parfait de comment différentes racines et cultures peuvent vivre paisiblement ensemble ou côte à côte même aujourd’hui » a ajouté Mehmet Binay.
Le tournage du documentaire « Le chuchotement des Mémoires » a duré plus de deux ans. Le mariage a été filmé en 2006, tandis que les conversations sur l’histoire rurale ont été filmées en 2007. Cela a pris à Mehmet Binay et aux jeunes du village beaucoup d’effort et temps pour convaincre les gens de parler de ces temps d’une façon ouverte et franche. Réaliser le film en deux ans a eu aussi quelques inconvénients et difficultés. « Les jeunes du village conduisant les conversations d’histoires orales étaient présents au mariage il y a un an mais ils avaient grandi ou avaient changé, donc nous avons eu besoin de nous assurer que l’auditoire n’était pas dérangé par ces changements visuels. Le processus entier de tournage a exigé beaucoup de planification quant au temps et à l’éclairage donc nous avons dû adapter les différents segments dans un flux naturel » a tenu à préciser Mehmet Binay.
Le documentaire a été diffusé sur la chaine CNN-Türk le 27 juin 2008, avant sa diffusion au Festival du cinéma arménien l’Abricot D’or. Auparavant les auteurs du documentaire ont fondé un blog, un site web et un groupe sur le site Facebook. Mehmet Binay indique que les téléspectateurs en Turquie ont été généralement impressionnés par l’objectivité et le flux lyrique de la narration. « J’ai reçu des réactions d’historiens turcs appréciant notre travail le qualifiant d’honnête et d’ouvert à propos de 1915 » dit-il ajoutNT « je pense aussi que les documentaires sont une façon populaire et réussie de transmettre des faits et des figures de notre histoire au grand public ».
Le film a été diffusé deux fois à Yerevan attirant l’attention et les spectateurs et débouchant sur une longue série de questions et de réponses au cours desquelles on a demandé à Mehmet Binay s’il avait eu peur de filmer un tel documentaire en Turquie. « Ils m’ont aussi demandé pourquoi j’ai filmé ce documentaire en tant que cinéaste non arménien ou n’ayant pas des racines orientales. Les arméniens ne connaissent pas aujourd’hui la Turquie moderne en dehors du fait que des intellectuels comme Hrant Dink peuvent être tués par des ultra-nationalistes simplement en parlant de l’identité turque et en voulant faire accepter 1915 comme un génocide. Ils ne s’attendent pas à ce que des cinéastes turcs fassent des films justes et objectifs ou des documentaires consacrés à 1915 » affirme Mehmet Binay. Il a précisé « le Chuchotement des Mémoires » a impressionné les spectateurs arméniens à Yerevan en fournissant un examen objectif des événements historiques.
« Aussi certaines personnes dans l’auditoire [à Yerevan] ont parlé des mémoires de leur propre grands-mères converties et d’autres membres de leur famille. Ils sont devenus très nostalgiques à certains moments mais ils ont aussi beaucoup ri pendant quelques-unes des scènes de la noce » a conclu Mehmet Binay.
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