Nouvelles d'ArmÈnie
SUEDE
Le Parlement suédois n’adopte pas une résolution sur le génocide

samedi14 juin 2008, par Stéphane/armenews


Le 12 juin 2008, le Parlement suédois, par un vote de 245 contre et 37 pour (1 abstention, 66 absents) a rejeté la résolution appelant à reconnaître le génocide de 1915 dans l’Empire Ottoman.

Le parlement suédois a ainsi suivi le rapport de la Commission des Affaires étrangères publié le 29 Mai 2008 qui indiquait les éléments suivants : « Aucun examen particulier en ce qui concerne la situation arménienne n’a jamais été avalisé sous la forme d’une résolution de l’ONU, ni en 1985 ou en aucune autre occasion. » « La commission comprend que ce qui a englouti les Arméniens, Assyriens, Syriens et Chaldéens durant le règne de l’Empire Ottoman aurait, selon la Convention de 1948, probablement été considéré comme un génocide, si elle avait été au pouvoir à cette époque. » « Il réside un désaccord entre les experts en regard du cours des différents événements qui virent la dissolution de l’Empire Ottoman. Il en va de même pour les causes sous-jacentes et comment les agressions seront classifiées. » La commission concluant de « la nécessité de poursuivre les recherches ».

Vahagn Avedian, Président de l’Union des Associations arméniennes en Suède, a déclaré à nos confrères de PanARMENIAN.Net qu’il avait adressé une lettre ouverte aux députés suédois pour pointant du doigt les principaux défauts de leurs argumentaires, mentionnant que les membres de la commission des Affaires Etrangères sont ou bien mal informés sur les données existantes, les conventions et les résolutions ou méconnaissent simplement d’importantes sources dl’informations qui contredisent leurs affirmations.

Le rapport Whitaker de l’UNCHR de 1985, les résolutions publiées par l’Association Internationale des Chercheurs sur les Génocides (IAGS), la Convention de l’ONU sur le Génocide, sa création et sa signification, avec la pétition signée par plus de 60 spécialistes de l’Holocauste et des Génocides étaient pourtant des documents apportés pour contrer la propagande négationniste turque. Mais le débat du 11 juin a prouvé que la décision n’avait aucun rapport avec les faits présentés.

Plus du débat a avancé, plus il s’est révélé qu’aucun député ne pouvait expliquer ou du moins défendre les arguments avancés pour éviter une reconnaissance. Pendant le débat, le député Hans Linde (Gauche) a demandé une réponse de répondre à trois questions simples et franches, à savoir :

1) Qui sont ces chercheurs ne sont pas d’accord sur la réalité du génocide de 1915 ?

2) Si le génocide de 1915 ne peut pas être reconnu à cause de la non rétroactivité de la Convention da l’ONU de 1948, comment alors l’Holocauste est-il reconnu ?

3) Pourquoi doit-on accepter que des extrémistes à l’intérieur de la Turquie dictent leur loi au Parlement Suédois ?

Aucun de ceux qui refusent de reconnaître le génocide des Arméniens n’a été en mesure de donner une réponse.

Alf Svensson (Démocrates Chrétiens), en ce qui concerne « le désaccord parmi les chercheurs » a demandé qu’on lui nomme seulement un chercheur sérieux qui refuse le terme de génocide. Il a défendu la proposition en déclarant qu’il « croit en information reçue par les Services diplomatiques ... je crois que c’est la vérité ».

Mats Pertoft (Vert), l’un des coauteurs de la résolution a déclaré qu’il n’y avait pas de différence entre la question du génocide de 1915 et celle du climat : « Il y a des années il y avait un désaccord parmi des chercheurs quant au réchauffement climatique mais maintenant, bien qu’il y ait encore quelques-uns qui ne sont toujours pas d’accord, il y a un consensus sur la question parmi une majorité écrasante des chercheurs. Cela s’applique au génocide de 1915 ». En mentionnant la pétition signée par des experts sur les génocides, Mats Pertoft a rejoint Hans Linde dans une ultime demande aux députés d’au moins ne pas nier l’histoire au nom de la science mais de refuser la reconnaissance sur une base politique.

La veille les 2 députés Hans Linde et Mats Pertoft, avaient participé à un débat retransmis par la chaîne de télévision Assyrienne Suroyo. La chaîne de télévision avait invité plusieurs autres députés représentant le côté du "Non" mais en vain. Personne n’a désiré participer.

Un débat à la radio sur le sujet prévu initilement le 11 juin au matin a aussi été annulé puisque le député défendant la proposition de la commission des Affaires étrangères avait reculé à la dernière seconde.

Deux politiciens ont défié leurs partis. Yilmaz Kerimo (Social Démocratel), d’origine assyrienne et Lennart Sacrédeus (Chrétien Démocrate). Le second a même pris la parole défendant une reconnaissance du génocide de 1915 et a fini sa déclaration en ajoutant : « je sais que nous pourrions rester ici un an à débattre de la même question ... mais la vérité nous rendra libre et cela s’appliquera à la Turquie et au legs après Atatürk ».

Le débat a duré plus de trois heures, pendant lesquelles l’auditoire présent n’est ressorti qu’avec qu’une certitude : personne parmi ceux qui ont recommandé le rejet de la reconnaissance n’a pu expliquer ou du mois défendre leur position. Il a été vite évident qu’il n’y avait simplement aucun argument valable expliquant pourquoi la Suède ne pouvait pas reconnaître le génocide de 1915. Le "Non" était purement et simplement qu’une décision politique pour maintenir de bonnes relations avec la Turquie, rien d’autre.

« L’expression : « l’histoire doit être laissée aux historiens » est souvent employé par l’état Turc et ces politiciens dans le monde entier pour éviter une reconnaissance du génocide de 1915. Je n’ai pas compris jusqu’à aujourd’hui la vérité dans cette expression. En réalité, je suis totalement d’accord avec l’état Turc sur celle-ci : l’histoire doit être écrite par des historiens, pas des politiciens. Aujourd’hui, cependant, des députés suédois ont écrit leur propre nouvelle version de l’histoire, une alternative révisée convenant à leur ordre du jour politique, dénonçant d’importantes données et un consensus réalisé parmi les experts de ce domaine. J’espère que les leaders suédois, aussi bien que tous les chefs politiques, dans l’avenir laisseront la recherche aux chercheurs et baseront leur processus décisionnel sur des faits présentés et avancés par des savants. (...)Nous continuerons à nous rappeler le génocide de 1915, même après sa reconnaissance. Nous avons déjà commencé la préparation de la manifestation du 24 avril 2009, qui, comme ces deux dernières années, aura lieu devant le Parlement Suédois. Mais, j’espère que cette fois, au lieu d’appeler le Parlement à reconnaître le génocide, nous remercierons les députés pour l’avoir reconnu » a déclaré Vahagn Avedian.

Le parlement de Suède avait en 29 mars 2000 dans un rapport parlé des évènements de 1915 sous la qualification de génocide. Dans son rapport annuel de 2002 la Commission des Affaires étrangères du Parlement suédois portant sur la situation des droits de l’Homme dans le monde avait indiqué « lors de la discussion de la résolution U651 de 1999/2000, avait évoqué une décision de l’ONU de 1985 considérant que les Arméniens avaient subi un génocide sous l’Empire ottoman au début du siècle. Il s’est avéré par la suite que, ni en 1985, ni à aucune autre date, il n’y avait eu une telle décision de l’ONU relative au cas des Arméniens. Il en est de même pour les Syriaques/Assyriens et Chaldéens.. ».

La Commission des Affaires étrangères a aussi observé « qu’aucune opinion suédoise n’a été officiellement formulée pour affirmer que les événements survenus à l’époque de l’Empire ottoman constituent un génocide... » affirmant toutefois que « le droit international moderne considère que le génocide est un crime qui implique des responsabilités, qu’un Etat adhère ou non aux conventions concernées. Le génocide est notamment défini par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Selon la Commission des Affaires étrangères, si la Convention des Nations Unies de 1948 avait été en vigueur à l’époque de l’Empire ottoman, il est probable que les événements endurés par les Arméniens, les Syriaques/Assyriens et les Chaldéens auraient été considérés comme un génocide.. ».

La Commission des Affaires étrangères avait alors estimé « important que les massacres subis par les Arméniens, Syriaques/Assyriens et Chaldéens soient ouvertement débattus. Pour cela, il est nécessaire d’agir en transparence et de mener, sans condition, des recherches historiques. Comme tous les autres gouvernements, le gouvernement turc a la responsabilité d’encourager et de faciliter ces recherches en ouvrant aux chercheurs ses archives.. ».


Photos : Les députés ayant déposé le projet de résolution visant à la reconnaissance du génocide des Arméniens



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