Nouvelles d'Armenie    
Commémoration à Sarcelles
Discours de François Pupponi - Député Maire


Chaque année au mois d’avril, nous sommes nombreux aux côtés de la communauté arménienne pour nous associer à la mémoire des victimes du génocide de 1915, mais pour rappeler également notre volonté de ne voir jamais ce crime contre l’humanité tomber dans les oubliettes de l’Histoire. Etre Arménien, ou descendant d’Arménien, en France, à Sarcelles et ou dans ses environs, cela veut dire appartenir à une communauté dont la riche culture est une source de fierté ; mais c’est aussi être l’héritier d’une blessure qui ne se fermera que lorsque la justice aura été rendue aux victimes. Pourtant dès 1918, le président américain Theodore Roosevelt déclarait : « Le massacre des Arméniens a été le plus grave crime de guerre, et l’incapacité d’agir contre la Turquie revient à tolérer ce massacre ... l’incapacité de mettre radicalement un terme à l’horreur turque signifie que tous les discours visant à garantir la paix dans le monde à l’avenir ne sont que sottises malveillantes. » Pouvait-il imaginer que presque un siècle plus tard, alors qu’on estime que plus d’un million et demi d’Arméniens ont été exilés ou tués par l’Empire ottoman, leurs enfants seraient toujours à la recherche d’une reconnaissance officielle du génocide ? Ce déni, orchestré depuis 1915 jusqu’à aujourd’hui par l’Etat turc a trop longtemps été relayé par le silence gêné de nombreuses nations. Les rescapés de 1915 ont d’abord du fuir, puis se reconstruire et réapprendre à vivre, souvent dans un autre pays. Dans un premier temps, la transmission de la mémoire du génocide s’est parfois faite de parent à enfant. C’est seulement vers les années soixante que les enfants de la diaspora arménienne ont exigé que le génocide soit reconnu par nos consciences endormies. Quant à l’Europe, il lui reste encore du chemin à parcourir ; car si en 1987, le Parlement européen adoptait enfin une résolution qui qualifiait les événements de 1915 de génocide, elle refusait, en revanche, de pointer la Turquie actuelle du doigt en la désignant officiellement comme responsable. Il aura fallu que l’Arménie accède à l’indépendance en 1995, et que la Turquie frappe à la porte de l’Europe, pour qu’enfin les commémorations se multiplient. Le génocide arménien touche 1’humanité dans son ensemble et sa négation est une question en suspens posée à tous les défenseurs de la liberté, en France et dans le monde. Car si peu à peu, beaucoup des pays viennent à qualifier les événements de 1915 comme crime contre 1 ’humanité, la reconnaissance officielle et unilatérale se fait encore attendre. D’autant que l’Etat turc veille à ce que le mensonge perdure à coup de désinformation et de répression. Faut-il rappeler qu’en Turquie, le simple fait d’évoquer ce génocide est encore considéré comme un délit, voire un crime. Pourtant, la voix de certains intellectuels turcs s’élèvent aussi pour dénoncer le négationnisme dont est victime le peuple arménien. Qu’il s’agisse d’Ohan Pamuk, prix Nobel de littérature, obligé de fuir à l’étranger, pour avoir déclaré en 2005 : « Sur cette terre, un million d’Arméniens, 30 000 Kurdes ont été tués. » ou Hrant Dink, journaliste d’origine arménienne assassiné en pleine rue en 2007, la défense du génocide arménien se paie encore très cher à Ankara. Si l’on veut qu’un jour les descendants de victimes, comme les enfants des assassins puissent un jour partager l’avenir, il faudra bien dépasser ce crime en faisant le choix de reconnaître la souffrance des uns et la responsabilité des autres.

L’entrée de la Turquie dans l’Europe ne pourra se faire qu’à ce prix.

dimanche 20 avril 2008,
Arsène ©armenews.com


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