La justice allemande a condamné mercredi trois jeunes gens à de lourdes peines, entre neuf et dix ans de prison, pour l’assassinat sauvage en août d’un jeune Français, exécuté sur la seule foi d’un mensonge qui lui attribuait une liaison.
Le 21 août, Yvan Schneider, jeune homme sans histoire de 19 ans originaire d’Alsace, avait été attiré par ses assassins dans un champ près de Stuttgart (sud-ouest de l’Allemagne), puis frappé à coups de pied et de battes de baseball. Son corps avait ensuite été découpé en 14 morceaux.
Les enquêteurs ont retrouvé ses bras, ses jambes et sa tête coulés dans du ciment dans des bacs à fleurs jetés dans la rivière Neckar. Le torse a été abandonné dans une forêt.
Avec deux condamnations à 10 ans de prison, le tribunal de Stuttgart a prononcé les peines maximales qui étaient possibles.
Elles visent l’accusé principal, Deniz Eroglu, perturbé psychiquement, âgé de 18 ans au moment du crime et dont le tribunal a ordonné l’incarcération dans une institution psychiatrique, et son complice Roman Kuprev, jeune Allemand d’origine russe, 18 ans lui aussi au moment des faits.
A 16 ans, l’amie de Deniz, Sessen Kuflom, une écolière d’origine érythréenne, a été condamnée à 9 ans de prison pour avoir servi d’appât et avoir assisté à la mise à mort.
Enfin, une peine de 3 ans et trois mois de prison a été infligée à Kajetan Borys Marx, un Polono-Allemand de 23 ans qui a aidé à dépecer le corps.
Deniz a agi par jalousie : il a cru le mensonge de son amie Sessen, qui prétendait avoir une relation intime avec Yvan Schneider. Il projetait de tuer non seulement le jeune Français, mais aussi tous les anciens petits amis de la jeune fille.
Yvan Schneider entraînait une équipe locale de handball. Il préparait l’Abibac, qui combine l’Abitur allemand et le baccalauréat français.
Le mystère demeure quant aux motivations de Sessen : pourquoi l’a-t-elle attiré dans un tel guet-apens ?
La jeune fille était sous la coupe de Deniz, qui lui interdisait tout contact avec des garçons. Elle était impressionnée par Deniz, jeune chômeur paradant avec des habits neufs et une Mercedes offerte par son père. Alors qu’il était en train de tuer Yvan, Deniz aurait couru vers Sessen et lui aurait dit : "Tu peux voir maintenant à quel point je t’aime !"
Les parents de la victime ont jugé que la peine maximale prévue pour les adultes, soit la prison à perpétuité, aurait dû être appliquée à Deniz et Roman.
Mais étant donnée l’immaturité des accusés, la Cour n’a pas eu "d’autre choix" que d’user du droit pénal applicable aux jeunes, a déclaré le président du tribunal, Jürgen Hettlich.
Elevés dans des familles déchirées, les deux jeunes hommes, étaient déjà connus des services de police pour coups et blessures.
Le contexte rappelle les crimes d’honneur en pratique en Turquie, a dénoncé sur le site Weltonline la sociologue turque Necla Kelek, en déplorant que le rôle du père de Deniz n’ait pas été suffisamment souligné durant le procès : musulman convaincu, il a aidé son fils à cacher les traces du crime.
"Je remercie ceux qui ont pleuré et prié avec nous. Il n’y pas de forme pire de mépris de la personne humaine que de tuer et de profaner un corps jusqu’à l’inimaginable", a dit Pierre Schneider.
"Contre la barbarie d’un tel assassinat, le droit applicable aux jeunes est absolument insuffisant", a ajouté son épouse Fabienne, déplorant que ce verdict, trop léger selon elle, ouvre la porte à d’éventuelles récidives.
Cette affaire a bouleversé la région de Stuttgart. Dans une pétition, 15.000 personnes avaient demandé la pleine rigueur de la loi applicable aux adultes.
La famille Schneider va regagner l’Alsace : "Nous avons perdu notre bonheur ici", a dit la mère d’Yvan.
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