Nouvelles d'Armenie    
POESIE
« La lamentation des pierres » de Sylva Kapoutikian


Noires et sombres nos maisons pendant des siècles,

Tristes et pensives nos églises.

O pierres noires, O pierres noires

Pierres rongées par le deuil,

Vous étiez notre compagnie

Dans le désastre et dans le sang.

Et vous disiez tout bas ce que nos cœurs taisaient.

Seules amies au long d’un destin noir,

O croix de pierre sur les tombes,

Pierres des chapelles, pierres des temples,

Usées par les prières et les genoux des Arméniens

Pierres des cierges, noires, plus que noircies.

Dans la terre se cachaient des pierres de couleur

Pierres de joie, pierres de rire

Comme une braise de vermeil parmi la cendre

Comme l’espoir au creux des cœurs.

Pierre de pourpre et d’incarnat,

Pierres, O fleurs épanouies,

Apothéose ensevelie pendant des siècles,

O prisonnières de la terre,

Vous avez jailli du fond des cœurs anciens

Et vous resurgissez, déchirant l’ombre noire

Vous dressez nos colonnes

Vous vous changez en voûtes d’arc-en-ciel

Vous souriez, fleurs éternelles

Aux hommes et à la lumière.

Sur quelle terre existe-t-il autant de vie

Tant de couleurs et tant de joie

Enfouies dans la vieille prison des millénaires ?

J’ai foi dans l’avenir de mon peuple.

Sylva Kapoutikian, Méditation à mi-chemin, 1961, in Poésie arménienne, Anthologie des origines à nos jours, réalisée sous la direction de Rouben Melik, Paris, Les Editeurs Français Réunis, 1973 (édition épuisée *).

mercredi 20 février 2008,
Stéphane ©armenews.com


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