Nouvelles d'Armenie    
Patrick Mennucci
Le Parti Socialiste et la question arménienne
Le point de vue de Patrick Mennucci, Président du groupe socialiste à la mairie de Marseille, Vice-président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, paru dans le numéro 131 des Nouvelles d’Arménie Magazine


Pour la première fois dans l’histoire de la République, des candidats à une élection présidentielle se sont publiquement prononcés sur le génocide arménien et sa négation. Chacun sait que le texte de loi sanctionnant cette négation a été porté devant l’Assemblée nationale par le Parti Socialiste, en la personne de Christophe Masse, député de la 8e circonscription de Marseille, soutenu par Jean-Noël Guérini, président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et, bien sûr, François Hollande. Je le dis avec fierté, le Parti socialiste a fait pleinement son travail. Dans les mois qui viennent, nul doute que les sénateurs PS se mobiliseront encore autour de ce texte, pour autant que le nouveau président de la République le mette à l’ordre du jour du Sénat. Car là est la vraie question. Le nouveau gouvernement traduira-t-il en acte les déclarations du candidat Sarkozy ? Dans « Les Nouvelles d’Arménie » d’avril 2007, ce candidat déclarait en effet que la négation d’un génocide « au-delà de l’insulte faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants... porte atteinte à l’ensemble de la société ». Très juste. Christophe Masse, dans son rapport, l’avait dit bien avant lui : en luttant contre le négationnisme d’un Etat étranger sur le sol français, ce n’est pas seulement la mémoire des Arméniens qu’on protège mais l’intégrité de la République et de ses lois. Pour une fois, les socialistes et le nouveau Président sont d’accord. Si donc la négation d’un génocide porte atteinte à la société française, nul doute que le nouveau pouvoir mettra tout en oeuvre pour faire voter cette loi au Sénat. S’il ne le fait pas, si un mot d’ordre clair ne partait pas de l’Elysée vers le Palais du Luxembourg, si « la liberté de vote » des sénateurs UMP masquait en réalité la liberté de la rejeter, il faudra en tirer les conclusions qui s’imposent. A l’heure où l’on parle de « refondation », peut-on envisager un changement d’attitude du PS sur la question arménienne ? Poser cette question revient à ignorer l’histoire du socialisme. Un jour, à l’Assemblée nationale, parlant de la question arménienne, un député a déclaré : « Au nom et sous la responsabilité de l’Europe, il faut que partout le prolétariat européen prenne en main cette cause même ». C’était le 3 novembre 1896. La question arménienne faisait sa première apparition dans l’hémicycle et celui qui prononçait ces mots était Jaurès, des plumes duquel aujourd’hui tout le monde se pare. C’est son combat qu’a repris François Mitterrand en 1984, lorsqu’il reconnut la réalité du génocide arménien. C’est cet héritage qu’il revient aux socialistes de défendre aujourd’hui. Sans cette cause, le socialisme renierait un de ses plus anciens combats. Sans l’héritage de Jaurès et de Mitterrand, le parti socialiste ne serait plus ce qu’il est. La question du génocide et de sa négation est d’autant plus cruciale qu’elle touche à la politique étrangère de la France, à ses relations avec l’Arménie et la Turquie et à son positionnement en Europe. L’Arménie d’abord. Longtemps, certains d’entre nous ont regretté que la jeune république ne reprenne pas pleinement à son compte notre combat législatif, français et européen. Certes, la guerre, le blocus et sa situation économique catastrophique ne lui permettaient pas d’en faire sa priorité du moment. Pourtant, la reconnaissance du génocide de 1915 par la Turquie aurait été un facteur de stabilité dans cette région du Caucase. C’eût été un conflit en moins. Telle était l’opinion des citoyens de gauche qui, en Europe, tentaient de persuader la Turquie d’assumer sa mémoire. Aussi est-ce avec satisfaction, voire un net soulagement, que le 17 janvier 2007 à Paris, l’on a entendu le président Kotcharian déclarer que la reconnaissance du génocide par son voisin était une question de sécurité nationale, donc une priorité, tant il est vrai que ne pas reconnaître un crime que l’on a commis revient à s’autoriser à le commettre une deuxième fois. Sur la Turquie, la position du PS a toujours été claire, bien qu’on ait cherché à en déformer le sens : accepter de dialoguer avec la Turquie n’est pas l’accepter telle qu’elle est. Au contraire : c’est l’inciter, par la perspective de l’adhésion, à se réformer en profondeur, dans ses valeurs, dans son fonctionnement et dans son histoire. L’une des conditions de la poursuite des discussions étant l’ouverture de ses frontières, l’Arménie aurait directement bénéficié de cette normalisation. Enfin, et Ségolène Royal l’a souligné, discussion ne veut pas dire adhésion. Au terme d’un processus long et difficile, le peuple français tranchera en dernier ressort. Hélas, l’assassinat de Hrant Dink, l’exil volontaire d’Orhan Pamuk, l’interventionnisme éhonté de l’armée et la montée organisée de l’ultranationalisme raciste, reculent d’autant les espoirs d’un alignement de la vie politique turque sur les normes européennes. En attendant, les premières victimes de cette situation sont les citoyens turcs eux-mêmes, en particulier ceux qui vivent sans droits et sans égards dans les bidonvilles d’Istanbul ou les villages kurdes d’Anatolie. Si être socialiste, c’est défendre les victimes d’hier, c’est aussi défendre les victimes d’aujourd’hui. A l’heure où l’on prise l’identité nationale jusqu’à vouloir la réglementer par un ministère, il faut souligner que les victimes d’un Etat n’ont pas d’autre identité que leurs malheurs. Avant d’être un territoire à enfermer dans la ligne Maginot de la peur, la France est d’abord le lieu de naissance des valeurs de 1789, de liberté, d’égalité et de fraternité. Ce sont ces valeurs qui ont fait qu’aux yeux des Arméniens de l’exode, des Italiens de la famine, des Espagnols de la guerre civile, et autres déracinés du siècle, la France a été la terre de la vie et des droits de l’homme. Ce sont ces valeurs qui ont fait que ces citoyens de l’exil sont devenus la source même de sa richesse. C’est au nom de ces valeurs que les socialistes, dont je suis, considèrent que la cause arménienne n’est plus seulement la cause des Arméniens, mais celle des femmes et des hommes dont l’identité nationale se confond avec la soif de vérité, de justice et de respect de la mémoire.
samedi 30 juin 2007,
Spidermian ©armenews.com


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