Nouvelles d'ArmÈnie
GÉORGIE • Un adversaire dangereux pour Mikhaïl Saakachvili

dimanche27 mai 2007, par Stéphane/armenews


L’ancien-ministre de la Défense, Irakli Okrouachvili, jeune "faucon" de la vie politique géorgienne, limogé en 2006 sous la pression de l’administration Bush, fait un retour remarqué. Il vient d’annoncer la création d’un parti d’opposition. La dégradation de la situation socio-économique pourrait jouer en sa faveur.

Irakli Okrouachvili, ancien ministre de la Défense et principal "faucon" de la vie politique géorgienne, s’était rendu célèbre en déclarant qu’en guise de vin, les Russes buvaient des matières fécales à l’époque où la Russie avait décrété un embargo sur le vin géorgien. Voici qu’il revient sur le devant de la scène, se dressant en opposant à Mikhaïl Saakachvili, qui était récemment encore considéré comme l’ami et le protecteur d’"Irakli l’enragé".

Evincé du ministère de la Défense il y a six mois, il avait réagi à sa façon, en donnant libre cours à sa colère. Il avait alors brisé le mobilier du bureau présidentiel et dit à son "ami Micha" tout ce qu’il pensait de lui. Il avait ensuite quitté la Géorgie, en promettant de revenir. Il a tenu parole. Dans quelques jours, cet ex-ministre de 33 ans s’apprête à présenter son nouveau parti, qui devrait rassembler plusieurs "grandes personnalités de la politique géorgienne" avec lesquelles il est en discussion depuis longtemps. Sa formation ne devrait pas non plus manquer de militants, car plus la situation sociale et économique se dégrade, plus les marginaux agressifs dans son genre s’attirent des partisans. En particulier parmi les 250 000 réfugiés [Géorgiens chassés des républiques autoproclamées d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud]. On ne sait pas encore grand-chose de son futur parti, si ce n’est qu’il sera dans l’opposition. Son siège se trouve à proximité du patriarcat de l’Eglise orthodoxe géorgienne, et la présentation publique aura lieu à deux pas de Tskhinvali [capitale de l’Ossétie du Sud], à Gori, la patrie de Staline. Okrouachvili y a lui-même passé son enfance.

Les opinions politiques de l’ancien ministre ne sont un secret pour personne en Géorgie. Il a toujours prôné l’usage de la force. Il est ainsi responsable de l’"assaut" contre l’Ossétie du Sud en 2004, qui a mis dans l’impasse le règlement du conflit entre la Géorgie et l’Ossétie. Il avait également promis de célébrer le réveillon du 31 décembre 2006 à Tskhinvali, mais il n’y est pas parvenu. Très hostile à la Russie, Irakli Okrouachvili n’est pas pour autant parvenu à toujours trouver un langage commun avec l’Occident. Il a même conseillé une fois aux protecteurs occidentaux du président Saakachvili de s’occuper de leurs affaires et de ne pas fourrer leur nez dans la politique intérieure géorgienne, ce qui lui a finalement coûté cher. C’est sous la pression de l’administration Bush, mécontente de ce ministre "belliqueux et incontrôlable" qu’il aurait été limogé. Cependant, ses amis comme ses ennemis s’accordent à reconnaître qu’il aura été le seul de tout le gouvernement à ne pas avoir peur d’affronter le président, y compris en public.

Pendant ses six mois d’exil volontaire, il a vécu en Grande-Bretagne et en Ukraine, faisant de rares passages à Tbilissi. On l’a vu à la cérémonie de transfert du corps du premier président du pays, Zviad Gamsakhourdia [début mars, les restes de l’ex-président Gamsakhourdia ont été exhumés à Grozny, où il avait vécu en exil. Ils ont été solennellement portés en terre géorgienne le 1er avril]. C’est à cette occasion qu’il a rencontré Saakachvili pour la dernière fois. Celui-ci lui aurait alors proposé le poste de Premier ministre, qu’il aurait refusé. Il n’a toujours pas expliqué ce qui les avait si violemment opposés. Selon une des rumeurs en vogue, il se serait vexé qu’on lui interdise de présenter sa candidature à la présidentielle. Selon une autre, les deux amis joueraient simplement la comédie de la brouille, Okrouachvili devant prendre la tête d’une opposition aux ordres. D’après certaines sources, le "parti d’Irakli" serait financé par le principal oligarque géorgien, Badri Patarkatsichvili, ami du milliardaire russe exilé Boris Berezovski. Okrouachvili l’a rencontré à plusieurs reprises à Londres.

Le "retour du ministre prodigue" à Tbilissi était redouté par le pouvoir, qui avait même pris des mesures d’urgence. Certaines d’entre, comme la disparition soudaine des photos le représentant à l’exposition consacrée à la "révolution des roses" qui se déroule au Parlement, ont provoqué les sarcasmes des Géorgiens. On a appris peu après que le nouveau chef de l’opposition pourrait être poursuivi en justice pour avoir dilapidé près de 60 millions de dollars lorsqu’il dirigeait le ministère de la Défense.

Alexandre Iachvili

Izvestia



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