Nouvelles d'Armenie    
André Santini
La résurrection des Arméniens


En visite à Issy, en janvier 1997, Karékine 1er me disait : « Il faut veiller à dépasser l’image d’un peuple-musée, persécuté et massacré ; l’ère de la résurrection du peuple arménien est arrivée ». Je crois que, dix ans plus tard, du chemin a été fait. Les célébrations de l’Année de l’Arménie en France marquent, à cet égard, une véritable reconnaissance pour l’ensemble du peuple et de la communauté arméniens. Cette reconnaissance n’est pas seulement française : j’en suis également persuadé, l’Arménie progressivement fait sa place sur la scène internationale. Une quinzaine de pays ont reconnu le génocide arménien et la volonté de Sylvester Stallone de faire un film hollywoodien sur ce sujet, pour anecdotique qu’elle soit, n’en est pas moins emblématique. En France la proposition de loi visant à punir la négation du génocide arménien, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, constitue une avancée significative. Malheureusement le Sénat ne l’a pas adoptée avant les élections, ce que je regrette vivement. A quoi cela sert-il d’avoir une loi reconnaissant le génocide arménien si l’on ne peut réprimer son apologie ou sa négation ? Nous avons malheureusement vu, avec l’assassinat abominable de Hrant Dink, que les opposants à cette reconnaissance étaient capables de pousser la négation jusqu’au meurtre. En sa mémoire, j’ai décidé que l’ensemble des manifestations organisées à Issy-les-Moulineaux du 1er février au 31 mars dans le cadre de l’Année de l’Arménie lui seraient dédiées. En effet, riche d’une communauté arménienne particulièrement solidaire et dynamique et de son jumelage avec Etchmiadzine, depuis 1989, Issy-les-Moulineaux se devait de témoigner sa solidarité. Comment tolérer un négationnisme capable de prendre un tel visage de haine ? En le pénalisant, il ne s’agit pas de réécrire l’Histoire ou de brider le travail des historiens. Il s’agit seulement de protéger la mémoire et la vérité contre les arrangements diplomatico-politico-économiques d’un pays qui, en l’état, n’a pas sa place dans l’Union européenne. Nous ne pouvons laisser croire aux Turcs que cette affaire est sans importance. Pour regarder l’avenir ensemble, les Turcs doivent comprendre que nous commencerons toujours par regarder d’abord en face les Français d’origine arménienne. Les historiens remettent-ils en cause la pénalisation de la négation de la Shoah ? Y a-t-il deux poids, deux mesures ? Le génocide arménien est pourtant comparable : plus de 1 500 000 Arméniens, soit les deux tiers de la population arménienne en Turquie, ont été tués en l’espace d’un an et demi, entre avril 1915 et la fin de l’année 1916. Cela correspond au massacre d’une famille de cinq personnes toutes les trois minutes ! La Turquie ne pourra pas continuer de nier longtemps l’évidence, si elle ne veut pas courir le risque de se disqualifier définitivement dans la course à l’adhésion à l’Union européenne. Une lueur d’espoir est cependant apparue : l’assassinat de Hrant Dink, reconnu pour ses positions modérées et éclairées, a bouleversé des millions d’Arméniens, mais aussi de Turcs ; ses obsèques ont ainsi rassemblé de manière inédite plus de 100.000 personnes, dont de nombreuses personnalités arméniennes, côte-à-côte avec les Turcs, scandant ensemble « nous sommes tous des Arméniens ». Un événement impensable quelques jours plus tôt, dans un pays où le mot « arménien » est une insulte. Peut-être que ce que Hrant Dink n’a pas pu faire de son vivant, il l’aura fait avec sa mort.
samedi 31 mars 2007,
Spidermian ©armenews.com


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