Nouvelles d'ArmÈnie
GENOCIDE
L’enquête conjointe Halacoglu-Sarafian rendue impossible par la partie turque

vendredi16 mars 2007, par Stéphane/armenews


Dans un éditorial publié mercredi 14 mars 2007 dans le quotidien turc « Turkish Daily News » le chroniqueur Mehmet Ali Birand revient sur l’échec d’une enquête conjointe proposée par Yusuf Halacoglu directeur de l’Institut d’Histoire Turc à Ara Sarafian chercheur à l’Institut Gomidas à Londres sur la « thèse d’un génocide arménien ». Ce dernier avait accepté et proposé la région d’Harpout comme lieu d’étude.

Mehmet Ali Birand rappelle que Yusuf Halacoglu avait organisé une conférence de presse 9 mars dans laquelle il avait affirmé que l’étude conjointe ne se ferait pas en présentant un article du journal Agos en date du 2 mars indiquant que la diaspora arménienne était furieuse de l’acceptation d’Ara Sarafian et concluant que le chercheur arménien avait dû annuler son projet suite aux pressions de cette dernière.

Or Mehmet Ali Birand affirme que la lecture d’un article de Fatih Altayli publié par le quotidien « Sabah » le 13 mars 2007 infirme les propos de Yusuf Halacoglu : « Il apparaît que Halacoglu a refusé d’ouvrir les archives sans limites et a objecté contre la présence de certains documents. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si vous n’alliez pas montrer les documents, pourquoi demandez-vous une réunion ? Pourquoi organisez-vous une telle réunion auparavant sans convenir des conditions d’ouverture des archives ? Pourquoi amorcez-vous un processus si vous ne pouvez pas aller jusqu’à la fin ? La Turquie est déjà sur la défensive sur cette question et ce dernier développement signifie un autre point marqué contre nous. Personne ne croira plus jamais la Turquie quand elle proposera d’ouvrir ses archives et de partager tous les documents pour que les historiens puissent discuter de la question ».

Dans un communiqué en date du 7 mars 2007 Nora Vosbigian de l’Institut Gomidas de Londres précise que « les documents "inexistants" se rapprochent directement aux deux décrets ottomans sur lesquels les historiens officiels turcs s’appuient pour revendiquer que la déportation et le replacement des arméniens en 1915 était réglementée. Le décret.du 30 Mai 1915 concerne la régulation des déportations et le décret du 10 juin 1915 la régulation des déportés, la liquidation de leurs propriétés et leur compensation dans leur lieu d’exil ».

Elle précise que l’Institut Gomidas avait demandé d’examiner ces registres car selon ces règlements, chaque déporté arménien devait être enregistré, personne par personne, village par village. Les propriétés des déportés devaient être enregistrées et vendues ; lorsque les déportés étaient installés dans leur lieu d’exil, ils devaient recevoir des dédommagements à hauteur de leurs biens d’origine. Selon ces règlements, les officiers ottomans devaient produire des rapports méticuleux comptabilisant les déportations, les réinstallations et les indemnisations pour chaque arménien qui a été déporté en 1915.

L’Institut Gomidas affirme que c’est à la suite de la participation du Yusuf Halacoglu à une émission de télévision sur CNN-Turk le 26 février 2007 qu’il a appris que les documents demandés en consultation n’existaient pas. Yusuf Halacoglu a déclaré : « Il (Sarafian) connaît très bien les archives. Il sait aussi qu’il n’y a pas de documents pour chaque village listant les personnes par nom. Il n’y a pas de tels enregistrements. S’ils existaient, ils ne nous auraient posé aucun problème. Il aurait été préférable pour nous de les produire ».

Pour l’Institut Gomidas l’explication de Yusuf Halacoglu « n’est pas très claire » car ce dernier ne précise pas si la non-existence des documents ottomans demandés est définitive ou si elle est due à une absence de catalogage et soulève quelques questions fondamentales :

1. Les directives ottomanes règlementant les déportations de 1915 ont-elles été exécutées selon la lettre de la loi ? Si oui, pourquoi nous dit-on que les registres concernant ce transfert de masse de population, n’existent pas ? Ont-ils tous disparu, pour l’ensemble du territoire de l’Empire dans son entier, à la fois dans les archives locales et dans les archives centrales ?

2. Si ces régulations n’ont pas été respectées, comment ont été règlementés les déplacements des arméniens, leurs dédommagements pour leurs propriétés et la réinstallation des déportés ? Est-il envisageable qu’aucun de ces règlements n’ait été mis en place dans l’ensemble de l’Empire, de Erzeroum à Yozgat, Izmit et Kayseri ? S’il en est ainsi où sont les traces des archivistes dans des archives ottomanes associées à la course actuelle des événements ?

3. Est-il possible qu’aucun registre n’ait été conservé, ni pour la déportation ni pour la réinstallation ? Si oui, était-ce le cas sur l’ensemble du territoire de l’Empire ottoman et pourquoi aucun registre n’a-t-il été conservé ?

4. Si des enregistrements ont été conservés puis détruits, pourquoi ont-ils été détruits ? et ont-ils été détruits sur l’ensemble de l’Empire à la fois dans les archives locales et dans les archives centrales ?

5. Est-il possible que le Dr Halacoglu se trompe ? Se peut-il qu’une partie des documents que nous avions demandés existent ? Est-il possible que les enregistrements de la déportation et de la liquidation des biens existent mais sans aucun enregistrement de réinstallation correspondant ?

Selon Ara Sarafian (Institut Gomidas, Londres) : « Des sources primaires en dehors de Turquie indiquent que la déportation des arméniens en 1915 et la liquidation de leurs propriétés étaient réglementées par les autorités de l’Etat Ottoman. Les arméniens étaient déportés sous les auspices d’officiels ottomans. La plupart des déportés sont morts de famine ou bien ont été massacrés sur la route de la déportation ou sur leur lieu d’exil (lieu le plus notable Der Zor). Nos sources montrent qu’il n’y a jamais eu de programme de réinstallation comme le suggèrent les historiens défendant la thèse officielle turque ».

L’Institut Gomidas espère que le Dr.Halacoglu expliquera pourquoi il pense que les documents demandés par l’Institut n’existent pas, en particulier ceux de Harpout et des environs.



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