
Les bouquinistes de Bucarest, ville qui a accueilli le Sommet de la Francophonie, témoignent encore de l’engouement de la Roumanie pour la littérature et l’édition française en général, avec des ouvrages rares qui se négocient parfois à prix d’or.
Appelés « Anticariat », ces mines de vieux livres en roumain, français, allemand ou anglais, sont cachées dans de petites boutiques du nostalgique quartier juif et arménien de Lipscani, au centre de Bucarest, miraculeusement épargné de la folie urbanistique du dictateur Nicolae Ceausescu.
Dans l’entre-deux-guerres, de 1920 à 1940, âge d’or de la Roumanie, alors sixième puissance économique d’Europe, celle-ci importait, à elle seule, pas moins de 10% de toute la production de livres français.
Depuis la chute du communisme en décembre 1989, les bouquinistes bucarestois ont survécu avec la vente à l’encan des bibliothèques des aristocrates et bourgeois qui négociaient leur maison, voire leur palais, à de gros promoteurs immobiliers étrangers.
Dans son anticariat, près de la place de l’Université, Andrei, un jeune employé bouquiniste, est fier de son fonds en français, qui représente « un tiers des vieux ouvrages en vente », alignés dans un grand désordre sur près de cinq mètres de hauteur d’étagères poussiéreuses.
Plus de 16 ans après la chute de Ceausescu, le « filon » des grandes bibliothèques privées des riches francophiles roumains est en train de se tarir, mais on trouve toujours quelques « pépites », assure-t-il.
Ainsi, quatre petits volumes intacts, formant l’intégrale du Roman Comique du dramaturge français Scarron, dans une édition de 1781, à la reliure en cuir usée par plus de deux siècles de lecture, a ainsi été vendue il y a peu, « moins de 100 euros », dit-il.
L’acheteur français a appris au bouquiniste que la veuve de Scarron n’était autre que Madame de Maintenon, devenue épouse du « roi soleil » Louis XIV. Le vendeur a aussitôt voulu racheter à son client les quatre petits volumes, pour le double du prix, en vain.
Ces trois dernières années, le fouineur averti pouvait ainsi acheter chez un bouquiniste de Bucarest, pour moins de dix euros, le roman Du côté de chez Swan, dans une édition de 1921, soit du vivant de Marcel Proust, mort l’année suivante.
Devenues rares en France, les belles et grandes éditions rouges de Hetzel des oeuvres de Jules Verne, peuvent encore être trouvées à Bucarest, même des romans peu connus de l’auteur, comme Le Pilote du Danube, une publication de 1922, dont l’action se déroule en partie en Roumanie.
Datant pourtant de 1856, l’édition intacte, malgré une reliure abimée, des deux énormes volumes du dictionnaire de français de Bescherelle, pas moins de 4000 pages, a pu aussi être retrouvée dans la capitale roumaine.
Autre trouvaille, les Mémoires en deux beaux volumes du Duc d’Aumale, fils du « roi des Français » Louis-Philippe et auteur de la prise de la smala de l’émir d’Algérie Abd el-Kader.
Rabelais, Molière, Diderot, Voltaire, Balzac, Dumas, Flaubert, Hugo, Zola, Morand, Gide et des auteurs comme le « communiste » Aragon, mais aussi Sartre, Camus, Aron, s’alignent sur les étagères des bouquinistes, aux côtés d’écrivains actuels, tels Modiano, Orsena, Sollers ou Weyergans.
D’autres auteurs, tel le « poète président » Léopold Sédar Senghor, l’un des pères de la Francophonie, dont on commémore le centenaire de la naissance, y sont aussi présents.
Considéré comme son « fils spirituel », le secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, qui doit ouvrir jeudi le Sommet de Bucarest, s’est ainsi vu offrir un gros recueil bilingue de poèmes de Senghor (français-roumain), une édition limitée, publiée en 1976 en Roumanie.
|
Vous avez aimé cet article ?
Pour aider le site a vivre, il vous suffit de |