Nouvelles d'Armenie    
La loi sur pénalisation de la négation du génocide arménien de 1915 dans la presse française et étrangère


Les commentaires de la presse française et internationale vendredi 13 octobre 2006 au lendemain du vote en première lecture de la loi contre le négation du génocide arménien

LIBERATION Gérard Dupuy

"La loi est aussi inopportune dans la mesure où elle gêne ceux-là mêmes qui, en Turquie, cherchent à faire avancer les choses et qui parfois y parviennent. Certes, réclamer la reconnaissance de ce génocide par la Turquie avant son adhésion à l’UE (le Parlement européen a voté pour cette condition, contre l’avis de la Commission) ne relève pas seulement de motifs électoralistes étroitement français. Mais, après l’affirmation du caractère "positif" de la colonisation, l’Assemblée française s’est livrée à un nouvel abus d’autorité intellectuelle. On peut être assuré du caractère génocidaire de la destruction du peuple arménien par le parti des Jeunes-Turcs et trouver néfaste cette loi."

LA CROIX Dominique Quinio

"Le génocide arménien ayant été officiellement reconnu par la France en 2001 - c’était là l’essentiel -, était-il nécessaire d’aller au-delà ? La fermeté de Jacques Chirac en Arménie, liant l’adhésion de la Turquie à l’Europe à la reconnaissance du génocide, n’était-elle pas une pression suffisante ? Ne devaient-ils pas être écoutés, ces intellectuels turcs qui concourent au travail de mémoire à l’oeuvre dans leur propre pays et qui jugeaient l’initiative française inopportune, susceptible de radicaliser les oppositions ? Ne méritent-ils pas soutien et confiance ? Et, parmi eux, celui qui reçut hier le prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk. Distingué pour le plus grand honneur de son pays et pour la plus grande exaspération des nationalistes turcs qui lui intentèrent un procès pour, précisément, avoir soulevé la question arménienne. Cent six députés français de toutes appartenances politiques en ont décidé autrement."

LE FIGARO Ivan Rioufol

« Cette libération de la parole est attendue par l’opinion, qui a su en faire usage en s’affranchissant des oukases lors du rejet du référendum de 2005. L’attrait des blogs, forums et sites Internet témoigne de l’assise de la nouvelle démocratie participative, habilement théorisée par Ségolène Royal. Cependant, si les politiques reconnaissent que les Français sont en demande de vérités et tiennent leurs représentants en disgrâce - François Fillon et François Bayrou viennent de faire des livres de chacune de ses évidences -, ils n’ont pas encore porté l’autocritique jusqu’au doux totalitarisme dont ils se sont eux-mêmes accommodés et qui a rendu suspecte toute idée personnelle. Dans ce contexte, la proposition de loi socialiste qui pénalise la négation du génocide arménien de 1915, votée hier à l’Assemblée, vient à rebours de l’air du temps et de son rejet des jugements formatés. Une chose est de reconnaître ce crime contre l’humanité et de le rappeler à l’oubli têtu des Turcs, une autre est d’en interdire toute discussion, en transformant une fois de plus la critique en dissidence. La remarque vaut aussi pour la loi Gayssot de 1990, qui sanctionne la contestation de la Shoah : il suffirait de laisser parler les négationnistes pour qu’apparaisse l’obsession antisémite qui les décrédibilise ».

LE MONDE

"Les politiques n’ont pas à s’ériger en "ministère de la vérité". Le négationnisme visant le génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale est une variante de l’antisémitisme qui, comme toutes les formes de racisme, fait l’objet de sanctions dans le droit français. La question du génocide arménien est d’une autre nature, qui ne relève pas du code pénal. Il revient au peuple turc de faire son travail de mémoire, et à la diplomatie de l’y inciter. Alors que les partis ont donné à leurs élus la liberté de vote, les deux favoris des sondages à l’élection présidentielle, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, sont favorables à l’adoption de ce texte. (...) La liberté d’expression ne consiste pas davantage à prendre l’histoire et la cause arménienne en otage de combats politiques ou électoraux. Souhaitons que les députés se sortent de ce mauvais pas en ne votant pas ce texte !"

L’UNION Hervé Chabaud

"En voulant se mêler d’histoire, on masque mal une entreprise de communication et de séduction envers l’électorat arménien. Comme tous les autres, il est respectable mais sera-t-il dupe si l’on abuse de sa conscience ? (...) L’autre danger est celui de la confusion entre une question du passé et une autre du présent liée à la candidature de la Turquie à l’entrée dans l’Union européenne. Le fait de tout mélanger est prompt à engager une surenchère lourde de menaces sur les échanges économiques entre les deux pays. Avant même le vote, Paris est montrée du doigt. Dans un univers concurrentiel des plus impitoyables, cela ne passe pas inaperçu. Le spectre des représailles et la tentation de francophobie donnent des frissons mais ce n’est pas une raison pour perdre son âme. Il serait temps que les élus comprennent qu’ils n’ont pas à se substituer aux historiens. Ils n’ont pas vocation à écrire un passé qu’ils abordent avec une autre passion que celle du chercheur."

NICE-MATIN Marc Chevanche

"C’est parce que le génocide arménien est une tragédie établie par l’Histoire qu’il faut réfléchir à deux fois avant d’en criminaliser la négation. (...) Nier ou seulement discuter la réalité du génocide arménien - il s’agit bien de génocide puisqu’hommes, femmes, enfants, vieillards furent victimes de massacres organisés et même planifiés -, est donc une contre-vérité historique. Faut-il en criminaliser l’énoncé sur le modèle de la loi Gayssot qui sanctionne la négation de l’extermination des Juifs d’Europe ? Nous ne le pensons pas, en écartant, toutefois, d’emblée, les pires des mauvaises raisons. Celle, par exemple, énoncée par la ministre du Commerce extérieur, s’inquiétant des risques de perdre le " gros marché " turc ou encore celle d’un Daniel Cohn-Bendit redoutant que cela retarde l’entrée de la Turquie dans l’Europe ! Non, si le projet de loi est funeste, c’est parce qu’il bride la précieuse liberté des historiens dont les Arméniens eux-mêmes ont plus à attendre des controverses que du silence contraint."

LA MARSEILLAISE Christian Digne

"L’existence de la première éradication ethnique du 20ème siècle, dont furent victimes 1,5 millions d’Arméniens, ne souffre d’aucune contestation possible. (...) De même, la punition pénale de sa négation est le rempart légal construit pour s’opposer à l’ignoble révisionnisme de ceux qui considèrent ce génocide comme un banal accident de l’Histoire. Que la loi protège les peuples contre les violences infligées à leur mémoire relève du devoir républicain. Le président du groupe UMP ne voit dans ce texte parlementaire qu’un nouvel épisode de " la guerre des mémoires ". Comme si celle du bourreau et de sa victime était égale. L’interdiction du négationnisme n’est pas une entorse aux règles de la science historique. Elle est l’expression du respect de valeurs universelles."

LE REPUBLICAIN LORRAIN Philippe Waucampt

"Puisque nous sommes en train de glisser allègrement sur cette pente, autant finir le travail entamé et légiférer sur les horreurs perpétrées à la fin du XIXème siècle par la colonne Voulet-Chanoine qui, en ravageant le Dahomey, écrivit une des pages les plus sinistres de la colonisation. Et pendant que nous y sommes, continuons de gratter les plaies en jugeant les dragonnades de Louvois, la politique de la terre brûlée pratiquée par Louis XIV au Palatinat, les turpitudes de la Révolution et l’impérialisme napoléonien. Sans oublier, bien sûr, le bombardement de Haïphong, les massacres de Sétif et le génocide des tutsis au Rwanda. On serait déçus que nos députés s’arrêtent en si bon chemin."

SUD-OUEST Patrick Berthomeau

"Ce prurit légiférant est toutefois révélateur de tentations décidément difficiles à réfréner. La principale est cette volonté plus ou moins consciente - mais plutôt plus que moins - de soumettre l’histoire à un discours officiel. Elle avait été dénoncée lors de la polémique à propos du calamiteux amendement sur les aspects positifs de la colonisation, sans succès semble-t-il. Quant aux autres, elles relèvent du clientélisme le plus élémentaire comme d’intentions plus obscures : tous ceux qui, à droite comme à gauche, souhaitent repousser au plus loin l’échéance d’une éventuelle entrée de la Turquie dans l’Union européenne ont vite aperçu dans de nouvelles et inévitables difficultés entre Paris et Ankara une belle occasion. Ils ne l’ont pas laissée passer."

LA REPUBLIQUE DES PYRENEES Jean-Marcel Bouguereau

"Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire". Certes, le président de la République a raison lors de son voyage à Erevan, d’exiger de la Turquie, si elle veut à terme entrer dans l’Europe, qu’elle reconnaisse le génocide arménien. Imagine-t-on l’amitié franco-allemande sans la reconnaissance de la Shoah ? Mais sur ce point la Turquie est en train d’évoluer. Lentement mais sûrement. L’entêtement des socialistes se comprend d’autant moins que les intellectuels turcs poursuivis dans leur pays pour avoir ouvertement évoqué le génocide arménien, ont dénoncé le caractère contre-productif de cette loi. Car, avec une telle loi, comment soutenir les efforts des démocrates turcs qui se battent contre dispositions du code pénal turc empêchant la liberté d’expression ?"

LA LIBERTE DE L’EST Gérard Noël

"Fallait-il que la France légifère une fois de plus sur une page d’histoire qui ne la concerne pas directement ? Le microcosme politique national est partagé et la traditionnelle fracture gauche-droite est inopérante (...) Voici Jacques Chirac, de retour d’un voyage en Arménie où ses déclarations ont été mal perçues par Ankara, en charge d’un dossier d’autant plus épineux qu’il a toujours défendu l’adhésion de la Turquie au sein de l’Union. Et voilà la Turquie, bien en peine de savourer la magnifique récompense de son écrivain le plus illustre, menacé d’emprisonnement à plusieurs reprises. Et si Pamuk était l’intercesseur idéal pour permettre à ses concitoyens de se dévoiler la face. Et d’assumer leur passé. Et si le Parlement français rendait l’Histoire aux historiens..."

NORD-ECLAIR Jules Clauwaert

"Paradoxalement, les répliques immédiates des milieux les plus nationalistes à Ankara ne sont pas les plus inquiétantes. La menace de mesures de rétorsion économiques n’est certes pas négligeable. Mais la déception des démocrates ne s’inscrit pas dans un rapport de forces. Ceux-là, qui entendent briser les tabous entre Turcs et Arméniens, ne comprennent pas que l’on promulgue en France une loi visant à limiter cette liberté d’expression qu’ils revendiquent, comme base de toute tentative de rapprochement, tôt ou tard souhaitable, entre descendants de victimes et de bourreaux. Il ne s’agit évidemment pas de passer l’éponge sur un génocide mais de faire oeuvre d’historien rigoureux. Comme on le suggérait hier à Bruxelles, le moment n’est pas d’amenuiser les chances d’une réconciliation : l’Europe n’y a-t-elle pas trouvé ses premières fondations ?"

L’ALSACE Patrick Fluckiger

"Les élus contentent ainsi un demi million de descendants de réfugiés arméniens, dont les voix seront précieuses l’année prochaine. Par ricochet, ils provoquent une crise avec la Turquie. Une crise qui risque de coûter cher à la balance commerciale française. Dominique de Villepin s’est prononcé, depuis la Guadeloupe, contre l’écriture d’une histoire officielle. Il doit prendre ses responsabilités et faire annuler en deuxième lecture un texte voté par une petite minorité d’élus, qui instrumentalise un drame et qui ne peut que provoquer des secousses. Il faut que l’Histoire reste une discipline scientifique, pas un ingrédient de cuisine électoraliste."

LE DAUPHINE LIBERE Didier Pobel

"En saluant Pamuk, flâneur mélancolique d’Istanbul et brasseur de cultures, passé à deux doigts des geôles anatoliennes pour "insulte à l’identité" de son pays, les Sages de Stockholm ont pleinement assumé leur rôle de défenseurs des libertés et d’éveilleurs de conscience. Tout en réaffirmant l’attitude politique qui les honora lorsqu’ils lancèrent, par exemple, en pleine guerre froide, le pavé Soljenitsyne à la face d’un monde résigné. Les députés français qui adoptaient dans le même temps, par un dérangeant hasard du calendrier, la très controversée proposition de loi socialiste punissant la négation du génocide arménien n’étaient pas très nombreux. Se sont-ils sentis moins seuls, face à la fureur d’Ankara, en apprenant le choix suédois ? Ce fut, en tout cas, un peu comme si les académiciens venus du froid les avaient rejoints pour voter avec eux contre l’amnésie. Un Nobel au perchoir ? On n’avait encore jamais vu ça."

OUEST-FRANCE Joseph Limagne

"En distinguant Orhan Pamuk, le Comité Nobel envoie à la Turquie un signal autrement plus positif que notre Assemblée nationale. À travers son oeuvre, l’écrivain ne cesse de décrire les difficultés, très actuelles, d’une société déchirée entre l’Occident et l’Orient. Il est de ces intellectuels qui ont engagé, par-dessus les frontières, un travail de retour sur le passé, sur la mémoire, sur la recherche concertée d’une vérité historique. Une vérité qui reste à approfondir et que les peuples ont encore à s’approprier."

L’INDEPENDANT DU MIDI Bernard Revel

"Ce n’est pas par un diktat étranger que les autorités d’Ankara accepteront d’assumer leur passé mais par le combat risqué de ceux qui, au sein du peuple turc, veulent en finir avec le mensonge officiel. Parmi eux, Orhan Pamuk qui vient d’obtenir le prix Nobel de littérature.

Cet écrivain populaire dans son pays ose y parler ouvertement de génocide malgré la menace de prison. Sa consécration donnera du poids à sa voix et fera sans doute avancer la cause arménienne plus que n’importe quel vote d’un parlement lointain. Elle ne pouvait mieux tomber. Elle rappelle que ce n’est pas une loi qui fait l’histoire mais les femmes et les hommes qui luttent sur le terrain pour défendre leurs idées au prix de leur vie."

LES DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE Olivier Picard

"Quant à l’Histoire, elle n’appartient à personne, sinon aux faits, à la chronologie et à l’humanité toute entière. Ce n’est pas aux députés d’un seul pays de l’écrire, mais à la communauté des nations par les voix croisées et recoupées de leurs historiens. Seule la loi Gayssot de 1992 sur la contestation des crimes contre l’humanité peut, à la limite, faire exception, parce qu’elle s’adosse sur les recommandations du tribunal international de Nuremberg, lui même inspiré par l’accord de Londres d’août 1945..."

LE MIDI LIBRE Michel Richard

"Ainsi, nos parlementaires, ceux du moins qui, pour des raisons dont l’électoralisme n’est pas absent, ont voté cette proposition du PS, n’ont-ils rien appris, rien retenu. Il y a peu, sur le rôle de la France dans la décolonisation, ils jugeaient que le Parlement n’avait pas à légiférer sur l’Histoire, ni les politiques à se substituer aux historiens. Mais, incorrigibles, ils récidivent aujourd’hui. Peut-être estiment-ils que cette attitude compassionnelle de justiciers de l’Histoire leur profitera. Non seulement ils sortent de leur rôle, mais ils donnent aussi l’impression bien fâcheuse que leur vérité est bien fragile, qui a besoin d’être ainsi défendue par une loi punitive."

LA CHARENTE LIBRE Jacques Guyon

"On peut se rassurer en se disant que cette loi votée par 106 ( !) députés a peu de chance d’être promulguée et que cela nous sauve un peu du ridicule. On peut également se féliciter que cet épisode ait quelque peu été occulté par un autre événement : l’attribution du Nobel de littérature à l’écrivain turc Orhan Pamuk. Poursuivi en 2005 pour avoir dénoncé les massacres des Arméniens et des Kurdes, il a reçu hier les félicitations du ministère turc de la Culture. Voilà qui a un autre sens que le texte français voté a minima. Voilà qui aura sans doute un autre impact que cette nouvelle loi mémorielle dont décidément la France semble se faire une spécialité."

LA VOIX DU NORD Hervé Favre

"Ce prix récompensant à la fois le talent littéraire et le courage politique est un bien meilleur service rendu à la cause arménienne que le texte voté à la hâte par nos députés pour complaire au demi-million d’Arméniens de France. Avec les négociations sur une éventuelle adhésion, les Européens gardent en main un puissant levier sur la Turquie pour l’amener à faire son "devoir de mémoire" à l’égard de l’Arménie et de sa diaspora. Mais ce travail, c’est aux Turcs eux-mêmes de le mener avec leur voisin arménien, à l’abri de la loi française !"

JOURNAL DE HAUTE MARNE Pascal Barrand

En matière d’histoire et de mémoire, il n’est jamais très judicieux de s’ériger en gardien planétaire de la morale, voire en donneur de leçon. Etre la patrie des droits de l’Homme offre, sans doute, une stature singulière dans le concert des nations. Elle ne saurait pour autant autoriser à nous considérer comme une sorte de juge suprême en ce domaine. Cela d’autant qu’avant de légiférer sur l’histoire et la mémoire des autres, il conviendrait que nous ayons nous-mêmes tout à fait soldé les contentieux qui subsistent avec les nôtres. Ce qui est loin d’être le cas. Avons-nous ainsi, par exemple, réglé nos problèmes de conscience en ce qui concerne les massacres et tortures en Algérie, et n’a-t-on pas vu encore récemment qu’il fut nécessaire que le cinéma s’empare de la question du sacrifice de nos ’’Indigènes’’ pour que soudain la France reconnaisse enfin sa dette envers eux ? La Turquie s’est engagée d’elle-même dans son nécessaire travail de mémoire sur le génocide arménien. Si elle en est toujours à nier ce terme, au moins a-t-elle déjà reconnu s’être rendue coupable de crime contre l’humanité. Un pas est fait. Nous paraîtrait-il trop lent, qu’il ne nous appartient pas pour autant d’obliger les autorités d’Ankara, et avec elles la population turque, à l’accélérer à la vitesse qui nous convient. Dans ce travail, la Turquie n’est pas l’apprenti dont la France serait le maître. Ce qu’a subi le peuple arménien est certes intolérable et tragique. Il nous importe, ici, dans nos écoles, d’instruire nos enfants sur ce sujet, comme sur tous ceux qui sont exemplaires de ce que notre humanité a pu vivre de plus sombre au cours de son passé proche ou plus lointain. Mais attention. A vouloir prouver aux autres que notre coeur est plus pur et magnanime que le leur, on en vient souvent vite à rouvrir les portes de bastilles.

NOUVEL OBSERVATEUR en date du 13 octobre 2006 Jean-Marcel Bouguereau

La France légifère. Sur tout et n’importe quoi. Elle a fait récemment une loi interdisant le tabac alors qu’il suffisait d’amender la loi Evin du 10 janvier 1991. Cette fois, ce sont les socialistes qui proposaient de légiférer sur le génocide arménien de 1915, alors que l’Assemblée avait déjà voté en 2001 un texte qualifiant ces massacres de génocide. L’absentéisme dans l’Assemblée témoignait de la gêne de nos députés, majorité et opposition confondues, face à des dispositions visant à punir de peines allant jusqu’à un an de prison et 45.000 euros d’amende tous ceux qui, en France, contesteront l’existence du génocide arménien. Une frénésie normative de même acabit avait déjà suscité en décembre dernier une levée de boucliers de 19 éminents historiens à propos de la loi sur la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et de celle sur les rapatriés et sur les programmes scolaires reconnaissant "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Ces historiens demandaient même que l’on revienne sur la loi Gayssot réprimant le négationnisme qui avait lancé ce mouvement normatif.

Car si l’on fait le bilan de cette loi, elle n’a en rien empêché les négationnistes de répandre leurs mensonges mais elle leur a permis de se faire passer pour des martyrs de la liberté d’expression. Pour ces historiens "l’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire". Certes, le président de la République a raison lors de son voyage à Erevan, d’exiger de la Turquie, si elle veut à terme entrer dans l’Europe, qu’elle reconnaisse le génocide arménien. Imagine-t-on l’amitié franco-allemande sans la reconnaissance de la Shoah ? Mais sur ce point la Turquie est en train d’évoluer. Lentement mais sûrement. L’entêtement des socialistes se comprend d’autant moins que les intellectuels turcs poursuivis dans leur pays pour avoir ouvertement évoqué le génocide arménien, ont dénoncé le caractère contre-productif de cette loi. Car, avec une telle loi, comment soutenir les efforts des démocrates turcs qui se battent contre dispositions du code pénal turc empêchant la liberté d’expression ?

Jean-Marcel Bouguereau

LE TEMPS (SUISSE) Denis Masmejan

Le texte voté jeudi à Paris par l’Assemblée nationale sur le génocide des Arméniens a au moins un mérite, mais c’est le seul. Même s’il pourrait rester lettre morte - il doit encore être soumis au Sénat -, il aura fait éclater, par les divisions qu’il a créées, un consensus pesant qui a longtemps empêché de s’interroger librement sur certains aspects problématiques de l’antiracisme, en France comme en Suisse.

Il ne doit plus être possible, désormais, d’étouffer un débat nécessaire au prétexte que ce serait faire le lit de l’extrême droite - du populisme blochérien en Suisse. Car si l’Assemblée nationale a approuvé ce texte, elle avait contre elle le gouvernement, les instances européennes, nombre de personnalités de renom - Elisabeth Badinter, s’il fallait un brevet de respectabilité - et, ce qui est peut-être le plus important, plusieurs opposants turcs et arméniens. Tous ceux-là ont dit que l’arme de la justice pénale n’était pas la bonne réponse. Et certains savent de quoi ils parlent, pour avoir été condamnés en Turquie.

Le jour même où le Prix Nobel de littérature est décerné à l’écrivain turc Orhan Pamuk, qui a lui aussi tâté de la justice de son pays pour avoir utilisé les mots qu’il ne fallait pas, on peut imaginer mieux, de la part des Etats européens, que la réponse française, d’ailleurs sans conviction au vu du petit nombre de votants.

Et puis, l’époque est lassée, fatiguée de cette propension à vouloir faire régner la justice en poussant toujours plus loin la police du langage, comme si le respect des victimes interdisait toute autre solution. Croit-on vraiment que l’on aura fait reculer le racisme en condamnant quelques nationalistes niant rageusement qu’un génocide ait été commis contre les Arméniens (ce qu’au demeurant Ankara proclame sans que les autres pays songent à rompre avec lui) ? Veut-on faire condamner par des tribunaux suisses des ressortissants turcs colportant la parole de leur gouvernement, quand le Conseil fédéral lui-même se refuse à parler de génocide ? Faudra-t-il, alors, poursuivre également les membres du collège ? La voie de l’interdiction est une impasse. Cela ne dédouane pas la Turquie de faire son travail de mémoire. Au contraire, elle aussi doit renoncer à la logique de la répression et cesser d’emprisonner ceux qui disent la vérité : un génocide a eu lieu.

http://www.el-dia.com/

Ramon Lacontessa

Les Francais clament haut et fort qu’ils ne sont pas pour l’entrée de la Turquie dans l’union Européenne, mais les instances de Bruxelles font semblant de ne rien entendre, et les Socialistes Francais avec leur loi sur le génocide Arménien vient de faire voler en éclat le processus d’adhésion... les Turcs, peuple nationaliste à l’extrême et rancunier ne seront pas dans les meilleures dispositions pour satisfaire aux exigences Européennes. Sarkozy était contre l’entrée de ce pays, mais connaissant ses prises de positions variables à 180°, la mesure socialiste est la plus sûre garantie pour les opposants. La Turquie devra manger son chapeau si elle veut continuer à espèrer dans l’Europe, et c’est bien le moins qu’elle puisse faire pour les Arméniens...

samedi 14 octobre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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