Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 65

De Annemane Arakélian

Fille de Hampartsoum

Née en 1903 à Kars

Village de Dzebni

En 1918, quand la Russie a cédé Kars à la Turquie, les Turcs ont envahi les villages arméniens. Ils sont venus et sont entrés dans notre village. Moi j’étais jeune, j’avais une sœur plus âgée que moi. Ma mère lui a enduit la figure de boue et l’a fait entrer dans le four, pour que les Turcs ne l’enlèvent pas. Mais les Turcs sont venus, et ils avaient un Pacha avec eux. Il a trouvé ma sœur et l’a emmenée. J’avais une autre sœur, elle est morte de peur.

Mon père était le doyen du village. Mon oncle avait 8 fils. Les Turcs les ont tous emmenés et tués. Ils ont aussi tué mes deux frères. Ils ont saccagé le beau village. Ma mère est morte de chagrin.

La population a été forcée de partir vers l’Arakadz et de venir en Arménie orientale. A ce moment là, les Turcs mettaient le feu dans les montagnes de Haghloutch. Le niveau de l’eau de l’Arpatchaï avait beaucoup monté, quand les Arméniens ont essayé de passer, ils ont été emportés par les flots. On a vu que la population était en train de se faire massacrer, on a accouplé 12 bœufs deux par deux, et ils ont transporté les gens d’une rive à l’autre. La montagne de Haghloutch était toujours en feu.

Mon oncle Khatchadour était un homme très courageux, il a rassemblé 40 jeunes villageois et a commencé à lutter contre les Turcs, pour que les nôtres puissent traverser tranquillement la rivière.

Au cours de ces combats, 18 jeunes gens ont été faits prisonniers. Mon oncle Khatchadour, qui les commandait, a aussi été fait prisonnier. Les Turcs les torturaient à mort par le feu, ils les faisaient rôtir tout vivants, ils tuaient le reste des prisonniers. Pendant ce temps, la foule traversait la rivière.

On a appris que les Russes avaient reconquis Kars et avaient chassé les Turcs. Les réfugiés arméniens sont retournés au village, avec les mêmes difficultés. Ils ont vu que le prêtre du village, qui n’avait pas voulu quitter sa paroisse, avait eu la tête coupée par les Turcs et clouée sur la porte de sa maison. Quand nous sommes rentrés, nous avons vu la tête de notre malheureux prêtre clouée. C’était en 1919. Nous avons recommencé à labourer, à semer, à peine allions-nous récolter que la nouvelle est arrivée : les Turcs avaient repris Kars ! Nous avons repris le chemin de l’exode. Les Turcs ont de nouveau saccagé nos maisons, ils ont recommencé à piller et détruire. Ma tante Varsénig, voyant que les soldats turcs arrivaient, a pris ses deux enfants et s’est jetée à l’eau, ils se sont noyés. Mon grand-père Aghassi et mes deux cousines se sont attachés et sont allés aussi se noyer dans la rivière.

Mon mari avait 7 oncles, tous les sept ont été tués. Les villageois ont de nouveau subi le sort cruel des départs pour l’exode. On nous a emmenés à Kars, nous sommes arrivés la nuit. Ma tante est partie chercher de l’eau, je l’ai suivie, mais je me suis perdue. Puis , elle est revenue et m’a trouvée parmi les déportés.

De Kars, nous sommes venus à Léninakan.

On m’a mis à l’orphelinat américain. Les villageois de chez nous se sont établis aux alentours de Talin, dans le village de Toutoulavan.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduction par Louise Kiffer

le 4 octobre 06

mercredi 4 octobre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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