Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit N° 160

D’Assadour Souboukian

Fils de Sahag

Né en 1901 à Moussa Lér

En 1914, la Turquie déclara une mobilisation générale. Mon père, mon oncle et ses enfants furent conduits à l’armée, mais nous avons appris qu’ils avaient tous été tués dans les déserts d’Ordou. Les Turcs avaient emmené l’Oncle Khatchér dans le désert d’Ordou et l’avaient tué, l’un de ses enfants l’avait vu de ses propres yeux, il avait fait semblant d’être mort, mais ensuite il s’était échappé, il est venu à pied jusque Moussa Lér. De notre famille, 5 hommes ont été sacrifiés dans l’armée turque.

La déportation des Arméniens a commencé à Zeitoun. Le Révérend Andréiassian était sorti d’entre les déportés, il est arrivé à Moussa Lér. Les nôtres ont organisé une réunion générale, surtout les "Yoghounolouktsis", ont décidé de grimper en haut de la montagne.

Tout ce qu’ils pouvaient faire monter avec eux, les poules du village, les bêtes, ils les ont amenés. Ils ont tué les ânes et les chiens, pour qu’ils ne se fassent pas entendre.

Le combat a commencé. Les nôtres, d’en haut, du champ d’Oumar, se battaient contre les Turcs. On n’avait jamais vu nos jeunes se battre ainsi. Soudain les Turcs sont venus avec le mollah. Les jeunes ont dit : "qu’il s’approche, on va le descendre".

Le mollah a dit : "L’arme de l’Arménien ne se lève pas contre le Turc". Les nôtres, avec des fusils ordinaires, l’ont abattu. Le mollah est mort. Les Turcs se sont sauvés. Nous, nous étions de jeunes enfants, ils nous appelaient "les enfants du téléphone", puisque nous apportions des nouvelles aux combattants.

A plusieurs reprises, il y a eu de violents combats. Esaïe Haghoupian avait la brigade de défense, là où il y avait de la grosse bataille, il allait porter secours. Il avait un petit fusil américain. Bédros Tomlakian et Bédros Toutaklian combattaient avec lui, et Manouchag Nachalian apportait de l’eau aux combattants avec une cruche, et leur donnait des informations, pour que Haghoupian aille aider ceux qui se trouvaient dans une situation critique.

Notre communauté a eu un manque de nourriture. Les armes et les munitions ont commencé aussi à faire défaut.

Du côté de la mer, ils ont suspendu des dessus de lit, avec le dessin d’une croix rouge. Quelques jours plus tard, le navire "Guichen" est venu. Notre Ghelepouch Guereghian est parti à la nage porter une lettre, pour leur demander de venir nous délivrer. Le Capitaine du navire avait répondu : "Je viens dans 6 jours".

Le 5ème jour, le navire est venu. Les femmes et les enfants y sont montés, puis les combattants. Sur le navire, ils n’ont pris que nous, et rien d’autre. Ma mère m’a donné une cuillère pour que je l’emporte avec moi. Un soldat français a jeté ma cuillère à la mer. Je voulais aller la rechercher dans la mer, mais on ne m’a pas laissé y aller. Bédros Toutaklian et Markos Snabian sont restés dans la montagne. Eux sont venus un mois plus tard à Port Saïd, qui se trouve près du canal de Suez. On nous a emmenés là-bas, ils avaient tout préparé pour nous sous les tentes, de la nourriture, et des vêtements. Nos six villages ont été regroupés séparément.

Des écoles ont été ouvertes, ainsi que des hôpitaux, nous n’avons eu aucun ennui. Nous sommes restés là 4 ans.

Ensuite nous sommes retournés à Moussa Lér. Nous avons vu que tout avait été saccagé. Nous avons commencé à reconstruire, à labourer la terre, à faire pousser les végétaux.

Puis en 1939 nous avons déménagé à Aïndjar. Et en 1947, nous sommes venus en Arménie.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian.

Traduit par Louise Kiffer 1er octobre 06

dimanche 1er octobre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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