Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 152 De Kévork Yéghia Karamanoukian Né en 1900 à Aintab

Notre maison d’Aintab avait 3 étages, le 1er étage était celui du Commandant, le 2ème était le nôtre, et le 3ème était à mon grand-père Kévork.

En 1912, les Turcs ont enrôlé mon père dans l’armée, pour la guerre des Balkans. Au bout de six mois il s’est échappé, il est venu se cacher à la maison.

En 1915, ils nous ont délogés, ils nous ont déportés à Der Zor. D’abord à "Aghatch Ghoyoun", et de là à Der Zor.

A Palapég, les Allemands ont pris mon oncle pour pétrir le "soukhari" (le pain rassis - mot russe). Ils ont emmené mon père à Hahya pour le faire travailler comme portefaix. Mon père m’a dit : "suis-moi". Mon oncle a pris maman et mes deux sœurs sous sa protection. Nous nous sommes échappés de Der Zor, avec mon père. Nous sommes arrivés à Alep. Nous avons cherché et trouvé les nôtres.

Après nous, ils ont emmené les Assyriens. Chacun avait son propre souci. A Alep, nous avons loué une maison, nous vivions serrés.

Une semaine plus tard, ma sœur Marie est morte, elle avait 4 ans de moins que moi. Quelques jours plus tard, les soldats turcs (askiars) ont attrapé mon père, ils lui ont attaché les mains pour l’emmener, au même moment un homme passait en phaéton, il dit : "Gardez celui-là pour moi !".

Cet homme a pris mon père et l’a emmené à l’hôpital de Zémilié. Incroyable, c’était lui le directeur de l’hôpital. Il dit à mon père : "dis-moi la vérité, es-tu arménien ou musulman ?" Mon père répond : "Effendim, moi je suis arménien chrétien. Je m’appelle Yéghia.

"Je te nomme au 5ème étage, dit l’homme, va servir. Ils apportent à mon père une blouse blanche, et la lui enfilent. Il commence à travailler.

Depuis 3 jours, mon père était absent. Nous étions très inquiets. Puis mon père a dit :

"Moi j’ai une femme et des enfants".

L’homme lui dit : "Si ta femme sait écrire, dis-lui qu’elle vienne travailler ici".

Mon père est venu, il nous a embrassés, il a emmené maman pour qu’elle travaille à l’hôpital.

A l’hôpital, un policier dit à maman : "tu dois être ma femme". Maman n’était pas d’accord.

Il pique une colère. Ma mère désespérée se jette par la fenêtre.

Nous avons perdu notre mère. Nous étions dans un état "séfil" (misérable). Nous avions faim. Nous ramassions par terre les grains de blé et d’orge, pour les manger. Deux religieuses sont venues nous emmener, elles avaient pitié de nous, elles nous ont recueillis, lavés, habillés. Elles ont informé mon père : "Ecoute Yéghia, laisse-nous emmener ces deux enfants en France".

Mon père a répondu : "Tant que je suis en vie, je ne donne pas mes enfants".

Tout ce qu’il trouvait, mon père nous l’apportait à manger.

A la fin de la Première Guerre, les Allemands se sont sauvés, nous habitions à Papel Faratchoum". Ensuite je me suis marié. En 1946, nous sommes venus en Arménie.

Maintenant j’ai trois fils, et quatre filles.

Je suis en retraite.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian.

Traduit par Louise Kiffer le 29/9/06

vendredi 29 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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