Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 133 de

Khorén Aplaboudian

Né en 1893 à Yétessia (Edesse)

J’avais 16 ans quand nous sommes partis en déportation pour Der Zor. On nous a emmenés à Bessér, qui se trouvait à 8 heures de Der Zor. Il y avait là un pont en bois sous lequel passait le fleuve Khapour. Nous avons subi deux massacres, le premier en 1915, l’autre en 1921.

En 1915, c’était encore l’Allemagne la coupable, c’était elle qui l’organisait. Pendant la déportation, les Allemands mangeaient du pain blanc, ils jetaient la mie. Ils ont vu que nous avions faim, ils se sont mis à s’essuyer le cul avec ce pain, pour que nous ne le mangions pas. Je me rappelle le long du Khapour, sur deux km, les cadavres nus d’enfants qui flottaient. De Bessér jusque Chetagh. Dans cet endroit appelé Chetagh étaient rassemblés environ 75000 Arméniens, femmes, enfants, jeunes filles. Des Turcs sauvages nous entouraient. De notre famille, ils ont pris et tué douze personnes. Der Zor a été le lieu de carnage des Arméniens. Une bonne partie a disparu dans cette boucherie, le reste est tombé du côté de Damas et a été sauvé. Mais les Tchétchènes qui emmenaient notre peuple arménien, les massacraient, les dépeçaient à la recherche de pièces d’or.

Un jour les gendarmes sont venus et ont emmené mon père devant Mousloud Pacha. Le Pacha a vu que mon père parlait parfaitement l’arabe, il a demandé :
- Tu es Arménien ?
- Je suis un pur natif du village du Pont d’Ourfa
- Viens, ne t’en va pas, reste ici avec tes enfants, je vous donnerai un terrain, vous l’ensemencerez.

Mon père a répondu :
- Non, moi je pars avec mon peuple.

Jusque Mossoul, personne ne nous a touchés. Mais nous sommes morts de faim.

Ils nous emmenaient marcher, puis nous ramenaient au même endroit, pour que les gens se fatiguent.

Autour de Mossoul, il y avait des villages assyriens, nous les Ourfatsis, y sommes restés quatre ans. Puis les Français sont venus, et les Anglais, en 1918 ils ont vaincu les Allemands et les Turcs. Ils nous ont entassés dans un wagon, ils ont dit : " que chacun retourne dans son pays". Nous y sommes allés, et nous avons vu que les mêmes Turcs étaient là, ma mère n’a pas voulu entrer. Puis nous avons délogé les Tchétchènes, et nous sommes entrés dans nos maisons. Nous avons vu que les Tchétchènes coupaient les oliviers, pour faire du tort aux Arméniens. Mon père est allé trouver le dirigeant de la ville. Celui-ci lui a demandé :

- Eh, Hagop Agha quoi de neuf au village ?
- Il y a que les Tchétchènes sont en train de couper les oliviers. L’homme s’est assis, il a écrit une lettre, il me l’a remise. J’ai été la montrer aux Tchétchènes.

Un jour, un Turc est venu dire à mon père : "Tu me donnes tes oliveraies, sinon je te coupe la tête".

Puis ils sont venus, soit-disant sur ordre d’Ataturk, ils devaient emmener mon père et le pendre. Moi, j’avais grandi, j’ai vendu notre verger pour sauver mon père.

J’ai été chez le juge. Le Juge m’a ouvert la porte, il m’a demandé :
- Qui es-tu ? J’ai dit :
- Je suis le fils d’Apoulpoud
- Tu es le fils de Hagop, c’est ça ?
- Oui. Incroyable, il était une connaissance de mon père ! Je me suis mis à raconter, que mon père était à la prison de Diyarbékir.

L’homme a sorti des pièces d’or, il me les a données en disant :
- Va, avec cet argent, reprends ce que tu as vendu. Ton père dans le temps, nous a comblés de bienfaits. Moi je vais écrire de ta part une lettre à Mustafa Kémal Pacha. Il m’a lu sa lettre, puis il l’a vite expédiée.

Ataturk, d’Ankara a téléphoné à Dikranakert, il dit :
- Libérez Apoulpoud Apotch, et renvoyez-le chez lui !

Les gardiens de prison disent :
- Apoulpoud Apotch, va faire une prière pour Ataturk, qui t’a libéré.

Ils ont libéré mon père.

Ensuite, en 1921 Hachem Pacha est venu d’Arabie Saoudite. Ataturk a dit :" Là où se trouvent les Turcs, aucun autre peuple n’a le droit d’habiter". Puis ils sont venus nous déporter en Syrie, puisque Beyrouth et la Syrie étaient aux mains des Français, et l’Egypte était aux Anglais.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduction Louise Kiffer 27/9/06

mercredi 27 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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