Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 83

De Hovannès Tchaderdjian

Fils de Aram

Et né en 1908 à Sébastia

Village de Khotch-Hissar

Nos ancêtres autrefois habitaient à Van.

Ils se sont installés ensuite dans le village de Kiaghkig de Sébastia. Ils étaient venus, avaient dressé leur tente près de Sébastia, et le nom de Tchaderdjian leur avait été donné (tchader signifie tente> ndt).

En 1913, mon oncle maternel habitait dans le vilayet de Sébastia, au village de Kotch-Hissar, dont le nom signifie "haute montagne". Mon oncle avait invité mon père à le rejoindre et à travailler là-bas. Dans ce village, mon père avait ouvert un chantier de traitement du bois. Les dirigeants turcs étaient très intimes avec mon père. L’un d’entre eux avait demandé à mon père de lui préparer une machine à moissonner les champs. Mon père l’a fabriquée. De sorte que lorsque l’ordre de déportation est arrivé, le dirigeant l’a gardé, disant : "Nous n’avons pas un artisan comme lui". Ce dirigeant turc a donné un conseil à mon père : "Allez à la mosquée, faites notre prière, sortez et changez votre nom, pour sauvez votre tête".

Ma mère ne voulait pas. Ce Turc a dit : "Ah, ma sœur, ceci est un vent qui passe.Il faut patienter".

Mon oncle était le filleul de Mourad de Sébastia, c’est la raison pour laquelle ils l’ont fait asseoir sur une plaque de tôle chaude, lui ont percé tout le corps avec des aiguilles, et l’ont ramené à la maison quelques jours après, étendu sur le dos d’un cheval, pour avouer où se trouvaient les armes. Mais lui n’a pas parlé, et ils l’ont tué sous nos yeux , ainsi que ses trois enfants. Mon autre oncle s’était échappé des routes de la déportation et s’était joint à un autre groupe. Les autres membres de ma famille ont été emmenés dans des corps d’armée de travailleurs puisqu’ils étaient artisans, mais leurs familles ont été exterminées. Ils avaient tué mon jeune oncle et ma grand’mère. Heureusement que nous habitions à Khotch-Hissar, car ils nous auraient emmenés et tués aussi.

Ils avaient versé de l’eau bouillante sur le dos de ma grand’mère, c’est ainsi qu’ils l’avaient tuée.

Ils avaient gardé mon père au village, en tant qu’artisan. Lorsqu’ils avaient rassemblé les Arméniens pour les tuer, le chef turc, qui respectait mon père, lui avait dit : "Rassemble 50 ouvriers pour les faire travailler". Mon père voit les mains ligotées des Arméniens qu’ils emmenaient pour les tuer, il choisit 60 d’entre eux, il leur sauve la vie, il les amène près de chez lui, ils commencent à construire des maisons. Des années plus tard, quand mon propre fils est parti en Bulgarie, il a fait la connaissance d’un vieillard qui lui a dit :

"Ton grand-père m’a sauvé la vie et celle de 60 autres Arméniens".

En 1918, l’aîné de mes oncles est venu et nous a emmenés à Sébastia.

C’était l’armistice. De notre grande famille, 15 personnes avaient été massacrées. Beaucoup de jeunes filles arméniennes ont été ramenées par des Turcs, qui les ont mariées à des Arméniens. L’église arménienne et l’école ont rouvert leurs portes, et nous avons repris nos habitudes. Sébastia était rempli d’Arméniens. L’ordre est venu de transporter tous les Arméniens en Grèce, dans l’île de Sira. Là-bas, ma sœur et moi avons été recueillis par l’orphelinat américain. Moi j’ai même appris un métier.

En 1922, quand Kémal Ataturk est arrivé à la tête du pouvoir, il a condamné tous les coupables. Il a fait pendre l’impitoyable gouverneur de Sébastia, en disant : "quel monstrueux gouvernement a été l’Ittihad, c’était un ennemi des Arméniens". Ataturk était quelqu’un d’extrêmement instruit.

Nous sommes restés cinq ans à l’orphelinat. Puis mon père nous a écrit qu’ils allaient en Arménie, et nous a demandé d’y aller aussi. J’ai été voir le directeur de l’orphelinat et je le lui ai dit. Il m’a répondu : "L’Arménie est un pays arriéré. Venez, je vais vous envoyer en Amérique".

J’ai dit : "Non, nous désirons rejoindre nos parents, nous voulons aller dans notre patrie".

Nous sommes venus en Arménie. En 1941, j’ai participé à la guerre. J’ai construit de nombreux ponts. J’ai été deux fois blessé. On m’a donné congé. Je suis rentré à la maison. Puis je suis retourné combattre. Je suis arrivé jusqu’à Sébastopol et en Tchécoslovaquie, je suis rentré après la victoire. J’ai travaillé.

Maintenant je suis en retraite.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduit par Louise Kiffer le 25/9/06

lundi 25 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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