Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 101

De Sarkis Amalian

Fils de Krikor

Né en 1904 à Arapkir

Mes aïeux avaient déménagé d’Ani à Arapkir, ils y avaient vécu et travaillé.

Nous avions un père, une mère et nous étions 4 frères.

En 1915, les Turcs sont venus, ils ont emmené mon frère pour être soldat dans l’armée turque. Mon frère aîné était à Constantinople, il travaillait chez mon oncle, lui aussi a été déporté. Moi j’était en 4ème année d’école. Notre instituteur s’appelait Monsieur Dikran. Il était natif de Dikranakert(Diyarbékir).

Un jour il nous a dit : Mes enfants, c’est aujourd’hui votre dernier jour de classe, retournez tous à la maison.

Soudain nous avons vu arriver deux gendarmes, ils sont entrés et ont demandé :
- Où est Monsieur Dikran ?
- Il donne un cours
- Quel cours ?
- Mathématiques
- Allez appeler Monsieur Bédros.

Nous avons appelé aussi Monsieur Bédros.

Monsieur Dikran a dit au Surveillant de l’école : - Kourkén, renvoie les élèves chez eux, ferme l’école, remets les clés à l’église. Une demi-heure plus tard, nous avons été libérés. Le gendarme nous a ordonné :

- Remportez vos coussins à la maison, l’école des guiavours est fermée. Quinze jours après, ils ont commencé à déporter les Arméniens. Il sont entrés de nuit dans les maisons, ils ont emmené 300 personnes. Ils ont emmené et tué les meilleurs jeunes gens, ils les ont jetés dans l’Euphrate. Le lendemain, ils ont ramassé les hommes de 30 à 50 ans.

Ils les ont emmenés et tués aussi. Il ne restait plus que les femmes et les enfants.

Dix jours plus tard, ils sont revenus nous chercher. Ils ont dit : - N’emportez pas trop d’affaires, seulement vos bijoux et de la nourriture, puisque vous allez revenir dans quinze jours.

Nous, nous avons fermé la porte de notre maison, nous avons donné la clé à notre voisin turc. Nous nous sommes mis en route Certains avaient leur âne, leur cheval, des provisions. Nous n’avions ni âne, ni rien.

Ensuite, des gendarmes sont venus, 12 cavaliers. Ils ont dit : "que tous les artisans se mettent à droite."

Le marché était plein d’Arméniens. Tout le monde avait déjà fermé sa boutique. Plusieurs avaient été emmenés et massacrés.

Il ne restait plus aucun homme. Puis ce fut le tour de mon frère. Le gendarme lui a demandé :
- Tu as un métier ?
- Je suis forgeron
- Que tous ceux de ta famille se mettent de côté.

Nous nous sommes mis de côté.

Ils ont conduit les autres en déportation.

Nous ne les avons plus jamais revus.

Le gendarme a remis une attestation à mon frère. Il a dit : "tu mettras ça sur ta porte ; et tu ouvriras ta boutique. Retournez chez vous". Tivrig était près de chez nous. Mon père et mon oncle étaient partis à Tivrig, ils avaient aussi emmené mon frère. C’est là qu’ils avaient tué mon père, par balle. Mon oncle était vieux, il était aveugle, ils ne l’avaient pas tué. Ils avaient aussi laissé mon frère, pour qu’il lui prenne la main et le guide. Mais par la suite, ils ont aussi tué par balle mon malheureux oncle. Mon frère avait réussi à s’échapper, il est rentré chez nous à Arapkir.

Nous y sommes restés jusqu’en 1927.

En 1928, nous sommes venus en Arménie, nous sommes passés par Erzenga.

Nous sommes venus par bateau de Trabizon à Batoum ; puis de Batoum à Erevan. Et d’Erevan, nous sommes venus nous installer à Nor Arapkir.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduction Louise Kiffer le 24/9/06

dimanche 24 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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