Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 56 de Hrant Khontgarian

Né en 1911 à Iktir

Le nom de famille de Khontgarian remonte à la onzième capitale d’Arménie, Ani.

Nos arrières arrières grands parents y vivaient avec leurs frères et leur famille. En 1604, sur l’ordre du Shah Abbas, ils ont été forcés d’émigrer et se sont établis au Karabagh, ainsi qu’à Sourmalou, au village de Hakhvéris qui se trouvait à un ou deux km d’Iktir.

Nos ancêtres se sont établis définitivement à Hakhvéris. Ils y avaient construit leurs propres demeures les unes à côté des autres, en face de leurs vergers et de leurs vignes.

Mon père Kégham, qui avait l’intention de créer des affaires commerciales, s’était installé à Iktir, et avait ouvert sur le boulevard une grande boutique, de vente de lainages, de cotonnades et toiles de lin, ainsi que des vêtements, et différents ornements d’or et d’argent.

Mon père était fier de sa boutique et de sa richesse.

Il faisait du commerce avec des négociants d’Erevan, d’Alexandropol et de Tiflis.

Mon père avait épousé en 1910, Loussapér, fille de la famille Matéos Avanian. Moi je suis né en 1911 à Iktir. Puis est née ma sœur Rosa.

En 1917, mon père n’était pas auprès de nous, il était parti pour ses affaires commerciales, lorsque nous avons reçu l’ordre de partir pour l’Arménie orientale.

Sans soutien, ma mère est restée un moment perdue, se demandant ce qu’elle devait faire avec ses jeunes enfants. Alors, la porte s’est ouverte et mon bon oncle Avédis Avanian est entré. Il a aussitôt aidé maman à rassembler ses affaires, il a loué un fourgon, nous y a installés et nous nous sommes mis en route.

Il y avait déjà près de nous une garnison russe qui, dans les jours difficiles, faisait cuire le "chila" aux grains jaunes, et le distribuait, pour ne pas que nous mourions de faim. Moi j’en ai mangé aussi. Voilà comment les troupes russes nous ont aidés. D’abord ils avaient barré la route pour que les Turcs n’arrivent pas jusqu’aux réfugiés et ne leur fassent pas de mal, ensuite ils se sont mis en route derrière nous, ainsi nous sommes passés et arrivés sans dégâts, par le pont de Markara. Nous sommes arrivés d’abord à Etchmiadzine, puis allés à Kanakégh, et finalement installés au Konde, dans la rue Amirian.

Déjà le gouvernement était aux mains des Dashnagtsagan. Je me rappelle un jour des officiers Dashnag sont venus chez nous et nous ont dit que nous devions aider l’armée.

Mon oncle Avédis, étonné a dit : "Mais ceux-là n’ont rien, que peuvent-ils vous donner ?"

Effectivement, nous n’avions rien. Les étoffes de la boutique de mon père, nous les avions étalées par terre, et nous dormions dessus. Les officiers ont ramassé ces étoffes et s’apprêtaient à les emporter. Mon oncle a dit : "Où les emportez-vous ? Cette famille n’a rien d’autre que ça !". L’officier Dashnag a levé son fusil dans notre direction, mais il n’a pas tiré.

Ils ont pris les tissus et les ont emportés. Nous sommes restés sur la terre battue.

Pendant ce tohu-bohu, mes autres oncles Apkar, Nercès, Garabed et Sourèn, sont partis en Amérique.

Sourèn a disparu pendant le voyage, mais les autres se sont établis en Californie. La nouvelle de leur installation en Amérique a beaucoup affecté Matéos, le fils de mon oncle Avédis, qui était devenu médecin et au cours de la Grande Guerre, avec la Division arménienne Tamanian était arrivé jusque Berlin. Mais puisqu’il avait des parents en Amérique, en 1949 il a été envoyé en Sibérie avec sa famille. Or le malheureux Matéos ne correspondait même pas avec eux. Le fils aîné de mon oncle Avédis, Zaven, est parti volontaire pour se battre contre les fascistes, et n’est pas revenu. De même, le fils de mon oncle Roupen.

De sorte que nous avons beaucoup souffert d’avoir eu de la famille en Amérique.

En 1936 j’ai terminé avec succès mes études à l’Institut Universitaire d’Erevan, dans la section financière de la Faculté d’Economie, et j’ai commencé à travailler dans différentes entreprises.

En 1949, j’ai été à Léninakan pour des travaux permanents de vérification à la crèche. Puis je me suis marié avec Sonia, nous avons eu trois enfants : Chouchanig, Loussig et David. David est maintenant marié avec Nouné, et ils m’ont gratifié de deux charmants petits-fils Hrantig et Haïg.

Je suis maintenant à la retraite, et me remémore souvent les étapes de notre déportation.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduction Louise Kiffer. 23 septembre 2006

samedi 23 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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