Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 59 de Loussig Mardirossian

Fille de Archag

Née en 1909 à Alachguérd

Nous vivions bien. A Alachguérd, la terre, l’eau étaient bonnes. Nous récoltions du blé, de la salade, des radis etc... Je revois encore en pensée notre maison, notre jardin, les lucarnes...

Les fruits et légumes de chez nous avaient un autre goût. Avant la déportation, beaucoup de nos amis et jeunes gens ont été emmenés pour être soldats, puis massacrés. Trois de chez nous en ont fait partie.

Moi j’étais petite, mais je me rappelle. J’étais chez ma grand’mère, sa maison avait deux étages. Il y avait un cellier. Dans la maison, il y avait un canapé avec des coussins brodés à la main. J’ai entendu un charivari, j’ai demandé à ma grand’mère : c’est quoi ce bruit ?

Ma grand’mère a dit : les Turcs sont venus, ils veulent nous massacrer

- Qu’est-ce qu’ on va faire ?
- Attendons voir. Si les Russes venaient, ce serait bien, nous ne serions pas obligés de laisser nos maisons et de partir.
- Comment ça, laisser nos maisons ?
- On les quitte, on s’en va, on ne veut pas tomber aux mains des Turcs

C’est ainsi que je causais avec ma grand’mère, et soudain les Russes sont arrivés. Nous étions tranquillisés. Les Turcs, la tête basse, ont été faits prisonniers, beaucoup se sont échappés.

Je suis sortie, j’ai vu que des Turcs, montés sur des chevaux, se sauvaient. J’ai arrêté de bavarder.

Des tous côtés arrivaient des déportés arméniens de Bitlis, de Mouch, de Khastour, ils s’entassaient à Alachguérd ; mais cette tranquillité n’a pas duré.

Quand les Russes sont partis, les Turcs sont revenus. Que je les enterre ! Ils jetaient les enfants à l’eau, ils tuaient les adultes. Mes oncles m’ont fait asseoir avec leurs enfants dans un chariot, avec ma grand’mère aussi. Mais je ne sais pas ce qui est arrivé en route, car dans le chariot, je ne voyais rien. Nous sommes arrivés en quinze jours. Nous étions près d’Iktir, c’était déjà la Russie, il n’y avait pas à avoir peur.

Après notre départ, tous les Arméniens qui restaient avaient été massacrés.

Ensuite, nous sommes sortis d’Iktir à pied, comme des bêtes. Il y avait de l’agitation.

Tellement que j’ai perdu mes parents. Je me suis mise à crier : "Maman !" J’avais peur de me perdre.

Quelqu’un m’a dit : ma chère enfant, n’aie pas peur, les Turcs ne peuvent plus nous rattraper.

Nous sommes arrivés à Erevan. Mais mes trois oncles, mon père et ma tante, mes grand’mères, sont morts en route. On nous a emmenés à l’église catholique. Les Américains nous ont donné à manger. S’ils n’avaient pas été là, on aurait été massacrés. Tous les matins, quelqu’un venait ramasser les sacs de ceux qui étaient morts, et les emmenaient. Il y avait une épidémie terrible de typhus et de choléra, ceux qui l’attrapaient mouraient. Je me rappelle, notre petit enfant pleurait, il criait : ’J’ai faim !’ ; ils ont moulu du blé, ils ont pétri la pâte, ils lui en ont donné pour ne pas qu’il meure.

Tous les hôpitaux ont été transformés en orphelinats. Ensuite nous avons connu beaucoup souffrances jusqu’à l’âge adulte.

Ma belle-mère racontait qu’elle avait eu un bébé de trois mois, sa voisine turque lui avait dit : je vais te le garder. Elle l’avait gardé 3 mois. Puis ma belle-mère était revenue et l’avait repris. Puis je me suis mariée avec leur fils aîné.

Maintenant je rends grâce à Dieu d’avoir pu rester en vie et de vivre avec mes enfants.

Les Turcs et les Kurdes nous massacraient.

Je voudrais leur couper la tête !

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduit par Louise Kiffer le 22/9/06

vendredi 22 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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