Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 63

De Kourkén Mouradian (Fils d’Abkar)

né en 1914 à Alachkert

village de Külzédgan

Jusque l’âge de 12-13 ans, je ne savais pas que j’étais un enfant adopté, car mon père et ma mère n’ayant pas eu d’enfants, m’avaient recueilli avec joie, et c’est plus tard par les enfants des voisins que je l’ai appris.

Dans les années 50, mon frère Soukias Minassian m’a trouvé ; voici comment :

Il était l’aîné de 4 enfants, quand en 1915 dans le village de Külzédgan de la province d’Alachkert, nous avions été déportés.

J’avais un an. Après une marche d’un km, les Turcs avaient fait arrêter le convoi, ils avaient attaché mon père à un arbre et l’avaient tué, devant tout le monde. Ils avaient ordonné à ma mère de prendre ses 4 enfants et de partir. Mon frère et mes deux sœurs étaient à pied et moi dans les bras de ma mère. Nous avions suivi le convoi pendant 3 mois et demi à pied, par Bayazet, Ikdir, Etchmiadzine, jusque Erevan, dans la cour de l’Eglise Sourp Sarkis, qui à ce moment-là était remplie. Tous étaient des malades, des mourants. Il y avait un chariot spécial qui ramassait les morts et les emportait. A côté de St Sarkis à Ghantar, les enfants des déportés, mon frère et mes deux sœurs allaient chercher du pain et le rapportaient, ma mère avait beaucoup souffert de la marche, elle m’allaitait, mais une douzaine de jours après notre arrivée à Erevan elle était tombée malade, et je pleurais tout le temps.

Ce couple, qui n’avait pas d’enfant, venait tous les jours dans la cour de l’église. Ils voyaient l’état lamentable de ma mère, et le bébé. Ils étaient revenus le lendemain, avaient pensé que la mère était mourante, et avaient vu le bébé qui pleurait toujours. A ce moment là, mon frère revenait de Ghantar, il les avait vus. Ils lui avaient dit : nous allons adopter cet enfant, nous l’emmenons à Konde.

Quand mon frère a eu 15-16 ans, il a cherché ses sœurs. Les Américains avaient fondé un orphelinat et y avaient fait entrer ses sœurs. Ils envoyaient ensuite les filles en Amérique. Mon frère avait été dans plusieurs villes chercher ses sœurs et ne les avait pas trouvées.

Alors il avait pensé à moi. Il s’était rappelé que lorsqu’il avait dix ans, un couple était venu m’adopter et avait dit aller à Konde.

Plus tard, je travaillais à la construction d’une usine à Achtarag.

Quelqu’un s’est approché de moi et m’a dit : je suis ici depuis plusieurs jours, pour trouver mon frère.

Je lui ai dit : tu es sûr qu’il est par ici ?

Sept-huit jours plus tard, j’étais assis dans ma chambre, tout seul, un homme et une femme sont entrés. La femme s’est assise, mais son mari est resté debout, près d’elle.

La femme a commencé à raconter - Il s’est rapproché de moi. Il était né en 1904. Quand la femme eut fini de raconter en détail, j’étais indifférent , mais son mari était très inquiet. Cet entretien a duré une heure, une heure et demi, et il s’est avéré que c’était mon frère.

Finalement, ils m’ont demandé ce que j’en pensais. J’ai dit : jusqu’à ce que je n’en parle pas à celle qui a pris soin de moi et m’a gardé, je ne peux pas vous répondre.

Mais deux jours après j’ai été invité à Erevan à une réunion. C’était à deux heures de chez moi, j’avais des amis là. J’ai été voir Guérassim lui demander conseil. Il s’est levé, m’a embrassé et a dit : "Où habite-t-il ?"

Quand je suis sorti, mon ami avait trouvé mon frère, et lui avait raconté.

Ensuite je suis rentré. Mon père était mort, ma mère était là. J’ai demandé comment allait ma femme. Ma mère m’a dit : sois tranquille, ils sont venus me voir. Kourkén djan, jusqu’à présent j’avais un enfant, maintenant j’en ai deux. A ce moment, mon frère et sa femme sont entrés. Ils ont installé une table de fête, ce fut une journée de réjouissances.

Ma grand’mère s’appelait Dzovinar, ma mère Choghag, ma femme s’appelle Evguénia, mes enfants : Laurane, Aram, Apkar et Gaguig.

La cause de tout cela a été le massacre perpétré par les Turcs . En 1915, à Alachkert, j’ai été cruellement sacrifié.

Aussi, jusqu’à la fin de ma vie, je porterai le doux nom de mon bon père Apkar Mouradian, puisque lui et sa femme m’ont sauvé la vie. Mon frère et moi avons beaucoup cherché à connaître le nom de naissance de notre mère, mais nous n’avons pas pu nous le rappeler puisque nous étions trop jeunes.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduction Louise Kiffer 20/9/06

mercredi 20 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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