Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 45 de Loussig Balassanian

Fille de Sahag

Née en 1910 à VAN

Je suis née à Van dans le village d’Ardaméd. Notre famille se composait de 8 personnes : ma mère, mon père, 3 garçons, 3 filles. Le 15 avril 1915, les Turcs ont envahi notre village, ils ont tué mon frère. Ils ont pillé les habitants et sont partis. Mon grand-père a dit à maman qu’elle prenne les enfants et se sauve, tant qu’ils sont en vie. On n’a même pas eu le temps d’enterrer mon frère. Ils ont tué tous les garçons du village, ceux qui avaient pu s’échapper en passant par le cimetière sont allés dans la montagne. Mes deux frères, mes deux sœurs et maman sont partis à la montagne, mais moi, les ayant perdus, j’ai été vers le Lac de Van, dans le quartier d’été des Américains, où la moitié de la population s’était réfugiée. J’y suis restée 3 jours, les Turcs nous ont de nouveau attaqués. Nous sommes retournés au village.

Notre voisine turque m’a vue, elle m’a reconnue, elle m’a emmenée chez elle, elle a dit qu’elle savait où était ma famille. Elle m’a emmenée auprès d’eux.

Le lendemain, les Turcs sont venus nous dire que nous devions retourner à Van où ils allaient nous installer. Ils nous ont accompagnés jusque dans les chambres de l’une des casernes. Le lendemain matin, ils nous ont désigné le chemin pour aller jusque la ville de Van. Nous sommes arrivés à Van où les dirigeants de la ville nous ont accueillis et nous ont attribué soi-disant des maisons. Ensuite, les soldats russes sont arrivés, ils ont libéré les environs, et nous sommes de nouveau retournés au village.

Après un certain temps, mon père est revenu de l’armée. Mais voyant que la maison avait été saccagée, il a trouvé dans un tas de cendres les corps de sa mère et de mon frère. Puis les soldats russes nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas nous aider, ils allaient repartir, ceux qui le souhaitaient pouvaient aller avec eux. Nous, il nous a fallu rester 2 ou 3 jours à la maison jusqu’à ce que mon père prépare des provisions pour la route. Nous avons mis ces aliments sur le bœuf et nous sommes partis. Nous nous sommes reposés au bord de l’eau. Mon père était tombé malade, et il a été conduit dans un endroit qui ressemblait à un hôpital. Il est mort là dedans. Il ne restait plus que mes deux sœurs et mon frère, nous nous sommes mis à marcher. L’un de mes frères était perdu, nous n’avons pas pu le retrouver. Ma sœur Archalouys était déjà mariée, et s’était sauvée avec son mari. De sorte que nous les avions perdus aussi.

Près d’Iktir, ma sœur Siroune, est morte. Elle avait deux ans de plus que moi. Puis nous sommes descendus au village d’Iktir, où les dirigeants nous ont plus ou moins installés. Ma mère, mon frère et moi avons été envoyés au village de Plour. C’était l’été, nous sortions, mais pas l’hiver. Quand les Turcs ont envahi Iktir, nous sommes venus à Etchmiadzine. Nous sommes restés dans la cour du monastère. Ensuite, les Américains sont venus et ont créé des orphelinats. Il y avait même un réfectoire.

Ils ont créé des petits ateliers, où nous filions le coton, et en échange de ce travail nous étions nourris. Puis maman est morte. Nous sommes restés seuls. Mon frère était aveugle, nous ne voulions pas nous séparer ; mais on m’a emmenée à Léninakan où avait été fondé un orphelinat pour les filles. Les Américains sélectionnaient les filles jolies et en bonne santé et les emmenaient en Amérique.

Enfin j’ai retrouvé ma sœur Aroussiag, dont le mari s’est occupé de mes papiers et m’a amenée à Erevan. Mais je n’ai plus jamais revu mon frère qui était devenu aveugle.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian.

Traduction Louise Kiffer le 19 /9/06

mardi 19 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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