Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 46 de Vartkès Alexanian

Fils de Mélik

Né à VAN en 1911

Notre maison comprenait environ 40 personnes. J’avais des oncles, des tantes.

Tous ont été massacrés, tous ont été anéantis.

Mon grand-père avait eu six fils, une fille. Ils avaient du bien. Ils avaient au centre de Van un immeuble de 3 étages. Les Turcs avaient tué mon père et mes oncles. Les Turcs avaient massacré tous les hommes de notre race. Ma mère nous avait portés, moi et mes deux sœurs, sur son dos. Le 3ème jour de la déportation, complètement épuisée, elle n’avait pas pu continuer à porter mes deux sœurs, qui ne pouvaient pas marcher, elle les avait laissées sur la route, et n’avait plus porté que moi. En route, ils avaient souffert de la faim et des maladies..

Des connaissances avaient aidé ma mère jusque Orkov. Mais soudain ma mère a disparu, et je suis resté tout seul. Trois jours après, ma mère m’a trouvé. Des voisins m’avaient gardé, pour ne pas que je meure. Faim, soif, maladies. D’autre part, les Kurdes nous pillaient. Ils cherchaient de l’or. Si nous disions que nous n’en avions pas, ils nous tuaient. C’est ainsi que sur la route des déportations, beaucoup ont été anéantis. Il n’y avait pas de chariot. Jeunes enfants, capables de marcher, nous allions à pied dans la poussière, perdus en essayant d’échapper aux attaques des Turcs et des Kurdes. Nous marchions principalement la nuit, d’abord pour que les ennemis ne nous voient pas et ne nous attaquent pas, et ensuite pour que la chaleur ne nous tue pas. L’ennemi massacrait impitoyablement les grands et les petits. Ils avaient déjà massacré à Van les jeunes gens de notre famille.

Nous sommes passés par Iktir, il n’y avait déjà plus d’hommes parmi nous, il n’y avait que des femmes et des enfants. Nous sommes passés par l’Araxe. Nous sommes arrivés à Vagharchabad. Là aussi régnait la faim, la chaleur. Il n’y avait pas d’eau. Un autre massacre a commencé. Des centaines, des milliers tombaient par terre, malades et mourants. Ma mère m’a de nouveau perdu, car j’avais attrapé le typhus. Moi avec les autres, en tant que petit orphelin, avons été envoyés à l’orphelinat américain de Bayazet. A l’orphelinat, il arrivait qu’on nous distribue une noix à chacun. Puis on nous a transportés à l’orphelinat de Gümri. Il y avait environ 40 000 orphelins. On nous a installés dans des anciennes casernes, selon notre âge. Moi j’étais dans la catégorie des petits.

Là, la mort continuait à sévir, car le bâtiment n’était pas chauffé, la nourriture était nulle, les Américains parfois nous punissaient cruellement, ils nous privaient de repas. Nous ne mangions tous que du pain, celui qui était puni nous regardait manger. La gale et le trachome se propageaient, on nous mettait du soufre sur tout le corps et on nous mettait au soleil. Il y avait là une école, les instituteurs étaient arméniens. Nous aimions beaucoup le professeur Sahag, il était le père de Soghomon le Darontsi. Il n’y avait ni chaise ni table. Chaque orphelin devait écrire sur le dos d’un autre. Moi j’apprenais l’agriculture. Nous avions un cours le matin, et l’après-midi la pratique. On nous emmenait travailler la terre. Nous sommes restés en orphelinat jusque 1928, puis nous avons été dispersés. J’ai commencé à travailler en 1937. Il y avait vraiment des coutumes atroces. Si quelqu’un protestait, il était puni..

Jusqu’à la guerre, beaucoup ont été envoyés à Koursk, à l’école des hautes études agronomiques. J’avais à peine terminé mes études que la nouvelle de la déclaration de la guerre nous est parvenue, et que les Turcs pouvaient attaquer la frontière. Nous avons renforcé notre vigilance sur la frontière arménienne. Notre armée était prête, tous les Arméniens chassés de Turquie étaient prêts, mais l’Angleterre, Churchill, nous a roulés....

Je me demande parfois, cent mille orphelins, d’où venaient-ils ? Pourquoi l’Angleterre, la France et l’Allemagne, ont-elles laissé assassiner tant d’Arméniens, pour qu’il y ait autant d’orphelins abandonnés ?Parmi ces orphelins, il y eut le général Safarian et beaucoup d’autres grands hommes. Moi je suis devenu le second secrétaire de la région de Vagharchabad, responsable du travail agronomique. Maintenant je suis retraité. J’ai un fils, une fille et quatre petits-enfants. Je fais partie de l’Union Patriotique du Vaspouragan.

Moi je suis originaire de l’Arménie Orientale. Le Turc voulait dominer l’Arménie, et à cause de la lâcheté de l’Allemagne, de la France et de l’Angleterre l’Arménie orientale est passée aux mains des Turcs. Les Arméniens n’ont pas été dominateurs, c’est toujours eux qui se sont fait attaquer, tuer, étrangler, sacrifier. Des peuples qui ne travaillaient pas et utilisaient les Arméniens pour leurs buts personnels.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduction Louise Kiffer le 18/9/06

lundi 18 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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