Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit de Chogher Tonoyan

Née en 1901 à Mouch

Le massacre a eu lieu le jour de Vartavar de l’année 1915. Les askyars (soldats turcs) ont amené des Tchétchènes du Daghestan pour nous massacrer. Ils sont venus dans notre village pour voler, piller et emmener les moutons et les buffles. Ils ont enlevé les jolies femmes.

J’avais un cousin qui passait tout son temps avec moi, on l’a emmené aussi. Aucun homme n’est resté au village. Ils ont réuni les jeunes et les vieux et les ont enfermés dans les étables du village d’Avzout.

Puis ils y ont mis le feu. D’autres ont été enfermés dans les étables de Malkhas Mardo, qu’on a ensuite entourées de bottes de foin, arrosées de pétrole et brûlées. Soixante membres de la famille de mon père ont été brûlés dans ces étables. Ce que j’ai vu de mes yeux, laô, je ne le souhaiterais pas à mes ennemis. Seuls mon frère et moi, nous avons été sauvés. D’abord, ils ont emmené les jolies jeunes filles et jeunes femmes pour les donner aux Turcs.

Puis ils ont arraché tous les garçons aux bras de leurs mères pour en faire des militaires.

Quand les étables se sont remplies de feu et de fumée, les gens ont commencé à tousser et ils ont étouffé. Les mères ne reconnaissaient plus leurs enfants, laô ! On se serait cru à Sodome et Gomorrhe.

Des torches vivantes couraient de tous côtés, se cognaient aux murs, piétinaient leurs propres enfants tombés par terre... Ce que j’ai vu de mes yeux, laô, je ne le souhaiterais pas aux loups des montagnes ! On disait que le mollah turc qui avait vu ces choses n’y avait pas résisté, il s’était pendu. La plupart des gens sont morts étouffés dans ce chaos. Le toit de l’étable s’est effondré sur les morts.

J’aurais voulu que mon petit frère et moi nous ayons brûlé comme nos soixante parents pour ne pas avoir vu les cruautés perpétrées par ces gens sans pitié et sans foi. Ils ont brûlé dans les étables tous les habitants de notre village de Vardénis et des villages voisins de Mechakhchen, Agbénis, Avzout, Khévner et beaucoup d’autres.

Ce que j’ai vu de mes yeux, je ne le souhaiterais pas à mes ennemis... Quand les poutres de l’étable ont brûlé, le toit s’est effondré, et l’ouverture a laissé passer de l’air. Alors ma cousine Areg et moi, nous avons pris mon frère évanoui par le bras et la jambe et nous l’avons projeté sur le toit. Puis Areg et moi, nous sommes sorties par la même ouverture en marchant sur les poutres brûlées et les corps. Lorsque nous sommes montées sur le toit, nous avons vu les soldats qui dansaient et se réjouissaient. Jusqu’à présent, j’ai dans les oreilles leur chant : "Yürü, yavroum, yürü" (marche, mon fils, marche !" qu’ils hurlaient et dansaient en croisant leurs épées".

Récit recueilli par Verjine Svazlian - "Le Génocide arménien et la mémoire historique du peuple" p. 41"

Editions "Guidoutioun" ANS RA - Erevan 2005

Traduit par Aïda Tcharkhtchian

vendredi 15 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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