Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 124

De Marie Vartanian, fille de Stépan

Née en 1905 à Malatia

Ma grand’mère disait : "Ne parlez pas turc dans ma maison !". Mon grand-père était paraît-il fonctionnaire ; il avait un village personnel, des champs, et cela attirait la jalousie des Turcs. Un jour que mon grand-père rentrait à cheval à la maison, il a été attrapé des deux côtés par des Turcs munis de bâtons, et il n’est plus jamais revenu, on a rapporté son corps le lendemain matin.

J’avais trois tantes du côté de mon père, trois oncles. Ils ont tous été massacrés en 1915.

Nous avions trois associés turcs qui travaillaient pour nous et qui nous aimaient beaucoup. Ils nous ont cachés. Mais il y a eu une loi qui disait que si un Turc cachait des Arméniens chez lui, il serait pendu devant sa maison.

Ils avaient déjà emmené mon père, soi-disant pour le faire travailler, mais ils l’avaient tué.

Quand cette loi a été promulguée, c’est à ce moment-là que nous avons été déportés.

Les pieds de ma grand’mère n’ont pas supporté les longues marches. De sorte que grand’mère et moi avons été transportées à l’orphelinat turc, pour nous turquifier..

Ma mère avait été emmenée avec les déportés. Au cours de la déportation, les Anglais et les Français avaient voulu s’occuper des déportés. Il a été ordonné de renvoyer chez eux les Protestants et les Catholiques, ainsi que les artisans.

Ma mère est passée devant notre orphelinat, je me tenais derrière la porte, je pleurais car ma grand’mère était morte au bout de trois jours.

Maman avait vu un chariot rempli d’enfants qui allaient être jetés tout vivants dans une fosse, puisque les Mahométans disaient que celui qui tue un "guiavour" son âme ira directement au paradis". Maman a attesté à la direction que j’étais sa fille, elle m’a ramenée à la maison.

Mon cousin, saignant abondamment à la suite du massacre, est venu chez nous en rampant. Sa maison avait été entièrement pillée. Des Arméniennes turquifiées lui avaient dit : "git, giavour oglu" (va-t-en, fils de guiavour.) Il avait 16 ans. Dénué de tout, il avait marché pendant huit jours en se cachant, mais le pauvre est mort de la grippe espagnole.

Les Turcs entraient tous les jours dans les maisons, ils enlevaient les filles et pillaient tout. Un jour maman a mis une grosse pierre devant la maison pour que personne ne puisse entrer. Mais ils ont enlevé notre jolie voisine Santoukht.

Ma belle-mère racontait qu’ils avaient tué ses frères, mais ils l’avaient laissée en vie. Quelques années plus tard, elle était devenue infirmière, un jour on lui amène un blessé, elle reconnaît le Turc qui avait tué ses fils, elle prie Dieu qu’il lui donne la force de le soigner, elle soigne ses blessures, elle le panse. Ensuite, il vient avec un mulet chargé de blé ; elle lui dit :

"Va-t-en, je ne veux pas ton blé. Que Dieu te juge !"

Nous avions une voisine turque, son mari était malade depuis un an et demi, il était couché sur nos matelas, et nous, nous couchions sur des planches, car ils avaient pillé toutes nos affaires et les avaient mises chez eux. Ma mère, Saténig, dit à la femme du Turc malade : "Change-lui son matelas, pour que Dieu sache ce qu’il a à faire ". La femme change le matelas, l’homme meurt trois jours après.

Il y avait aussi une femme qui était sortie de la fosse où étaient jetés les tués, toute nue, elle s’assoit sur une pierre. La blessure de la hache saignait. Un homme passe, c’était un Kurde, il voit l’état de cette femme, il enlève le turban de sa tête, il lui fait un pansement sur sa blessure et il la garde chez lui.

Un garçon, nommé Sarkis, avait réussi à s’échapper du lieu du massacre. Il est venu nous raconter : les Turcs sont en train de déshabiller tout le monde, puis ils leur donnent des coups de hache, et les jettent dans une fosse. Moi j’ai huit ans, les zaptiyés turcs sont entrés dans notre maison, ils ont tué douze personnes, et même le bébé qui était dans le berceau. Moi je me suis caché sous le berceau.

Ma mère n’était pas encore morte, elle m’a dit : "Mon fils, tu nous vengeras !".

En 1946, nous sommes venus de Alep en Arménie. Nous avons construit des maisons dans le quartier de "Nor Malatia". Moi j’ai travaillé dans un atelier de tricotage. Maintenant nous espérons la retraite.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian.

Traduit par Louise Kiffer le 14/9/06

jeudi 14 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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