Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 92

De Mariam Der Meguerditchian

Née en 1908 à Erzeroum

J’étais petite, j’avais environ 7 ans, mais je me rappelle bien. Les Turcs étaient venus, ils avaient commencé à saccager, à incendier les maisons, ils jetaient au feu les enfants et les vieillards. Ma sœur aînée a été brûlée vive, je l’ai vu de mes yeux. Ils ont aussi jeté ma mère au feu, ça aussi je m’en souviens, car quand ils m’ont jetée aussi, je suis sortie du feu à quatre pattes, mais mes genoux ont été bien brûlés. On voit les marques encore aujourd’hui, regarde (elle montre les traces sur ses genoux).

Après, je ne sais plus avec qui j’étais, mais je suis partie moi aussi avec le convoi, je n’avais personne pour me garder, nous sommes allés à pied d’Erzeroum à Diyarbékir. Et de là à Alep, puis à Constantinople. Je me rappelle qu’un Bey turc m’a enlevée et m’a emmenée dans sa maison, ils m’ont mis un remède sur mes genoux, on m’a appelée Férida. Il y avait là une fille plus grande que moi, une Arménienne, qu’on avait déjà turquifiée, elle était restée là. Moi j’étais plus jeune. Des hommes sont venus et m’ont demandé :

- mon enfant, d’où es-tu ?

J’ai dit : Je suis arménienne.

Incroyable, c’étaient des réfugiés arméniens.

Antranig Pacha avait appris qu’il y avait dans la maison du Bey 2 jeunes Arméniennes, dont l’une était turquifiée, et l’autre allait l’être aussi.

Antranig est venu avec 2 soldats anglais, il a frappé à la porte. Ma Hanoum et le Bey étaient partis au cinéma. La fille turquifiée est descendue ouvrir la porte. Antranig a demandé :

- Y a-t-il ici des Arméniennes ?

La fille turquifiée a dit : Non, il n’y en a pas.

Et elle a poussé la porte.

Puis Antranig Pacha a dit : Quand ton Bey reviendra, il faut qu’il vienne demain amener la nouvelle fille au quartier Kaghakamas. Après son départ, cette fille m’a enveloppée dans un grand tcharchaf noir, elle m’a battue.

Elle était tellement turquifiée, qu’elle était devenue pire que les Turcs. Je me suis mise à pleurer. Le soir, mon Bey, qui m’appelait Férida, m’a vue pleurer. Il a dit à la fille :

Toi, de quel droit tu l’as battue ? Tu n’avais qu’à attendre, nous allions rentrer, nous aurions parlé.

Mon Bey ensuite m’a appelée :

- Viens, ma fille, qu’est-ce que tu as dit ?

- Je n’ai rien dit

- Qui était cet homme ?

- Je ne sais pas, j’avais peur, je n’ai pas parlé.

Puis il a interrogé l’autre fille. Elle a dit :

"demain matin tu dois emmener Férida au Quartier Kaghakamas."

Le matin, mon Bey m’a emmenée au Quartier.

On m’a examinée. Ils ont sorti de grands livres,

Ils cherchaient Férida, ils ne l’ont pas trouvée.

Finalement, ils ont dit :

- Non, c’est une Arménienne.

Antranig Pacha m’a fait monter sur une chaise, il m’a fait photographier avec lui. Il m’a fait changer de vêtements. Il m’a emmenée personnellement à l’orphelinat de Béchigtach.

J’ai appris l’arménien et le grec pendant six ans. Puis j’ai grandi peu à peu, j’ai atteint l’âge de 16 ans. Un couple d’Arméniens catholiques est venu à l’orphelinat prendre une fille. Ils m’ont trouvée bien, ils m’ont emmenée chez eux. Ils m’ont gardée. Dans cette maison je me suis mariée avec un nommé Osgan de Mouch.

Lui aussi était un réfugié. Il avait une tante, la sœur de sa mère, en Grèce. Nous sommes allés en Grèce. Nous nous sommes installés. J’ai eu un garçon et deux filles. En 1947, nous sommes venus en Arménie. Mon fils est mort.

L’une de mes filles est partie avec sa famille aux USA.

Je suis restée avec ma fille Vartouhie. Nous aussi nous allons bientôt partir à Los Angeles.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduit par Louise Kiffer le 13 septembre 06

mercredi 13 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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